Projets inspirants, créateurs inspirés

Théo, 24 ans, réalise des objets design en filets de pêche recyclés

Publié le 26 juillet 2018

En 2016, quatre étudiants en design se lancent un défi : faire quelque chose avec les filets de pêche usagés qui ne disposent d’aucune filière de recyclage. Deux ans plus tard, Fil & fab s’apprête à lancer la fabrication de ses premiers objets à base de fibre de nylon.

Tout a commencé par une soirée d’étudiants, à Brest. Théo et Thibaut, en BTS design de produits, se lancent un défi : trouver un projet concret à réaliser, à la fin de soirée. « On avait des mots-clés en tête, se rappelle Théo Desprez, l’un des porteurs du projet de Fil & Fab. On voulait créer quelque chose de participatif, sur notre territoire, avec du design ouvert à tous ». Ils vont alors sur le port, et en voyant les filets de pêche usagés, une idée leur traverse l’esprit : « On s’est dit que cette matière avait l’air assez cool et qu’on pourrait peut-être la revaloriser ! ». A l’époque, les étudiants ont créé un collectif de designers avec deux autres amis, Rémi et Yann. Ils leur en parlent dès le lendemain.

« On a découvert toute une problématique environnementale »

C’était il y a deux ans. Depuis, l’idée de départ est devenue un projet d’entreprise, avec de multiples soutiens. « On était loin d’imaginer qu’on irait aussi loin à l’époque », semble presque encore s’étonner Théo, jeune homme volubile de 24 ans. Car les étapes s’enchaînent ensuite assez vite. L’idée d’utiliser des filets de pêche se transforme en projet étudiant en licence 3 aux Beaux-Arts de Brest. « Cela nous a permis de cadrer les choses et d’expérimenter ». Mais c’est aussi grâce à ce cursus que les quatre amis testent leur projet, en participant aux Fêtes maritimes de Brest 2016.

Pendant les 10 mois de l’année scolaire, ils s’essaient à leurs idées. « On s’est demandé au départ ce qui était fait avec ces filets. Puis on a découvert toute la problématique environnementale qu’il y avait derrière. Et notamment qu’il n’y avait aucune solution de recyclage en France. On s’est dit qu’on pouvait au moins essayer de prouver qu’on peut faire quelque chose, à notre échelle, en tant qu’étudiants designers aux Beaux-Arts ».

La découverte de l’entrepreneuriat social

Pendant les Fêtes maritimes, le succès est au rendez-vous. « On a présenté des prototypes qu’on faisait dans notre garage. Sur le stand, on a défibré des filets. On les a repassés avec un fer et du papier cuisson pour en faire des dessous de verre ». Les retours sont très positifs. Le public les encourage à continuer et plébiscite la problématique qu’ils soulèvent. Théo et ses acolytes se lancent alors vraiment dans l‘aventure entrepreneuriale. Théo s’inscrit dans un cursus d’étudiant-entrepreneur à l’IAE, l’école universitaire de management de Brest. Compta, marketing, business plan, réseau sociaux… il se forme à la gestion d’entreprise. Cette année lui sert surtout à « réseauter » et présenter le projet. Il intègre un premier incubateur orienté développement durable, puis un programme d’accélération de startups. Il participe au concours étudiant Les entrepreneuriales et bénéficie d’un accompagnement de 5 mois en équipe pluridisciplinaire.

Puis l’association Fil & Fab commence à remporter des prix (Fabrique Aviva, Fondation Crédit agricole, région Bretagne). Théo intègre le programme Live for good et découvre que le projet s’inscrit dans le prisme de l’entrepreneuriat social. « J’ai apprécié cette vision d’intégrer dès son business modèle des impacts positifs. Je me suis dit alors qu’on pouvait aller plus loin que recycler des filets de pêche. On développe des actions sur la valorisation des déchets, mais on a aussi choisi de travailler avec une structure d’insertion locale, Les genêts d’or, pour développer le démantèlement des filets ».

Dans un premier temps, le statut associatif permet de trouver des aides, et notamment celle de Bretagne Active, qui finance pendant 6 mois le salaire de Théo.

« Les matériaux recyclés sont encore peu utilisés dans le design »

En septembre, l’entreprise devrait devenir une S.A.S., tout en gardant ses valeurs : ancrage et impact sur le territoire, travail avec des entreprises d’insertion, action environnementale. De nombreuses collaborations sont déjà en cours pour organiser une filière de collecte de filets. Des contacts sont pris avec des fabricants de broyeuses et des entreprises de confections de plaques avec les filets broyés, « avec l’envie de travailler avec des acteurs le plus locaux possible ». Dans un premier temps, les plaques de plastiques recyclées, au rendu aléatoire et translucide, serviront à une série de lampes haut de gamme, en forme de bouées rappelant l’origine de la matière première. Mais l’équipe vise aussi la fabrication de petites pièces, plus abordables « pour toucher plus de monde ». Elles pourraient être réalisées à partir de filets de chalut en polyéthylène (PE), plus faciles à recycler que les filets de petite pêche en nylon.

Aujourd’hui Fil & Fab est incubé à l’ENSTA Bretagne, une école d’ingénieurs brestoise qui leur prête un bureau pendant deux ans. Le projet vient également d’être sélectionné dans le cadre de l’appel à manifestation d’intention (AMI) sur l’économie circulaire de la région Bretagne. Dix-huit mois d’accompagnement et de rencontres avec les différents acteurs de l’écosystème sont au programme. De quoi permettre à Fil & fab de peaufiner encore un peu plus son projet.

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Rédigé par

Emmanuelle Genoud

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