Agir au quotidien

Au fil de l’eau : le vin transporté en bateau

Publié le 28 février 2018

Au sein de leur coopérative, Cécile et Raphaël transportent vin et produits locaux par voie fluviale en prônant le respect de l’environnement et la convivialité. Et dénoncent à contre-courant la logique du toujours moins cher et plus rapide.

C’est très violent pour moi de me retrouver dans cet environnement urbain”. Cécile Sauthier n’a pas l’habitude de vivre de façon sédentaire entourée de bâtiments. Elle est plus habituée à voguer au fil de l’eau avec son compagnon Raphaël Sauzéat sur leur péniche “Alizarine” qui fêtera son centenaire en 2027. En ce début d’année, ils sont pourtant contraints, par le manque d’activité de la période, de larguer les amarres au sein de la darse de la Confluence, quartier dynamique de Lyon baigné par le Rhône et la Saône. Au printemps, ils entameront une nouvelle rotation qui les amènera vers le nord, à Paris et même pourquoi pas jusqu’en Belgique. Car Alizarine n’est pas simplement un lieu de vie. C’est avant tout un véhicule de fret fluvial.

Nous pouvons transporter 160 tonnes sur 50 palettes. Le tout en maintenant les vins à une température constante” explique Raphaël Sauzéat. Outre le maintien de la qualité du vin, pour le batelier, ce moyen de transport possède aussi le grand avantage de consommer quatre fois moins de fioul que les camions routiers et de réduire la pollution par quarante. “Il n’y pas d’accélération brusque, pas d’accident, pas de bruit. On ne prend jamais en compte ces facteurs qui alourdissent pourtant le coût du transport routier.” De fait, le trafic fluvial est délaissé à la faveur de la route et le rail au grand regret des dirigeants de la Scop Alizarine.

Une démarche militante

Inscrits également dans une démarche éco-responsable, des producteurs de vin d’Ardèche, de vallée du Rhône, de Bourgogne ou de Champagne ont fait le choix de miser non pas sur la rapidité de la livraison (il faut au moins 20 jours pour rejoindre Paris depuis Avignon en péniche) mais plutôt sur les valeurs véhiculées par le transport fluvial. “Il y a une fierté de voir partir sa production par bateau, c’est une démarche militante également” selon le fondateur. En contrepartie d’un coût de transport un peu plus important, ils peuvent apposer le label “éco transport fluvial”, une plus-value à l’heure où l’« éconologie » devient un argument commercial incontournable.

Un mode de transport respectueux du vin, qui vide les routes et économise de l’énergie, ça m’a tout de suite intéressé. J’ai l’impression de le déguster à l’arrivée tel qu’il est en cave” n’hésite pas à déclarer Denis Robert, vigneron bio ardéchois et un des plus grands fervents de la philosophie d’Alizarine. “Il suffit seulement d’anticiper les commandes pour ne pas être dans cette politique de l’urgence.

Alizarine from Bruno Alles on Vimeo.

Si l’alternative est plaisante aux yeux du grand public et de certains vignerons, cela ne doit pas occulter les difficultés financières auxquelles font face le couple de mariniers depuis des années. Victimes des subventions accordées au transport routier, ils dénoncent le manques d’actions des pouvoirs publics sur la question du fluvial, dans un pays pourtant propice. “Il y a eu la Cop 21 en France, on parle sans cesse de réchauffement climatique mais il ne se passe rien. On travaille avec la métropole du Grand Lyon depuis trois ans mais ce n’est pas demain qu’il y aura des bateaux qui vont livrer la ville” déplore Raphaël Sauzéat.

Face à ce constat, les deux dirigeants tentent de diversifier leurs activités avec l’organisation de dégustations de vins et produits régionaux lors des différentes haltes. Des moment qui leur permettent de partager momentanément avec les clients leurs goûts du voyage fluvial.

Note : L’alizarine est un colorant rouge d’origine végétale

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Rédigé par

Jérémy Pain

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