Projets inspirants, créateurs inspirés

Les frigos solidaires : l’entraide plutôt que le gaspillage

Publié le 19 mars 2018

Chaque année, en France, 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées, soit 20 kilos par habitant. Dounia Mebtoul, 26 ans, a importé d'Angleterre une initiative permettant de faire bénéficier les plus démunis de ces ressources alimentaires.

Photo : Agence Biggerband

Ce soir de février, le Bar Commun, bar associatif du XVIIIème arrondissement de Paris, fait salle comble. Le centre de toutes les attentions a de quoi surprendre. C’est un appareil des plus banals, au premier abord : un réfrigérateur, autour duquel on se presse de toutes parts pour faire des selfies !

Rassurez-vous, l’assistance n’a pas perdu la tête ! Malgré les apparences, ce frigo est bel et bien un objet révolutionnaire. Il s’agit du deuxième « frigo solidaire » de la capitale.

Don et partage, « le nouveau lien social »

À l’origine de l’initiative, il y a Dounia Mebtoul. La jeune femme, qui a grandi dans le restaurant de sa mère, a été très tôt familiarisée avec la problématique du gaspillage alimentaire. C’est en se promenant dans le quartier animé de Brixton, à Londres, qu’elle découvre une solution intéressante. « The People’s Fridge », littéralement le Frigo du Peuple, est un concept simple. Les habitants y déposent leurs produits secs, ou les commerçants leurs invendus, au profit des plus démunis. Dounia fait quelques recherches : à Berlin, il existe déjà 20 initiatives du genre !

D’une nature entreprenante – à 20 ans, la jeune femme a développé un pôle événementiel et un pôle associatif accueillant conférences et débats au sein du restaurant de sa mère – elle décide d’importer l’initiative. Après son détour londonien, elle s’inscrit en école de commerce, où elle constate que les modèles de gestion associative commencent à trouver leur place. Les valeurs de don et partage, elle en acquiert la certitude, ont un potentiel de plus en plus fort.

Le projet va ainsi réconcilier ses aspirations et son savoir-faire. Reste à trouver par où commencer. « Au début, on ne voyait pas comment créer une asso, et s’il y avait matière. L’idée était lancée, mais il fallait la relayer – et c’est une mutuelle, celle de mon grand-père mineur, qui a mis les premiers moyens à disposition », se souvient Dounia.

Inciter les citoyens à porter des projets

Aujourd’hui, le système est rodé. « Tout repose sur l’initiative directe des membres de l’asso, c’est la beauté du projet », s’enthousiasme la jeune femme. Elle précise ainsi que peu d’associations proposent à leurs adhérents ce niveau d’implication : créer un collectif sur les réseaux sociaux pour lancer un mouvement local, démarcher commerçants et restaurateurs, amasser une cagnotte de 1 300 euros pour l’acquisition du frigo, assurer son branding… « Faire des dons à une asso, évidemment, c’est bien, mais ce n’est pas du long terme. Les frigos solidaires demandent une mobilisation. Il faut relancer les commerçants, s’assurer de l’approvisionnement, et surtout toucher de nouveaux usagers. »

C’est le rôle de Dounia au quotidien. « Il faut faire le buzz en permanence. L’engagement doit s’ancrer dans les habitudes passé l’effet de curiosité. » La jeune femme professionnalise rapidement l’association. La mutuelle amène une agence de com’, qui à son tour propose au YouTubeur Baptiste Lorber d’être l’ambassadeur des Frigos solidaires. Jeanne Pouget de Kombini, Natoo, autre YouTubeuse, servent de passerelle vers les médias mainstream.

« Harmoniser les quartiers et se réapproprier l’espace public » : au-delà de la portée solidaire du projet, c’est un modèle associatif intégrateur, présent sur le terrain, où tous les membres sont actifs, que prône Dounia. La jeune femme continue elle-même à contrôler des dates de péremption et visiter des commerçants… Les élus locaux ne s’y sont jusqu’ici pas trompés : l’association aurait pu craindre de se voir opposer un volet réglementaire trop rigoureux. Au contraire, tous les interlocuteurs publics ont salué et aidé cette initiative, laissant espérer qu’elle puisse obtenir la classification d’intérêt général. Un soutien indispensable pour que Dounia remplisse son prochain objectif, les Outre mer, où « le besoin est profond », dit-elle.

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Rédigé par

Julien Palomo

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