Solidarités

Bienvenue dans nos villages !

Publié le 11 octobre 2017

Face au phénomène de désertification rurale, l’arrivée de demandeurs d’asile originaires de Syrie, d’Erythrée, de Somalie, de Tchétchénie ou encore du Soudan apporte un nouveau souffle dans des villages de France.

Pique nique avec des réfugiés à Meyrargues.

Au cœur du Massif Central sur le plateau de Millevaches, la maison de retraite du petit village de Peyrelevade est toute neuve. Elle est venue remplacer l’ancienne située en centre-bourg. Pour occuper les 2000m² laissés vacants, l’équipe municipale a impulsé la transformation de cet espace vide en un lieu hors norme qui héberge aujourd’hui un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), un point info-énergie, le planning familial, l’association Les P’tits bouts dédiée à la parentalité…. L’objectif : créer du lien pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants.

 « Les personnes accueillies participent à la vie du village ! »

Quand Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade, a appris que le gouvernement cherchait à ouvrir des places en CADA en région, il a tout de suite perçu les avantages pour son territoire. Avant d’évoquer le principe de solidarité, le jeune élu parle donc d’une « opportunité » pour le « développement local » et de « l’intérêt de la commune ». Il ne s’y est pas trompé. Le centre a permis de rénover le bâtiment de l’ancienne maison de retraite grâce au loyer versé par Forum Réfugiés, l’association gestionnaire, et a créé 5 emplois locaux de travailleurs sociaux.

A l’échelle du village, ces nouveaux arrivants ont fait le bonheur de la vie associative avec la création d’une nouvelle équipe au sein de l’Entente sportive du plateau, le club de foot. Quant à l’école, alors qu’elle connaissait jusque-là une baisse de son nombre d’élèves, une troisième classe a pu ouvrir. Pierre Coutaud le rappelle : « 70 personnes à l’échelle d’un village de 800 habitants, c’est beaucoup ! ». Pour des villages à la démographie en berne, ce supplément d’âmes est le bienvenu.

Même si les demandeurs d’asile possèdent un pouvoir d’achat limité, l’impact de leur présence sur les commerces est jugé positif par le maire. « Ces personnes font fonctionner la Poste  quand ils ouvrent leur livret bancaire, la pharmacie, les petits commerces… ». Toutefois, après leur séjour en centre, ceux qui obtiennent le statut de réfugié et les demandeurs d’asile déboutés quittent la région, ne permettant pas d’envisager une revitalisation plus poussée du territoire. « Une famille s’est installée pas très loin d’ici mais les exemples sont rares », constate Pierre Coutaud.

Une solidarité contagieuse

Petit à petit, les liens se créent entre les accueillis et les habitants. Dans les locaux des P’tits Bouts, lieu d’accueil parents-enfants, toutes les familles sont les bienvenues sans distinction. Stéphanie Roché, la coordinatrice, explique : « On essaye d’intégrer les familles du CADA dans la vie des familles d’ici. Créer du lien entre les familles du territoire fait partie des missions de notre association ! ».

Les débuts ont parfois été difficiles dans d’autres villages. Comme à Meyrargues dans les Bouches-du-Rhône, un département où le Front national est arrivé en tête au premier tour des présidentielles, Philippe Mioche de l’association « Bienvenus dans nos villages » raconte : « Au départ, il y a eu des rumeurs comme quoi on voulait installer un camp de réfugiés. En réalité, les quelques familles accueillies ici ne posent aucun problème. Ils sont un peu invisibles ».

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Un réfugié est un étranger qui a obtenu une réponse favorable à sa demande d’asile. Ce statut peut être obtenu si la personne a des motifs jugés légitimes de craindre d’être persécutée en raison de sa « race », de son origine ethnique, de sa religion, nationalité… Les raisons économiques ne suffisent pas. Certaines associations font le choix de ne pas faire de différences entre les migrants. Elles les considèrent tous comme des réfugiés que le départ de leur pays d’origine soit lié à des raisons politiques, climatiques ou économiques. 

A Meyrargues, la mobilisation est née comme une révolte face à la photo d’Aylan, ce petit enfant syrien retrouvé mort sur une plage de Turquie. « Comme beaucoup à ce moment-là, on s’est demandé ce qu’on pouvait faire », raconte Philippe Mioche. Sous sa casquette d’élu local de Meyrargues, 3700 habitants, il mobilise alors le conseil municipal. A l’automne 2015, une vingtaine de personnes se déclarent partantes pour accueillir des familles sur le territoire : des retraités, quelques jeunes et des bonnes sœurs appartenant à une communauté locale très active.

Pic-nique avec des enfants de réfugiés soudanais à Meyrargues.
Pique-nique avec des enfants de réfugiés soudanais à Meyrargues.

Si chacun des habitants a un avis tranché sur la réussite ou non de l’intégration de ces nouveaux arrivants dans le village, Philippe lui insiste sur ce qui fonctionne. L’intégration des enfants d’une famille soudanaise dans l’école est « presque magique », avec un apprentissage très rapide de la langue française. Avec l’aide du collectif, le petit frère du père de famille l’a aidé à entrer à l’université alors qu’il ne maîtrisait pas le français à son arrivée. Toutes les associations s’accordent à le dire : l’installation se passe mieux si un engagement citoyen se met en place autour.

Pourtant, l’histoire démarrait plutôt mal puisqu’au moment de l’installation de cette famille soudanaise dans une villa vouée à la démolition, les voisins ont protesté. Philippe constate le chemin parcouru depuis : « Le comportement des voisins s’est modifié. Aujourd’hui, ils frappent à leur porte pour leur apporter des œufs et des fleurs. Cette famille c’est un morceau de chance ! ». Dans les locaux des P’tits Bouts, on essaye aussi d’oublier qui est qui. Les parents préparent des gâteaux pour les évènements de l’association, font de la couture. Certains ont filé un coup de main pour aménager les locaux au moment de l’installation. Stéphane Roché ajoute : « L’année dernière, une maman du CADA faisait partie du conseil collégial de l’association et participait aux réunions ». Pas à pas…

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CAO, CADA… c’est quoi ? Les Centres d’accueil et d’orientation (CAO) sont des lieux d’hébergement provisoire pour les personnes étrangères ouverts fin 2016 à la suite de l’évacuation de la « jungle » de Calais et des campements parisiens. Si une personne dépose une demande d’asile, elle peut ensuite être orientée en CADA, un centre d’hébergement adapté pour une plus longue durée. De nombreuses communes se sont portées volontaires pour accueillir ces centres sur leur territoire. 
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Rédigé par

Pauline Bian-Gazeau

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