Culture

Frah, de Shaka Ponk : « Les gens étaient hyper-réceptifs, mais le sol était jonché de plastique ! »

Publié le 2 juillet 2018

The Freak est un nouveau collectif de personnalités qui s’engagent à appliquer des gestes quotidiens pour la planète. Explications avec Frah, le chanteur de Shaka Ponk.

Denis Rouvre

Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, comment a démarré Shaka Ponk ?

On est nés il y a quinze ans. Au départ, on était un collectif qui se retrouvait autour de soirées, où chacun devait venir avec un truc fait par lui-même : une chanson, une vidéo, un t-shirt. C’est à cette époque que le groupe Shaka Ponk s’est formé. On a conçu un projet avec des singes et des mutants, qui se moquent des humains, une espèce que l’on trouvait un peu étrange…

A Paris, on avait du mal à monter notre projet. On s’est dit qu’on y arriverait mieux en s’installant ailleurs, pour sortir du confort. Nous avons alors passé quatre ans à Berlin. C’est là qu’est réellement né notre groupe de rock.

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Le groupe Shaka Ponk sera sur scène à l’occasion des Eurockéennes de Belfort, le 8 juillet prochain.

Comment cet épisode berlinois vous a influencé ?

A Berlin, à l’époque, l’engagement pour l’environnement était beaucoup plus avancé qu’en France. On se faisait taper sur les doigts sur le tri, par exemple. Ca nous a amené à un petit niveau de conscience. On a fait plus gaffe à ce qu’on consommait, à la façon dont on recycle les choses. On a commencé à amener nos gourdes plutôt que des bouteilles d’eau sur scène, par exemple.

Et puis après, on s’est laissé emporter par ce groupe de rock qui marchait bien. On faisait moins attention à l’environnement. On se laissait happer par le travail. On a chanté, écrit, fait des vidéos autour de l’écologie, mais sans appliquer ce qu’on disait.

Quel a été le déclic pour vous engagez dans la protection de l’environnement ?

Après une ou deux tournées, on s’est demandé où en était de notre posture de départ. On a été contactés à ce moment-là par la Fondation pour la nature*. Ils lançaient le projet My positive impact. On a alors fait quelque chose qu’on avait jamais fait : on arrêtait les concerts pour faire des discours. Les gens étaient hyper-réceptifs. Ils nous écoutaient presque religieusement ! Mais quand le public partait, le sol était jonché de plastique. Ils jetaient tous leurs verres par terre ! Et là on s’est dit qu’il y avait un problème.

Comment avez-vous choisi de vous réagir ?

On s’est dit, si les artistes n’appliquent pas leurs discours pourquoi le public le ferait ! On a alors travaillé avec la Fondation et l’Ademe, pour trouver des propositions de gestes avec un vrai impact, qui s‘appliquent au plus grand nombre.

Depuis le 26 juin, un collectif d’artistes et de peoples s’est créé : The Freaks. Sur le site, on trouve une vingtaine de gestes pour l’environnement. Dans notre V1, chaque personnalité engagée diffuse dans ses réseaux des messages sur les gestes qu’elle pratique dans sa vie privée. On a choisi des gens avec beaucoup de followers pour diffuser les messages (Nagui, M, Zazie, Bruno Solo…). Sur la V2, les membres du collectif auront eu le temps d’expérimenter et pourront parler des gestes qu’ils ont intégrés dans leur quotidien… ou pas !

Et vous, quels gestes pour l’environnement pratiquez-vous au quotidien ?

Beaucoup de gens à qui on parle disent : « ça ne sert à rien que je change en tant qu’individu, parce que les industries continueront à polluer, mon travail est polluant, les politiques ne font rien, etc. » Mais notre travail en tant qu’artiste engagé, c’est d’expliquer que ce n’est pas vrai ! Le domaine où l’on décide tout, c’est notre vie personnelle et ça peut vraiment faire la différence.

Dans le groupe, on passe maintenant par un fournisseur d’énergie responsable, Enercoop. On travaille aussi sur notre façon de nous déplacer. Dans les grandes villes, moi je suis en roller et Samaha (la chanteuse du groupe) en trottinette électrique. Pour les courses, on achète des fruits français, de saison. Nos grands-parents, au lieu de se dire « je veux un ananas », ils allaient au marché et faisaient avec ce qu’ils trouvaient.

Pourquoi s’engager personnellement a plus d’impact pour passer des messages ?

On propose des stands sur les festivals à des associations. On fait des posts sur les réseaux sociaux, comme pour soutenir la protection des grands singes. Mais il s’agit d’une aide « facile ». On ne fait que relayer. C’est différent d’une démarche personnelle. Samaha, qui est vegan, s’investit beaucoup auprès de L214 par exemple. Un artiste, c’est bien pour aider à faire passer un message. Mais avec The Freaks, on va plus loin : on fait des choses !

Samaha et moi, on est seulement des personnages. Mais de dire que nous, dans notre vie quotidienne, on applique ces gestes, ça permet aux gens de s’identifier. Comme on est connus, on ne peut pas mentir. Si on dit que l’on n’utilise plus de bouteilles en plastique, et que l’on en voit sur un plateau télé ou un concert tout le monde le sait ! Tu te fais tout de suite griller.

* devenue la Fondation pour la nature et l’homme.

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Rédigé par

Emmanuelle Genoud

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