Solidarités

Défendre les droits humains : déprimant ?

Publié le 20 décembre 2017

La défense des droits humains, ça concerne souvent l’autre bout du monde et ça semble une lutte infinie. Comment les jeunes vivent-ils leur engagement pour ces causes éloignées de leurs propres réalités ? Comment rester motivé-e lorsqu’il n’y a pas de résultats immédiats ?

Sandrine, 30 ans, militante de la Ligue des Droits de l'Homme. Photo : Benjamin Genet

« Je n’ai pas l’espoir que mon action change quelque chose », constate sans appel la jeune Louise, 19 ans, militante depuis plusieurs années pour Amnesty International. Enthousiaste malgré tout, l’étudiante en philosophie cite Sartre : « Agir sans espoir. Cela n’implique pas l’inaction mais la conscience que les résultats de nos actions sont imprévisibles. »

« Quand j’ai découvert Amnesty International, ajoute-t-elle, je me suis reconnue dans beaucoup des indignations de l’association : la lutte contre la peine de mort, la défense des droits humains, les conditions de vie des enfants… », explique-t-elle. Sans se laisser démotiver par le refus du proviseur de créer une antenne jeune dans l’établissement, elle rejoint le groupe local à Troyes et organise notamment un ciné-débat sur les droits des femmes en Turquie.

« Défendre les droits humains se fait aussi à côté de chez soi ! » Sandrine, 30 ans, militante de la Ligue des Droits de l’Homme

Aujourd’hui étudiante à Paris, elle est la plus jeune membre de la commission des responsabilités économiques de l’organisation. Elle n’attend pas de son implication des impacts rapides et concrets, mais s’y retrouve tout de même. « Toutes les rencontres et les débats auxquels je participe me construisent aussi à titre personnel. » Ainsi, lors de ses interventions auprès de lycéens, elle se nourrit de l’expérience de Jean-Claude, le secrétaire général de la section de Troyes, âgé de… 75 ans. « Il a été professeur pendant 30 ans, il avait le sens de la pédagogie et du recul sur le sujet ! »

Mobilisation contre la fermeture d’un centre IVG à Paris

Allier terrain ici et plaidoyer pour là-bas

Vastes et souvent lointaines, les luttes pour les droits de l’homme passionnent pourtant Sandrine, 30 ans, « serial bénévole » et déléguée de section de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) pour le 20ème arrondissement de Paris. Pour elle, la question n’est pas de choisir entre ici et ailleurs. Au contraire. « Défendre les droits humains se fait aussi à côté de chez soi ! », explique la jeune femme. La LDH agit dans le monde entier – de la liberté de la presse en Pologne à la surveillance des citoyens en Egypte – , mais elle porte aussi des combats en France, autour des violences policières, de l’accueil des migrants ou du harcèlement sexuel au travail.

« Tous les soirs, quand je rentre du travail, je passe à côté de la place Stalingrad. De nombreux jeunes hommes sont assis par terre (ils sont exilés et attendent une prise en charge, ndlr). Ça me révolte tout autant que des gens meurent sous les bombes à l’autre bout du monde ou que d’autres soient assassinés en raison d’opinions différentes de celles du gouvernement ». Alors, la jeune femme cumule : près de chez elle, elle prend part à des maraudes avec la Croix Rouge, tracte avec la LDH pour le maintien du centre IVG de l’hôpital Tenon dans le 20ème arrondissement… Mais elle se mobilise aussi pour des enjeux plus lointains, comme la situation des personnes homosexuelles en Tchétchénie. Ses différents engagements bénévoles ont un dénominateur commun, dit-elle : la sensibilité à l’injustice sociale.

Campagne d'Amnesty International à propos d'une marée noire dans le delta du Niger
Campagne d’Amnesty International à propos d’une marée noire dans le delta du Niger

Les campagnes et combats portent parfois leurs fruits, pour la plus grande satisfaction des bénévoles impliqués. Sous la pression entre autres d’Amnesty International, Shell a versé une indemnisation pour les déversements de pétrole au Nigeria. L’ONG a également joué en faveur de la libération de la jeune Guadalupe, emprisonnée au Salvador pour avoir fait une fausse couche – elle était soupçonnée d’avoir avorté volontairement. Les militants ont aussi amené le Togo à signer la Convention des Nations Unies contre la torture. En local, le collectif Tenon, dont fait partie la LDH, a obtenu la réouverture du centre IVG du 20ème arrondissement de Paris après 18 mois de lutte. Des réussites obtenues pour la plus grande satisfaction des associations, de leurs salariés… et de leurs bénévoles.

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S’engager pour le lointain : pas si fréquent !

Les Français préfèrent s’engager dans leur grande majorité dans des associations culturelles ou dans les domaines de l’éducation populaire ou encore les clubs sportifs. Seulement 7% d’entre eux s’investissent dans la solidarité internationale, c’est-à-dire les actions de lutte contre les inégalités et injustices dans le monde (enquête de l’Ifop).

Dépoussiérer la communication

Une autre clé de la motivation : faire sentir aux bénévoles que leur avis compte, y compris dans les associations qui emploient des salariés. Dans le comité de la LDH du 20ème arrondissement, chaque réunion commence par un temps d’échange sur l’actualité. « Nous pouvons interpeller le siège sur des questions internationales », explique Sandrine.

Les actions nationales de l’association s’inspirent parfois directement du travail des sections locales. « Il arrive que quand nous lançons un évènement et qu’il fonctionne mieux que celui du siège, celui-ci va reprenne l’action pour l’étendre », raconte la jeune femme.

Pour mobiliser les moins de 30 ans, les associations de défense des droits de l’homme doivent aussi dépoussiérer leur mode de communication, en utilisant l’humour ou les vidéos virales diffusées sur les réseaux sociaux. Amnesty International, par exemple, sort régulièrement des clips originaux, par exemple contre la peine de mort. A défaut d’impact concret et immédiat sur le terrain, les assos de droits humains font évoluer les mentalités !

 

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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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