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Thibault, chargé de vie résidentielle

Publié le 13 décembre 2017

Thibault a 26 ans. Presque le même âge que les jeunes qu'il suit en tant que chargé de vie résidentielle dans un foyer de jeunes travailleurs à Paris. Mais « un pro n’a pas d’âge »…

Thibault Patriarche, 26 ans, dans son bureau, au 1er étage du foyer de Jeunes Travailleurs.

C’est dans une petite rue tranquille du XXème arrondissement de Paris que Thibault Patriarche travaille depuis 2 ans. Il est chargé de vie résidentielle dans un foyer de jeunes travailleurs, géré par l’Association pour le Logement des Jeunes Travailleurs (ALJT). Ici, il connaît les 122 résidents par leur nom, ainsi que leur activité. « A la base, je voulais travailler dans des collectivités sur les questions du vivre ensemble et de l’appropriation du territoire. En fait, c’est ce que je fais maintenant, mais à l’échelle du foyer ! ». Son rôle consiste à créer une dynamique, de la vie et du partage dans la résidence.

Thibault Patriarche, chargé de vie résidentielle dans un foyer de jeunes travailleurs
Thibault Patriarche, 3ème en partant de la gauche, pendant un atelier de construction de jeux, « car on ne peut pas être totalement épanoui si on ne s’autorise pas des moments de loisirs et de vacances« .

Les jeunes qui sont hébergés ici ont entre 18 et 25 ans, même si, dans les faits, certains sont mineurs isolés placés par la Mairie de Paris ou sont un peu plus âgés. Ils doivent être en règle, avoir un contrat (de travail, stage ou apprentissage) et justifier de ressources de 500 euros minimum par mois, mais ne pas dépasser 12 722 euros sur leur déclaration fiscale de l’année précédant la demande.

Sortir les jeunes de leur isolement

Thibault est présent dans la résidence au quotidien, pour accompagner ces jeunes individuellement et à travers des actions collectives. « Mon objectif est de les sortir de l’isolement et d’essayer de leur apporter quelque chose, que ce soit de l’information, de la sensibilisation ou de l’ouverture. » Deux fois par semaine, ses journées se poursuivent en début de soirée, pour animer la vie du foyer. Les résidents n’ont aucune obligation, mais chaque soir où une action est organisée, Thibault les attend dans le hall, pour les inciter à venir. « Au début, je me disais qu’un ciné-débat à 10 c’était dommage, mais en fait c’est très bien ! Dans une ville ou une collectivité, près de 10 % de gens qui se mobilisent c’est déjà beaucoup. »

Jeunes résidents du Foyer de Jeunes Travailleurs, dans le XXème arrondissement de Paris
Jeunes résidents du Foyer de Jeunes Travailleurs, dans le XXème arrondissement de Paris.

Le ciné-débat et le repas du monde sont deux actions régulières, organisées tous les mois. « Ce qui me paraît important dans ces actions, précise Thibault, c’est qu’ils se sentent légitimes à intervenir. Quand je fais un ciné-débat, l’idée est de les inviter à s’exprimer, de leur montrer qu’ils sont capables d’avoir un avis ! Ce qui m’importe, c’est de leur permettre d’acquérir un statut de citoyen. » De la même manière, un repas préparé par un ou plusieurs résidents pour les autres permet de partager un moment de convivialité. Mais aussi d’aborder d’autres problématiques, comme les relations homme/femme, dans un foyer mixte. « Certains garçons vont dire “la vaisselle, c’est un truc de filles“ par exemple. On va alors pouvoir démonter les clichés, car tout le monde participe pour cuisiner et ranger. Quand j’organise des actions autour de la santé, on choisit de parler de plaisir, de relation à l’autre, plutôt que de ne focaliser que sur les MST ou le VIH. »

Apprendre le « vivre ensemble » au-delà des différences

Pour Thibault, l’enjeu de ces actions est essentiel. Ce microcosme temporaire permet de transmettre des messages sur le vivre ensemble et la différence. « Ce qui est beau ici, c’est la réelle mixité sociale, de nationalités, de territoires. La moitié des résidents sont étrangers. On va avoir des jeunes de quartiers prioritaires, des jeunes de province étudiants à Sciences po, ou encore des mineurs isolés qui ont traversé la Méditerranée en bateaux de fortune. Certains arrivent en me disant  “Je ne parle qu’aux Maliens“. Puis ils sympathisent avec des gens différents, vont peut-être devenir amis avec des personnes à qui ils n’auraient jamais dit bonjour en se croisant dans la rue ! » 

Découverte de Paris en vélo
Découverte de Paris en vélo.

Thibault s’inscrit dans la mouvance de l’éducation populaire. Son objectif personnel : faire baisser les tensions extérieures et amener les jeunes à plus d’ouverture. Même s’il ne sait pas si ce vivre ensemble perdurera au-delà de leur séjour dans le foyer, « pendant leur temps de vie commun ici, ça prend plutôt bien entre les différents groupes ! ».

Lorsqu’on lui demande ce qui lui plait dans son travail, Thibault répond qu’il a appris pleins de choses… comme faire un mafé * ! Humainement, ses plus belles « réussites » sont d’avoir sorti du mutisme et de l’isolement des jeunes, souvent peu entourés par leur famille, comme ce mineur isolé « Quand il est arrivé, il ne parlait pas. Il s’asseyait sur un tabouret dans mon bureau sans dire un mot. Il venait à toutes les actions. Et puis il y a 6 mois, il a fait un repas pour tout le monde ! »

* plat d’Afrique de l’Ouest, avec une sauce à base de cacahouète.

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Rédigé par

Emmanuelle Genoud

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