Planète

Le commerce équitable, c’est aussi dans nos campagnes !

Publié le 29 septembre 2017

Acheter du café ou du jus d’orange équitable, c’est solidaire avec les agriculteurs des pays du Sud. Mais les producteurs frenchies de lait ou de pêches, vous y avez pensé ? Voici le commerce équitable « nord-nord », qui connecte les consommateurs avec les producteurs de nos latitudes.

Champs de blé de la GIE La ferme de Chassagne

Ronronnement de la moissonneuse batteuse et avalanche de tournesols dans la remorque : la récolte bat son plein chez Céline et François Peloquin, cultivateurs bios en Charente. Mais l’huile qu’ils tireront de leur montagne de graines noires n’est pas tout à fait comme les autres : elle sera vendue selon les principes du commerce équitable, exactement comme pour les caféiculteurs de Colombie ou les riziculteurs du Vietnam. Cette démarche « nord-nord » existe déjà depuis pas mal d’années, mais c’est la loi Hamon de 2014 qui lui a donné un contour officiel.

« La marge nécessaire pour vivre de notre métier »

Première différence avec le commerce classique : le prix. Les Peloquin le discutent en direct avec Biocoop ou la marque Ethiquable, principaux acheteurs de leur huile ou de leurs pois chiches. « On se met autour d’une table, on pose les chiffres des coûts de production et de transformation, la marge nécessaire pour qu’on vive de notre métier, et on construit le prix comme ça. Ce n’est pas le marché qui décide », raconte l’agricultrice.

Légumes secs français de la Ferme de Chassagne
Légumes secs français de la Ferme de Chassagne

Résultat de ces savants calculs : pour les lentilles, par exemple, la cultivatrice empoche en ce moment 25% de plus que s’il elle les vendait sur le marché classique.

Deuxième atout du commerce équitable nord-nord : un contrat de vente qui ne devient pas obsolète tous les 4 matins. « Nous faisons aussi de la vente directe mais ça n’a rien de sécurisant, poursuit Céline Peloquin. En commerce équitable nous signons des engagements de 3 ans et nous savons que c’est un partenariat de confiance. »

Pas de crise du lait

Même constat du côté de Biolait, qui regroupe plus de 1000 producteurs de lait bio (ou en conversion). On le retrouve notamment dans les briques bigarrées de la gamme « Ensemble – Solidaires avec les producteurs », de Biocoop. « Nous établissons des contrats de 5 ans qui se renouvellent quasiment toujours, précise Jacques Chiron, cofondateur de Biolait. On dit : ‘On a tel prix’, et jamais les acheteurs ne se mettent à négocier. »

Produits laitiers de la marque Ensemble
Produits laitiers de la marque Ensemble  – Solidaires avec les producteurs.

C’est une autre caractéristique du commerce équitable, qu’il se pratique sous la pluie bretonne ou dans la fournaise burkinabée : soutenir des producteurs organisés entre eux, pour mieux défendre leurs intérêts. Biolait, par exemple, possède ses propres camions de collecte du lait. Cela permet aux adhérents d’échapper à certains intermédiaires qui dictent leur loi – et donc leur prix – à des milliers d’éleveurs. « Celui qui a le camion de collecte a un pouvoir colossal. Le producteur est prêt à tout pour que son lait soit ramassé tous les 2 ou 3 jours, sinon tout est perdu », rappelle Jacques Chiron.

De l’emploi local dans ma baguette de pain

Chez les Peloquin, organisés avec huit autres agriculteurs dans le groupement de la Ferme de Chassagne, le commerce équitable a permis d’investir dans des machines coûteuses, comme un trieur-séparateur de graines. « On a des garanties de débouchés donc on sait qu’on peut amortir des achats sur 15 ou 20 ans. Ca permet d’améliorer la qualité finale », expose la productrice. Autre exemple : chez AgriEthique, qui organise la filière blé-farine-pain en commerce équitable, on estime que 6500 emplois ont été préservés en 3 ans, qu’il s’agisse de cultivateurs, de meuniers ou de boulangers.

Des steaks hachés aux cosmétiques

Et les consommateurs, dans tout ça ? Ils sont de plus en plus nombreux à être séduits par ce commerce équitable nord-nord. Les ventes plafonnaient à 67 millions d’euros en 2014, l’an dernier c’était 4 fois plus* ! « C’est encore balbutiant mais ça se structure », assure Julie Maisonhaute, qui vient d’être embauchée à la Plateforme du commerce équitable pour développer ces échanges justes « made in France ».

Des confitures aux infusions, des steaks hachés aux cosmétiques, la gamme s’étend d’année en année. Il a même fallu instaurer des critères pour distinguer le vrai commerce équitable de celui qui colle juste un visage d’agriculteur sur l’emballage parce que c’est bon pour le marketing. Si le secteur attire les convoitises, c’est qu’il est prometteur !

* ventes cumulées des labels Biopartenaire, Ecocert Solidaire, Biocoop, Ethiquable et Agri-éthique

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Rédigé par

Hélène Seingier

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