Sports & loisirs

Actionnariat populaire : ils ont mis des billes dans leur club de foot

Publié le 19 juin 2017

De plus en plus de supporters se cotisent pour entrer au capital de leur club favori. Au-delà de la démarche économique, il s’agit d’un acte de soutien à la bonne gouvernance dans le monde du foot.

Ils sont plus de 15 000, dans le monde entier, à avoir répondu présents. Ils sont désormais « Kalon » (« cœur » en breton) à vie, autrement dit supporters et actionnaires du club de football En Avant Guingamp (EAG). Pour Marine, « c’est une manière de me sentir plus proche du club que j’aime. Mon nom sera inscrit sur le stade du Roudourou, c’est une forme de reconnaissance de notre soutien sans faille ! »

En lançant cette campagne en février, le club ne s’imaginait pas un tel engouement : avec autant de souscriptions à 40 euros que de Kalons, l’association le Club des Kalon va devenir le 142e et certainement le plus gros actionnaire du club breton. Une exception au sein de la Ligue 1.

Plusieurs projets d’actionnariat populaire, portés directement par des supporters cette fois, voient le jour. À la nantaise, « l’association des amoureux du FC Nantes » créée en 2010, est la pionnière.

Les supporters sont les seuls acteurs désintéressés et durables d’un club.

« Le club fait partie du patrimoine de la ville et de la région, il a une histoire et des valeurs qu’il faut défendre. Les supporters sont les seuls acteurs désintéressés et durables d’un club, on ne peut pas définir une gestion pérenne du foot si on les exclut », soutient Florian Le Teuff, président de l’association qui a récolté 42 500 euros, soit 8 % du capital actuel.

Julien fait partie de ces soutiens : « 100 euros, c’est un investissement, mais je pense qu’aucun de nous ne participe en espérant en tirer profit. On le fait pour l’amour des canaris ! »

« Ces projets augmentent le sentiment d’appartenance », remarque Adrien Scotto, co-fondateur du Massilia Socios Club. En un an, quelque 3 200 personnes sont devenues socios, dans l’espoir d’entrer au capital de l’OM, « à hauteur de 1 à 5 % , en ayant vocation à participer à certaines décisions. » Le projet prévoit par exemple que les représentants élus par les supporters siègent au conseil de surveillance qui encadre le fonctionnement du club.

Des cousins européens

En Europe, plusieurs clubs misent déjà sur leurs supporters. Les socios de l’Athletic Bilbao sont constitués en association, mais les plus connus sont ceux du FC Barcelone ou du Real Madrid, où chaque supporter possède une part du club et bénéficie notamment d’un droit de vote pour en élire le président.

Outre-Manche, le FC United Manchester a vu le jour en 2005 par la volonté des supporters, en désaccord avec le rachat du Manchester United par Malcolm Glazer. En Allemagne, la règle veut que les clubs de la Bundesliga soient détenus à 50 % + 1 voix par leurs supporters.

C’est plutôt ce système qui intéresse À la nantaise, même si « l’idée n’est pas de copier un modèle, mais d’inventer l’actionnariat populaire à la française », insiste Florian Le Teuff. Les porteurs de projets se rejoignent sur un point : la possibilité, avec ce système de « support’acteur », de prôner la bonne gouvernance au sein du club.

Des issues encore incertaines

La voie des « socios » français n’est pas encore tracée. Même à Guingamp, tout n’est pas encore défini : il faut encore créer l’association et trouver un moyen de faire voter chaque Kalon pour un bureau composé de supporters. Une fois actionnaire, le club des Kalon pourra assister aux assemblées générales du club et même briguer un siège au conseil d’administration.

Il y a beaucoup d’entre-soi dans le monde du foot et les supporters ne sont pas toujours écoutés par les actionnaires. Il faut faire évoluer les mentalités !

« Ça ne changera rien dans mon quotidien, admet Loïc, un des Kalons, mais il y a beaucoup d’entre-soi dans le monde du foot et les supporters ne sont pas toujours écoutés par les actionnaires. Il faut faire évoluer les mentalités ! »

A l’autre bout de la France, le Massilia Socios Club est en discussion avec l’OM, qui montre une volonté de travailler à la réalisation du projet. A Nantes, la patience est de rigueur car les discussions avec le club sont bloquées. Mais l’association se tient prête pour un futur changement d’actionnaire. En attendant, Julien ne regrette pas sa mise de départ : « J’aimerai le FC Nantes jusqu’à la fin et je serai fier d’avoir participé à sa vie ! »

Pour en savoir plus

Le Conseil National des Supporters de Football et Supporters Direct Europe coordonnent et soutiennent au niveau français et européen les projets d’actionnariat populaire.

Image writer

Rédigé par

Marie Le Douaran

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Citoyenneté

« J’ai donné un sens à mon travail grâce au Service Civique ! »

Après avoir travaillé quelques années en tant que pâtissier, Mikaël Treilhaud Daramy se lance dans un service civique, poussé par une envie de changement. Un véritable tremplin vers le secteur de l’économie sociale et solidaire pour ce jeune de 23 ans.

Rédigé par Déborah Antoinat En savoir plus

Entreprendre, mode d'emploi

Pourquoi se compliquer la vie en créant une entreprise éthique et solidaire ?

Comme si créer une entreprise ce n'était pas suffisamment compliqué, certains y ajoutent des ambitions écologiques, sociales et solidaires... Seraient-ils un peu maso?

Rédigé par Laure Jouteau En savoir plus

Tech

L’agriculture urbaine boostée par le numérique

Et si les agriculteurs, jardiniers ou botanistes locaux s'unissaient aux acteurs du web ? C'est le principe des rencontres « Hackgriculture », proposées par le collectif « Nantes ville comestible » qui vise à mêler les énergies locales pour penser la ville comestible. Avec le numérique comme engrais.

Rédigé par Jeanne La Prairie En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.