Tendances de l'emploi

Coursiers à vélo : « il faut insuffler de la justice sociale et de l’éthique »

Publié le 30 janvier 2018

Pour lutter contre les conditions de travail imposées par les plateformes de la foodtech, des coursiers s’organisent, avec en tête une autre idée de l’organisation du travail. Notamment grâce à des coopératives.

Sac sur le dos, œil sur le GPS et k-way fluo, les coursiers à vélo sont devenus en quelques années des éléments du paysage des villes françaises. Emblème du secteur de la foodtech, des centaines de cyclistes payés à la tâche sont prompts à livrer le plus rapidement possible des repas pour Deliveroo, Foodora ou Uber Eats, parfois au détriment de la sécurité routière.

Mais, face aux conditions de travail imposées par ces plateformes – statut d’auto-entrepreneur, sans cotisations au chômage, congés payés ou assurance en cas d’accident… -, des projets alternatifs voient le jour. Les revendications de Nuit debout, au printemps 2016, et la chute fulgurante de Take Eat Easy, à l’été, ont servi de déclic.

« On a eu envie de s’émanciper de ces plateformes pour sortir le plus de coursiers possibles de l’uberisation », explique Théo, cofondateur des Coursiers bordelais. Un autre système serait donc possible ? Oui, grâce aux coopératives qui embauchent les cyclistes, avec toutes les garanties que le salariat implique.

On souhaite sortir de la logique de flux et de volume.

Livreur depuis plus de trois ans, Théo est issu de la foodtech et a éprouvé le système. « C’est un métier qu’on aime, mais les conditions imposées par les plateformes ne sont pas justes. Pour pérenniser et défendre ce métier, il faut y insuffler de la justice sociale et de l’éthique. » Avant de devenir une SCOP en salariant deux personnes – a priori avant l’été -, l’association Les Coursiers bordelais réunit depuis fin 2017 quatre livreurs et développe son carnet d’adresses. Mais pas dans le secteur de la nourriture où les prix sont tirés vers le bas. Résultat : des courses de biens et de colis à la demande, à partir de 7 euros, dont 5 retombent dans la poche du livreur.

 

This is box title
Le statut d’auto-entrepreneur des coursiers de la foodtech leur permet de toucher une rémunération brute. C’est ensuite à eux de déduire les charges sociales et les impôts, qui peuvent aller jusqu’à 40% de la somme.

Des plateformes éthiques

Le constat est le même à Nantes, où la mise en pratique par Les Coursiers nantais – eux aussi sous forme d’association de préfiguration – est un peu différente. « On souhaite sortir de la logique de flux et de volume, qui se démocratise notamment avec le e-commerce », détaille Christophe, parmi les six cofondateurs. Pour cela, les Coursiers nantais espèrent développer des relations pérennes avec des structures locales et réfléchissent à la mise en place d’offres de livraison de repas, par exemple destinées aux entreprises. En attendant que le projet prenne de l’ampleur, Christophe sillonne les rues nantaises pour Deliveroo et assume de trouver là une activité « en accord avec son organisation familiale et qui permet de gagner sa vie ».

Car lancer un tel projet, s’organiser, se faire connaître… ça n’est pas une mince affaire : « Quand on est coursier, on est mono-tâche, plaisante Christophe, tout le reste on ne sait pas le faire ! C’est pour ça qu’on prend notre temps pour apprendre. » À Toulouse et Paris, AppliColis et CoopCycle planchent justement sur des outils dédiés aux coopératives de coursiers, qui ne prennent pas de commission au passage. « Concrètement, les coopératives de coursiers peuvent y créer leur marque, choisir leurs horaires, leurs tarifs…, détaille Florent, cofondateur d’Applicolis et livreur depuis presque trois ans pour les plateformes de la foodtech. Les commerçants commandent ensuite une livraison via la plateforme, et la coopérative en est informée. Là aussi, le projet se tourne plutôt vers d’autres produits que les repas. Encore dans les tuyaux, CoopCycle prendra bientôt la forme d’un logiciel libre que chaque coopérative pourra utiliser pour créer localement sa plateforme. Et pourquoi pas avec des repas dans le sac à dos.

À plusieurs, on va plus loin

Quel que soit le produit transporté, tous sentent qu’ils arrivent au bon moment pour faire changer les choses dans ce milieu. Mais aussi que les challenges sont nombreux, et que proposer une forme de salariat n’est pas forcément une évidence dans ce secteur où la logique d’uberisation a fait son chemin. « Pour beaucoup de livreurs, c’est un boulot à court terme, c’est pour ça que les mouvements ont du mal à prendre », rappelle Théo. Il faut aussi trouver son modèle économique, convaincre des clients parfois frileux… « Faire passer le message et partager notre expérience à d’autres structures pour que ça se multiplie est également indispensable », estime Christophe.

Ambitieux, les Toulousains sont même moteurs d’une fédération des coopératives de coursiers, encore en gestation. Florent en est convaincu, il faut aller vite. « Un réseau de coursiers salariés permettra de défendre la profession. C’est important pour aller convaincre des clients grands comptes, avoir une force de communication, proposer une aide juridique, partager des outils et des méthodes comme la compta, par exemple… » Un nouveau défi pour ces toutes jeunes coopératives, qui doivent encore discuter et accorder un peu leurs rayons.

Image writer

Rédigé par

Marie Le Douaran

1 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

image commentary

FRADET Bruno

Publié le 05 février 2018

Bel article. Il faut effectivement faire connaître les solutions alternatives. Très juste sur la réflexion du salariat. Je viens de défendre notre pole urbain de services de proximité qui s'appuie sur un éco-logisticien devant un parterre de collectivités de PACA et devant LAPOSTE. En substance, nous avons eu 2 accidents en 2017 sans gravité car nous n'avons que des salariés et que nous prônons l'excellence opérationnelle et la formation. Nos clients nous plébiscitent. Nous travaillons avec des entreprises artisanales pour développer des solutions logistiques, des services et des produits à livrer tous éco-responsables. Nous ne sommes pas que des férus de vélos et ne prônons pas que le vélo mais réfléchissons à une gamme de solutions alternatives. Je trouve vos idées et initiatives courageuses et encourageantes. Comment pouvons-nous vous aider et partager ? Bien à vous.

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Planète

La consigne reprend du service !

Les initiatives se multiplient pour remettre au goût du jour la consigne des bouteilles en verre. Dans la mouvance « zéro déchet », le système permet de laver et de réutiliser les contenants que vous rapportez.

Rédigé par Marie Le Douaran En savoir plus

Conseils (de) pro

Comment se faire un réseau dans l’ESS?

Rien ne vaut le bouche à oreille! Dans l'économie sociale et solidaire, plus que dans un autre secteur, avoir des contacts qui vous informent, des personnes qui vous recommandent facilite grandement votre recherche de job ou de stage. Suivez donc nos conseils pour vous constituer un réseau.

Rédigé par Céline Deval En savoir plus

Social, solidaire, etc.

Où et comment s’informer sur l’économie sociale et solidaire ?

Il n’y a pas que Say Yess dans la vie !

Rédigé par Say Yess En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.