Culture

La Bénévolante : l’insertion socio-professionnelle version festive

Publié le 14 juin 2018

A Toulouse, une association propose à des jeunes en difficulté sociale ou scolaire un grand bain de culture. Bénévoles sur des festivals, c'est aussi une manière de faire naître des vocations lors de ces joyeux chantiers.

Aider à monter un chapiteau ou à l’installation d’un décor sans être rémunéré… qu’est-ce que cela peut bien apporter ? Pour certains jeunes, la réponse ne va pas de soi. Lorsque les membres de La Bénévolante leur proposent d’aller donner un coup de main en festival, ils se montrent parfois frileux. Et c’est souvent l’idée de partir en camp qui les séduit en premier.

Une fois sur place et engagés dans l’organisation pour plusieurs jours, en revanche, il faut aider. Et se lever le matin. « Mais nous sommes dans une démarche de découverte-plaisir, explique Julia, médiatrice culturelle au sein de l’asso. Les missions sont adaptées pour qu’ils puissent profiter des spectacles, et aussi pour qu’ils tournent sur différentes tâches ».

Parmi celles-ci, le catering, l’accueil du public, le montage et le démontage des installations, la régie… Il y a de quoi faire. Julia précise cependant la démarche de l’association d’éducation populaire : « on n’est pas là pour répondre aux besoins du festival qui lui, manque toujours de bénévoles ! »

L’idée est bien de favoriser l’accès au monde du spectacle d’une part, et à ses métiers d’autre part. Dix jeunes maximum partent sur chaque chantier-festival, à raison d’un encadrant pour deux participants. Hébergés sur place, en camping à la belle saison, ils évoluent dans un cadre sécurisé tout en faisant partie intégrante de l’événement. Au total, cette année, 15 projets sont proposés, dans toute l’Occitanie, et jusque dans les Landes, pour Musicalarue.

Responsabilisation des jeunes

Autre objectif auquel tiennent les membres de La Bénévolante : la responsabilisation des jeunes. Antoine, coordinateur pédagogique, explique : « Sur place, ils se rendent compte que leur mission est aussi de représenter le festival, en donnant une bonne image de celui-ci : en laissant leur téléphone de côté, en souriant… Et c’est très important pour eux qui n’ont pas l’habitude de représenter autre chose qu’eux-mêmes ».

Les bénéficiaires de ces programmes sont des Toulousains entre 13 et 20 ans, qui ont rencontré la Bénévolante par le biais de la structure qui les accompagne : pour une grande partie des Maisons d’enfants à caractère social (MECS) ou des clubs de prévention. Océane, 18 ans, a tenté l’aventure l’an passé. Elle s’est engagée sur le festival d’Olt (Lozère) et s’est prise au jeu. « Le mieux, c’était quand même les concerts ! avoue-t-elle. J’ai découvert des choses que je n’aurais pas écouté de moi-même. J’ai adoré la déco aussi, c’était vraiment travaillé… »

Antoine et Julia ont bien remarqué l’intérêt de la jeune fille pour la scénographie et espèrent la faire repartir cette année afin qu’elle approche d’un peu plus près ce type de métiers, pourquoi pas en vue d’une ouverture professionnelle. « J’aimerais bien voir aussi comment fonctionne la régie. Mais est-ce que c’est difficile pour trouver du travail là-dedans ? Est-ce qu’on s’occupe uniquement du son ou on fait aussi la lumière ? » Océane s’interroge, se projette déjà : sa première expérience s’est avérée 100% positive et elle en redemande.

« Surpris par leur engagement »

Thomas a remarqué à quel point ces jeunes faisaient preuve de motivation sur ces chantiers. Il fait partie du collectif La Toulousaine de cirque, présent chaque année au festival de théâtre de rue d’Aurillac (Cantal) et l’an passé, il a intégré un groupe de l’association dans les équipes de bénévoles. « Ce n’est pas toujours simple avec des ados en difficultés de faire des choses pour les autres, gratuitement », reconnaît-t-il, lui qui intervient parfois auprès de jeunes en milieu carcéral. « L’an passé, j’ai été surpris par leur engagement, certains voulaient même aider sur des missions où on n’avait pas forcément besoin d’eux. »

Pour les professionnels, les bénéfices sont aussi multiples. Le lien qui se crée entre eux et les volontaires permet de « casser l’image de l’artiste inaccessible », analyse Thomas. L’échange fonctionne, et les deux parties ressortent grandies de l’expérience. « Sur ce genre d’événements, nous sommes uniquement entre personnes du même milieu. Avoir des jeunes qui viennent d’ailleurs, ça apporte de l’ouverture. Ils ne mâchent pas leurs mots, posent toutes les questions. Et s’ils n’ont pas aimé un spectacle, ils nous le disent direct ! Parfois, ça fait du bien aussi. »

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Rédigé par

Claire Villard

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