Solidarités

Sos Amitié : « on est le réceptacle, le miroir » de l’appelant

Publié le 26 décembre 2017

Jeanne*, 26 ans, est écoutante pour l'association depuis 11 mois. Elle offre son oreille et son temps à des personnes en situation de solitude ou de détresse. Témoignage.

Pourquoi avoir rejoint SOS Amitié ?

J’ai eu des engagements associatifs culturels, mais c’est mon premier engagement associatif social. A la fin de mes études, j’avais à cœur de m’engager pour une association. Dans mon travail, je m’épanouis, mais il me manque peut-être le lien avec les gens, l’échange. Un ami m’a parlé d’SOS Amitié. J’ai apprécié l’importance forte donnée à la formation. Avant de choisir mon engagement, j’avais peur de tomber dans une association où je n’aurais pas d’encadrement, et de faire des impairs. Chez SOS Amitié, on m’a confortée dans l’idée que je pouvais être légitime, à 26 ans. Et que je pouvais apporter à mon niveau.

La thématique de la solitude me touche, car j’ai la chance de ne pas y être confrontée, d’avoir un entourage, et que cet entourage soit présent. Mes problèmes ne sont pas graves et il y a des gens pour les écouter. Je n’imagine rien de pire que de ne pas avoir cela. Alors je me dis que si je peux apporter cela juste le temps d’un instant, une oreille… cette idée a eu de l’écho en moi.

Comment se déroulent les temps d’écoutes ?

Nous ne sommes pas des thérapeutes, ni des soignants. On ne formule pas non plus de conseils. On essaie davantage de desserrer l’angoisse et d’écouter au mieux. C’est à l’appelant de trouver sa solution. Au mieux, on peut le guider. On est le réceptacle, le miroir. On aide la personne à prendre un peu de distance. Ce n’est pas toujours évident, il y a parfois des appels difficiles.

Quels sont les échanges qui vous ont le plus marquée ?

On n’anticipe pas les appels qui vont le plus nous marquer. Après certains, on sort ému, ça nous fait réfléchir à des réalités, résonne avec nos valeurs. Cela m’inquiétait, avant de commencer, de ne pas savoir cloisonner. Mais finalement, la structure est telle que cela ne s’est jamais produit. Après un appel difficile, je peux moi-aussi bénéficier d’une écoute. Et même si c’est une activité assez solitaire, on n’est jamais livré à soi-même.

Les appels qui résonnent le plus en moi sont peut-être ceux des jeunes, qui me touchent beaucoup. On a les mêmes vocables, les mêmes expressions. Dans l’absolu, ça pourrait être un ou une ami-e : ça me fait quelque chose. Les personnes âgées seules aussi. Parfois, elles me font penser à ma grand-mère. De manière générale, on n’est jamais indifférent aux appels qu’on reçoit. Mais il y a aussi des appels très poétiques : on peut parfois parler de voyages, de littérature. Ce n’est pas un rapport descendant : il y a des échanges, de la discussion, des réflexions sur la vie. Parfois, quand je raccroche d’un appel, je me dis que ma soirée est gagnée. J’ai vécu un moment isolé dans l’espace temps.

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Et concrètement ?

L’écoutant s’engage à faire quatre écoutes de 4h chaque mois. Il a une liberté de choix sur les créneaux (avec un impératif : faire un créneau de nuit).

Il est formé avant de décrocher son premier appel (3 jours de formation) et tout au long de son engagement, avec notamment des groupes de partage. Un parrain et une marraine sont également là pour l’épauler.

Actuellement, SOS Amitié ne peut répondre qu’à 45% des appels reçus. Encore moins la nuit. Son président a ainsi lancé un appel à bénévoles pour recruter de nouveaux écoutants.

* A la demande de SOS Amitié, afin de respecter l’anonymat des écoutants, le prénom a été modifié.

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Rédigé par

Oriane Raffin

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