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Justine, clown, « met de la vie » à l’hôpital

Publié le 14 mai 2018

A 28 ans, la jeune comédienne intervient auprès des enfants malades pour l’association les Clowns de l’espoir.

Photo Barbara Grossmann.

Quand elle chausse son nez rouge, Justine devient Eugénie Bonjour. Un joyeux clown au bonnet coiffé de pompons bleus, l’accordéon sous le bras. Deux demies-journées par semaine, la jeune femme déambule, toujours en duo avec un autre clown, dans les couloirs et les chambres de services pédiatriques d’hôpitaux des Hauts-de-France. Son rôle ? « Améliorer le quotidien des enfants hospitalisés », explique Dominique Mulliez, chargée de développement au sein de l’association Les clowns de l’espoir, qui emploie Justine.

« Les clowns vont repousser les murs de la chambre, et apporter joie et rires aux enfants en priorité, mais aussi à leurs familles et aux soignants », poursuit-elle. Car même malade, un enfant est avant tout un enfant.

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 Créée il y a plus de 20 ans, l’association Les Clowns de l’espoir réalise environ 16 000 visites par an auprès d’enfants hospitalisés, de la naissance à la majorité. Les interventions sont régulières, et encadrées par des conventions avec certains services des hôpitaux des Hauts-de-France.

« Le clown décale la réalité », confie Justine, qui intervient notamment au service de pneumologie pédiatrique du CHR de Lille. « C’est une goutte d’eau dans le parcours des gens. Mais parfois une rencontre peut changer 5 minutes, un jour ou une vie ».

« Être au plus proche des besoins de l’enfant »

Quand elle arrive à l’hôpital, Justine et son collègue comédien rencontrent l’équipe soignante, pour disposer d’une rapide présentation des enfants, de leur état et de leur moral. « A ce moment-là, on enlève le nez et on prend des notes », explique la jeune femme.

C’est ensuite parti pour les échanges avec les enfants ! Pas de spectacle tout prêt, mais une improvisation constante en fonction des réactions de chacun… « Le cœur du métier, c’est d’individualiser les interventions, pour être au plus proche des besoins de l’enfant ». Si les 2/3 ans ont souvent peur des clowns, les ados, eux « trouvent qu’on est tout pourris », s’amuse Justine. « Mais en vrai, ils nous adorent… »

« Quand on rit, la vie est là »

Si les pathologies des enfants rencontrés sont parfois lourdes, Justine apporte une touche d’espoir, un moment de pause. « C’est hyper fort d’arriver à faire rire quand c’est la tempête tout autour », note-t-elle. « Quand on rit, on est présent, la vie est là », se félicite la jeune femme.  

Photo : Barbara Grossmann

« Dans les couloirs, on met de la vie ! », précise Justine. Les clowns ne sont pas là que pour donner le sourire aux enfants. Ils accompagnent aussi parents et soignants. « C’est un projet de service, global, explique Justine. Si une infirmière va mal, on va faire en sorte qu’elle se sente bien ».

Des artistes professionnels

Les 35 clowns et 20 marchands de sable (qui viennent raconter des contes en fin de journée aux enfants) sont tous salariés par l’association. « Etant donné le niveau d’exigence dans le recrutement et les interventions, cela nous semblait indispensable », explique Dominique Mulliez. Car être clown hospitalier nécessite du travail, de l’énergie, du peps… « Nous demandons des compétences artistiques – même amateurs – notamment en improvisation ou un spectacle de rue, afin de savoir être en interaction avec le public ». Chacun intervient deux fois par semaine (exceptionnellement trois fois), pour permettre une fraîcheur dans le jeu et une dimension « exceptionnelle ».

Justine a longtemps pratiqué le cirque, avec la volonté « de raconter des histoires avec [son] corps ». A 22 ans, elle a pris conscience qu’elle voulait « faire de la scène » et non être derrière un ordinateur toute la journée. Progressivement, elle s’est formée et a pratiqué, d’abord en amateur puis en professionnelle, avant de postuler aux Clowns de l’espoir.

Un suivi permanent

L’association forme les clowns sur la dimension hospitalière et les accompagne tout au long de leur parcours. Chaque mois, une réunion de supervision, avec un psychologue, leur permet de raconter ce qu’ils ont pu vivre – les beaux moments, comme les plus difficiles. « Souvent, rien que le fait de le dire en groupe, ça fait du bien », témoigne Justine.

La jeune femme a fait de nombreuses rencontres tantôt amusantes, tantôt touchantes. Son dernier souvenir en date ? Un enfant en soins palliatifs, accompagné de sa mère et de sa grand-mère. « Triste ambiance. Il est très spectateur au début, puis mon partenaire Fanfreluche qui ne sait plus s’arrêter de parler, commence à m’agacer sérieusement… Par tous les moyens j’essaie de le faire taire, et au bout d’un moment, paf! Je lui envoie un oreiller à la figure, il tombe, s’écroule, essaie de se relever, et là, cet enfant si silencieux et immobile, commence à lui aussi lui envoyer des peluches, des oreillers… » Fanfreluche s’écroule alors au sol : il a perdu la bataille. Le petit garçon, lui, a gagné ! « Bon certes, contre un clown, mais il lui a bien mis la misère, et ça, c’est pas rien, foi d’Eugénie », poursuit Justine. « Voilà tout le cœur de notre métier: comment redonner du pouvoir à un enfant qui n’en a plus. Pendant un instant, il a gagné. »

« Un engagement humain »

« C’est un engagement humain, pas juste pour cachetonner », précise Justine, qui y trouve aussi son compte d’un point de vue personnel. « C’est ma gymnastique de la joie. Je suis toujours mieux quand je sors : on est obligés d’aller bien ! Et ça retentit dans ma vie ».

Et même sur son métier ! « Cette expérience m’a donné énormément d’aplomb. Ça m’a aidé à improviser, à rebondir sur tout. C’est un peu comme du théâtre de rue », explique Justine. « L’hôpital m’a aguerrie. J’interviens maintenant aussi avec des copains auprès de migrants, nous faisons des déambulations clownesques dans des squats. Sans mon expérience aux Clowns de l’espoir, j’aurais eu peur de gêner ».

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Rédigé par

Oriane Raffin

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