Planète

Ces toilettes qui changent le monde

Publié le 15 janvier 2016

Et si on arrêtait de faire nos besoins dans l’eau potable ? C’est une des questions auxquelles s'attellent de jeunes Scop françaises motivées. Une ambition qui permet de limiter la pollution de l’eau mais aussi de développer l’emploi local.

En tirant innocemment la chasse d’eau, chaque personne brade en moyenne 27 litres d’eau par jour. Autant de raisons donc de développer des toilettes qui n’en utilisent pas. C’est le projet de la jeune SCOP Ecosec, lancée à Montpellier par Benjamin, qui travaillait notamment pour des grosses entreprises spécialisées dans l’assainissement en Asie et en Afrique, et son ami d’enfance Bernard.

Sensibles aux questions de pollution de l’eau, ils ont tout deux entrepris d’optimiser un système sec et sans sciure, afin d’être les premiers à proposer de véritables toilettes publiques « propres », certifiées 100% économie circulaire.

« Nous sommes partis du principe que la sciure ne marcherait pas en ville. Il fallait proposer un système simple et sans contrainte pour l’utilisateur », explique Charles, membre de la scop. Dans leurs toilettes : rien ne change donc. On entre, on officie, on « tire la chasse », sans eau, en appuyant sur une pédale qui anime un tapis roulant. Incliné celui-ci sépare l’urine (qui descend) du reste (qui monte).

Une économie rondement circulaire

La fine équipe composée aujourd’hui de 5 motivés, propose des cabines désignées dotées de panneaux solaires, autonomes, pratiques, démontables, hygiéniques, et surtout la logistique autour, c’est à dire la sécurité et la propreté.

L’enjeu étant de récupérer la matière produite par le public, pour la recycler en compost ! Ainsi l’objectif premier est atteint : pas de pollution de l’eau, on rend à la terre ce qui est à la terre.  « L’urine, par exemple, contient du phosphate et de l’azote. Deux nutriments qui servent à la croissance des plantes que l’on va pourtant extraire du sol à l’autre bout de la planète pour en faire de l’engrais, alors qu’on en produit tous les jours nous-même ! »

ecosec2

Exploiter jusqu’au pipi… En voilà un projet d’économie circulaire ! Pour l’entretien, la scop prévoit de travailler avec les associations de réinsertion, pour développer l’emploi local, et ce, à vélo messieurs dames! La mission de l’employé étant de passer vérifier et laver 5 à 7 fois par jour les cabines connectées mais aussi de sensibiliser le public.

Aucun complexe

Un esprit que partage une autre coopérative, dans le Nord,  Gink’oop, qui s’est spécialisée elle dans la toilette sèche à sciure pour les manifestations sportives ou festivals… « Les toilettes sèches sont populaires, acceptées, voire demandées par le public aujourd’hui, estime Yvain. On sent la différence, car dans nos début en 2011, on donnait beaucoup plus d’explications aux clients ! »

Un peu plus cher que des toilettes normales, (tout comme Ecosec) Ginkoop justifie ses prix par l’utilisation de matériaux locaux, de bois non traité, et surtout de la présence sur place, d’un personnel rémunéré pour l’entretien et la sensibilisation. « C’est ce qui fait d’ailleurs leur succès : c’est un lieu plus vivant et plus propre ! »

De là à en installer chez soi, les particuliers ne passent pas encore le pas. « On n’en pose que quelques-unes par an. C’est sûr que s’occuper du compost, ça demande plus d’investissement personnel que de tirer la chasse d’eau… » Malgré cela, Ginkoop a bien développé son offre et compte trois temps plein et un mi-temps permanents, sans compter l’embauche des saisonniers. « Souvent les gens nous prennent de pitié parce qu’on bosse pour les toilettes et le compost des matières fécales, mais il n’y a pas de problème pour nous ! On est bien à l’aise parce que c’est très cohérent ! » précise Yvain.

La Cop 21 comme copain

Le secteur est, porteur. « On est quatre en France à proposer plus de 100 cabines à sciure », expose Yvain de Ginkoop. Ecosec, plus récemment installé, est confiant pour 2016. « On a eu de la chance d’être appelés par la Cop 21 pour présenter nos cabines sur le bassin de la Villette, et d’être sélectionnés par Anne Hidalgo, la maire de Paris, qui nous a rendu visite. Maintenant on est en contact régulier avec le service de propreté de la ville de Paris, qui s’intéresse de près à nos cabines ! » Notamment celles développées dans un conteneur récupéré car elle peut accueillir 4 cabines et 5 urinoirs, tout en étant déplaçable à l’envie, selon les besoins (Paris plage, etc.) « D’ailleurs, c’est cela qui les a séduit avant l’aspect écologique : le fait qu’il n’y ait pas besoin de structure de raccord d’eau. C’est tout bénéf’. »  Un système qui s’adapte aussi particulièrement bien aux endroits isolés. « On avait fait un essai sur une paillote de plage, et la gérante nous a annoncé avoir augmenté son chiffre d’affaire de 25%… » Un argument qui devrait séduire les plus s(c)eptiques.

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Rédigé par

Jeanne La Prairie

2 commentaires

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Summertime

Publié le 29 juin 2016

L'urine humaine comme celle des animaux domestiques est une saloperie pour la terre et l'eau car remplie de nos médicaments, antibiotiques et autres contraceptifs qui dérègle les hormones et systèmes immunitaires de la faune sauvage (et qu'on retrouve jusque dans nos eaux "potables").

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RAFFIER Vincent

Publié le 22 janvier 2016

Bonjour, étudiant en 1ère année BTS économie social et familial, je vais réaliser un stage découverte culturelle au Togo en avril 2016 pour 3 semaine, l'association qui va m'accueillir a le projet d'installer des toilettes sèches dans des villages difficiles d'accès, je ferai donc parti de l'équipe. Mon rôle ne s'arrêtera pas là. Pour ma 2ème année de formation sur la période 2016/2017, je recherche un autre stage soit en apprentissage ou en alternance sur la région de Bordeaux (j'habite St André de Cubzac) ou bien Cognac ou Nantes (je peux être logé par la famille). Je reste à votre disposition, dans l'attente de vous lire, cordialement. Vincent

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