Citoyenneté

Place aux femmes ! Des marches urbaines pour améliorer la ville

Publié le 8 mars 2017

Où sont les femmes ? Moins présentes et représentées dans l’espace urbain que les hommes, elles sont invitées à organiser des marches exploratoires, pour adapter la ville à leurs besoins. Un concept qui nous vient du Canada.

Une marche exploratoire dans la ville du Cap, en Afrique du Sud

Stylo et questionnaires en main, des promeneuses au regard affûté se penchent sur les défauts de la ville : un lampadaire défaillant qui rend le coin de rue menaçant une fois la nuit tombée, un obstacle obstruant la visibilité… Les marches exploratoires, c’est le nom de cette méthode, regroupent des femmes souhaitant modifier la ville, souvent pensée par des hommes, pour l’adapter à leurs besoins.

« Les femmes ont souvent une vision plus transversale, estime Agathe Cousin, 34 ans, de l’association France Médiation. Elles pensent davantage à l’ensemble des personnes de la communauté. » C’est ainsi qu’à Mons-en-Barœul, dans le Nord, à la suite de ces inspections (de) citoyennes, un abri a été construit pour attendre les enfants à la sortie de l’école, une épicerie solidaire mise en place et un éclairage créé.

Proposer des solutions aux dysfonctionnements

Initiés aux Canada dans les années 1980, ces diagnostics urbains opérés par les femmes sont arrivés en France dans les années 2000 et ont déjà eu lieu dans de nombreuses villes comme à Nantes, notamment en partenariat avec l’association Genre et ville, fondée par la sociologue Chris Blach. Elles partent du constat que l’urbanisme influence nos activités quotidiennes et qu’il peut contribuer à exclure certaines catégories de personnes de l’espace urbain, des personnes à mobilité réduite aux familles équipées de poussettes… en passant par les femmes, parfois inquiètes d’être importunées.

japon3
De la Suède au Japon, Womenability a mené un tour du monde des marches exploratoires, pour élargir le diagnostic et importer les bonnes idées

Les marches constituent également un pan d’activités de l’association France Médiation. Agathe Cousin intervient ainsi auprès d’associations et de municipalités dans toute la France pour leur transmettre la méthodologie. A chaque fois, une quinzaine de femmes participe à la marche, limitée à quelques rues. Elles photographient les dysfonctionnements repérés afin de rendre un rapport aux transporteurs, aux bailleurs ou à la municipalité. La marche d’une heure est répétée trois fois, à des heures différentes. « On ne voit pas la même chose en pleine journée ou à la tombée de la nuit », précise Agathe. Les groupes de promeneuses s’attellent ensuite à trouver des solutions aux problèmes constatés.

L’objectif de cette démarche est double : adapter les villes aux besoins des femmes et associer davantage à la démocratie participative locale une partie de la population sous-représentée. « C’est une démarche populaire qui ne doit pas devenir un gadget de la démocratie participative », note Agathe qui insiste sur l’importance d’aller au-delà du constat en proposant des solutions concrètes. Une dernière marche est organisée avec les élus pour leur présenter les conclusions.

Un tour du monde pour importer les bonnes idées

L’insécurité et le risque d’agression restent la principale préoccupation. Des applications s’appuient sur la géolocalisation pour y remédier : en trouvant une personne avec qui rentrer le soir sur « Mon Chaperon » ou en signalant une agression sur « App-elles ». Trouvant que ces thématiques sont encore mal résolues, Womenability a décidé de faire un tour du monde muni d’un questionnaire construit à l’aide de pictogrammes.

Extrait du questionnaire en pictogrammes de Womenability, pour repérer les problématiques urbaines
Extrait du questionnaire en pictogrammes de Womenability, pour repérer les problématiques urbaines

Cet outil a permis l’organisation d’une vingtaine de marches exploratoires partout sur la planète et le recensement de bonnes pratiques : plages horaires de skate park réservées aux filles en Suède, vélo en libre-service avec porte-bébé en Allemagne, cours de combat au sol au Japon ou tout simplement badge « femme enceinte » pour ne pas avoir besoin de demander à s’asseoir dans les transports publics.

Un rapport sur ces idées à importer, destiné aux autorités locales en France, sera édité le 8 mars prochain. De quoi prolonger la journée internationale des droits des femmes au quotidien.

Image writer

Rédigé par

Caroline Venaille

0 commentaire

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Social, solidaire, etc.

Où et comment s’informer sur l’économie sociale et solidaire ?

Il n’y a pas que Say Yess dans la vie !

Rédigé par Say Yess
le 31 juillet 2018 En savoir plus

Culture

Des librairies de ville en ville, pour recréer du lien

A vélo ou en camion, ils ont décidé de se lancer sur les routes de leur territoire pour apporter la culture au plus près des habitants. Embarquement dans la tournée des libraires itinérants.

Rédigé par Jérémy Pain
le 24 juillet 2018 En savoir plus

Culture

Bronzez solidaire !

Une petite sélection de livres dévorés par la rédac de Say Yess, à glisser dans ses valises...

Rédigé par Say Yess
le 19 juillet 2018 En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.