Planète

Maraîchage bio : l’insertion par la case nature

Publié le 20 octobre 2017

Partout en France, des chantiers d’insertion accueillent des publics éloignés du marché du travail. Avec le travail de la terre, c’est la confiance en soi et les projets professionnels qui se renforcent.

Xoel ramasse des haricots secs.

« Aujourd’hui, on a des carottes, des choux-fleurs, des poireaux, de la courge, des épinards et de la mâche. » Quelques heures avant la distribution aux adhérents de l’association, les paniers bios du Jardin de Cocagne nantais, à Carquefou (44), sont en pleine confection. Ici, ce sont 19 salariés en insertion qui sèment, plantent, cultivent et récoltent les quelque 40 variétés de légumes vendus tout au long de l’année.

En France, 1900 structures sont conventionnées par l’Etat comme Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI), qui emploient environ 45 000 personnes : jeunes, seniors, chômeurs longue durée, travailleurs handicapés, exilés, bénéficiaires du RSA… Des personnes très éloignées du marché du travail qui ont besoin d’un tremplin pour s’y sentir bien à nouveau. « Après plusieurs jobs de saisonnier, je me suis retrouvé longtemps au chômage, ce qui m’a causé des problèmes financiers puis un certain enfermement et quelques mois de déprime », raconte Xoel, 32 ans, originaire de Galice, en Espagne, et salarié depuis sept mois. La volonté de sortir de cette situation l’a mené jusqu’au Jardin de Cocagne, dont le nom est inspiré d’un pays imaginaire où la nature est abondante et généreuse.

Jardin de cocagne, cultures en plein champs
Jardin de cocagne, cultures en plein champs.

Les maillons d’une chaîne

À Nantes comme à Villeneuve-d’Ascq (59), le maraîchage est un support à l’insertion, pas forcément une vocation. « Notre mission, c’est de travailler sur le projet professionnel de chacun. Mais il faut pour cela avancer sur les autres problèmes : familiaux, de logement, de transport… », explique Florence Traullé du chantier d’insertion La serre des prés, où une quarantaine de salariés en insertion, dont quelques jeunes, sont embauchés pour cultiver des légumes bios. C’est pourquoi des accompagnateurs socio-professionnels sont présents sur tous les chantiers.

La préparation des paniers par Cédric et Yaya.
La préparation des paniers par Cédric et Yaya.

Face à ces situations complexes, pas de solution miracle. « Le phénomène d’insertion se fait par leur volonté de s’en sortir, remarque Thomas, encadrant au Jardin de Cocagne nantais. Le travail sur l’exploitation leur permet de se confronter à ce qu’ils aiment ou non, de se trouver capable de faire des choses auxquelles ils n’auraient pas pensé, d’enclencher un processus de confiance en eux. » Le travail de la terre est un élément primordial. Participer à toutes les étapes de culture des légumes permet de responsabiliser les salariés : « Ça fonctionne comme un système de chaîne. Si un maillon vient à manquer ou cède, toute la chaîne est rompue. C’est pourquoi tout le monde est amené à participer à toutes les tâches », détaille Thomas.

Construire son projet d’avenir

« Ici, je me sens dans mon élément, sourit Antoine, 24 ans, en réparant une clôture. J’ai retrouvé le goût du travail et même foi en l’humanité ! » Après des études en horticulture, une mauvaise expérience dans une grande entreprise locale et une année de chômage, le jeune homme est arrivé là il y a un an et demi. Au terme de son contrat d’insertion – le maximum est de 24 mois – il compte bien persévérer dans ce domaine d’activité, passer son permis et parcourir les exploitations bio de France pour apprendre des méthodes de travail. « Le Jardin, c’est un cap dans ma vie, je me sens beaucoup plus confiant pour l’avenir. Par exemple, je sais maintenant que je ne veux plus participer à la destruction des sols. »

Tous les projets ne sont pas encore aussi détaillés que celui d’Antoine. Mais ceux qui passent sur ces quelques hectares de terre apprennent petit à petit des choses qui deviendront peut-être moteurs de leur avenir. Xoel réfléchit à se lancer dans la permaculture, « mais je dois d’abord stabiliser ma situation ! ». Audrey, 29 ans, aimerait se tourner vers la cuisine de collectivité : « J’ai appris d’où viennent les produits qu’on mange, avant je ne me posais pas la question. Maintenant, je me dis que c’est dommage que les légumes bios ne soient pas plus commercialisés, car ils sont meilleurs au goût et pour la clientèle. »

Les chantiers d’insertion comme le Jardin de Cocagne ou la Serre des prés ont un objectif d’insertion de 50% en CDI, CDD de plus de six mois ou formation qualifiante, un chiffre qu’ils atteignent. « On parle souvent de ces sorties ‘positives’, rappelle Marianne Loustalot, la directrice du Jardin, mais la grande majorité des autres parcours voient aussi des évolutions très positives. Pour la plupart, le chantier change leur vie. » Un message d’espoir fort pour Xoel, Audrey, Adrien et les autres…

*Le prénom a été changé

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Rédigé par

Marie Le Douaran

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