Solidarités

Ils récupèrent les invendus des marchés pour les redistribuer

Publié le 22 décembre 2017

A Rennes, une association récupère les denrées non vendues par les commerçants pour les distribuer gratuitement. L’idée ? Lutter contre le gaspillage tout en démocratisant cette pratique.

Association Les glaneurs rennais

Bénévoles de l'association Les glaneurs rennais

Ce samedi midi d’automne, le rendez-vous est donné au Gazoline, bar alternatif du centre-ville de Rennes. Après un rapide café pour se réchauffer et se répartir les tâches, Camille, Géo, Simon et une petite dizaine d’autres jeunes se mettent en action. Direction les caves des halles du marché des Lices pour récupérer un barnum. L’installation – un peu en retrait du marché – se fait en quelques minutes. Cette association, Les Glaneurs rennais, qui « organise » le glanage, a vu le jour l’an passé et a été lauréate du budget participatif de la ville. Après plusieurs mois pour ficeler le projet, depuis début novembre, chaque samedi, environ une quinzaine de bénévoles sont présents.

On glanait nous-mêmes pour la plupart et on s’est rendu compte que ce n’était pas forcément facile pour tout le monde.

« Toute bonne volonté souhaitant donner un coup de main, ponctuellement ou régulièrement, est la bienvenue », sourit Simon Michel, étudiant en intervention et développement social de 25 ans, l’un des trois cofondateurs. Il poursuit : « On glanait nous-mêmes pour la plupart et on s’est rendu compte que ce n’était pas forcément facile pour tout le monde. Certaines personnes n’osent pas, d’autres ne peuvent pas, comme les personnes âgées par exemple. L’idée est de démocratiser la pratique. Allier la lutte contre le gaspillage alimentaire au caractère social de la redistribution gratuite. »

Les bénévoles, bonnet rouge sur la tête pour être identifiables, partent arpenter les allées du marché. Ils déposent des cagettes vertes au pied des étals des commerçants souhaitant participer. Pour le moment, entre 30 et 50 (sur 250) donnent leurs invendus : fruits, légumes, pains et fleurs. A la fin du marché, à 13h30, la troupe récupère les denrées et constitue un stand. Entre 160 et 200 kilos sont distribués chaque semaine. « En général, même s’il n’y a pas de règles, entre 4 et 5 kilos sont distribués par personne, en fonction de ce que chacun souhaite », précise Camille Martenot, bénévole de 26 ans.

Ce jour-là, sur l’étal, choux-fleurs, salades et panais côtoient potimarrons et bananes. Une file – en majorité des moins de 30 ans – se constitue petit à petit. Certains ne connaissent pas l’association, d’autres sont déjà passés le week-end d’avant, comme Clara, 21 ans, femme de ménage. « Ce matin, j’ai d’abord fait un tour auprès des commerçants mais n’ai rien pu récupérer. Ce n’est pas forcément simple de venir là mais en ce moment les fins de mois sont difficiles, donc ça me permet de repartir avec quelques légumes. C’est un peu frustrant, j’ai l’impression de prendre et de ne rien pouvoir donner en échange. »

Ce n’est pas forcément simple de venir là mais en ce moment les fins de mois sont difficiles, donc ça me permet de repartir avec quelques légumes.

Un peu plus loin, un petit groupe s’interroge sur la nécessité de cette association et a peur que cela ne vienne concurrencer les glaneurs habituels. « C’est une bonne initiative mais il est vrai que j’ai entendu des glaneurs s’inquiéter de l’autonomie qu’on leur enlève », relate aussi Marion, de la boulangerie Fagots et Froments, qui a déposé ce jour-là une partie de ses invendus dans la cagette verte et a gardé l’autre pour des glaneurs réguliers. « Certains nous ont dit que nous allions tuer le glanage, mais loin de nous cette idée, le but est vraiment d’offrir cette possibilité à plus de monde, et ceux qui pratiquent habituellement continueront. D’ailleurs, des commerçants nous ont bien précisé qu’ils préféraient garder leurs invendus pour leurs habitués et nous comprenons », rassure Simon Michel. A terme, l’ambition de l’association est aussi d’associer à la distribution des événements artistiques et culturels pour créer un temps d’échange citoyen.

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En France, d’autres initiatives existent, avec notamment la Tente des glaneurs, créée en 2010 à Lille par un ancien cuisinier, Jean-Loup Lemaire. La philosophie diffère des Glaneurs rennais puisque le public visé n’est pas le même. « On a voulu redonner de la dignité en évitant aux gens de faire les poubelles. On s’adresse à des personnes précaires qui n’ont pas accès à l’aide alimentaire. Les trois-cinquièmes sont étudiants, avec beaucoup de boursiers. » L’association est présente dans une quarantaine de villes et chacun peut y être « collaborateur bénévole » – à la carte, selon ses disponibilités – en envoyant un message via la page Facebook.
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Rédigé par

Claire Baudiffier

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