Citoyenneté

Je boycotte donc je suis

Publié le 23 avril 2018

Sur la plateforme i-boycott.org, plus de 90 000 boycotteurs sont réunis pour exprimer leur mécontentement face aux pratiques de certaines entreprises. Une façon, aussi, de s’informer sur les alternatives.

« Je ne vais plus chez Starbucks, même si j’aime leurs produits. » Léa, 25 ans, a fait son choix. L’entreprise est en effet visée par une campagne de boycott pour pratiquer l’optimisation fiscale, détaillée sur la jeune plateforme associative i-boycott.org, lancée en 2016.

Avec le boycott, « c’est la somme des actions individuelles qui matérialise l’action collective », expliquent Patricia Vendramin et Ingrid Nyströme dans leur ouvrage Le boycott (Contester, 2015). « Il trouve sa place dans une société individualisée, qui met l’accent sur la responsabilité individuelle. »  « J’avais déjà boycotté des produits, mais ça prend du sens quand on est plusieurs », explique Anne, 37 ans, présidente de la branche nantaise d’i-boycott, qui a tout juste un an. Elle fait partie du noyau dur de six bénévoles qui mènent les actions de l’association à Nantes.

Un contre-pouvoir

Régulièrement, la plateforme lance de nouvelles campagnes, au préalable validées par la communauté du site qui regroupe plus de 90 000 personnes. Une fois la campagne mise en ligne, il faut fédérer les boycottants autour de la cause, notamment grâce aux réseaux sociaux.

En parallèle, des actions – toujours non-violentes – sont menées par les bénévoles dans toute la France : il s’agit d’aller à la rencontre des consommateurs pour les informer, sans incriminer leur mode de consommation.

À partir d’un certain seuil de boycottants déterminé au lancement de la campagne, les entreprises sont informées et ont un droit de réponse en fonction duquel la campagne peut être levée, ou non. Actuellement, 25 campagnes réunissant jusqu’à 28 000 participants, sont en cours. À ce jour, quatre ont été levées après des actions concrètes des entreprises.

Dans une société où la consommation est reine, le contre-pouvoir semble se loger dans l’absence d’achat. « Il ne correspond pas aux formes d’adhésion traditionnelles, note Patricia Vendramin, mais il témoigne d’une fibre citoyenne et s’inscrit dans un processus de politisation. »

Faire bouger les choses

En boycottant, Léa se sent plus en phase avec elle-même : « Les pratiques de cette entreprise ne correspondent pas à mes valeurs. Et ne plus leur donner mon argent est le seul moyen que j’ai trouvé pour exprimer mon mécontentement ! »

De fait, pour Anne, Thomas et Mélina à Nantes, comme pour Léa à Lille, le boycott relève d’une vraie envie de faire bouger les lignes, de s’inscrire dans un mouvement collectif et de rendre le monde plus juste.  « Nous ne sommes pas là pour faire du tort aux entreprises ou aux emplois, explique Anne, nous sommes dans le dialogue pour faire évoluer les consciences et les pratiques. »

Acheter, c’est voter

Car il existe un autre volet au boycott, peut-être plus simple à mettre en œuvre : le buycott, ou le fait de privilégier un produit plutôt qu’un autre pour soutenir les entreprises aux pratiques responsables. Porter les alternatives à la connaissance des gens fait aussi partie de la mission d’i-boycott : plutôt que des cirques avec animaux sauvages, l’association va mettre en avant des alternatives comme le Cirque Plume.

Evidemment, des questions se posent aux boycottants. Très attachés à la protection des données personnelles, l’association fédère beaucoup via Facebook, un acteur incontournable sur Internet qui n’est pas irréprochable dans ce domaine. Mais ils avancent petit à petit. Mélina en plaisante : « Même si on ne change pas le monde, au moins on aura essayé. Mais on ne va pas se mentir, ça reste l’objectif ! »

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Rédigé par

Marie Le Douaran

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