Entreprendre, mode d'emploi

S’accrocher à son projet, ça vaut le coup !

Publié le 11 janvier 2016

Pas facile de changer le monde. Certains s'y essaient à leur échelle en montant associations ou entreprises sociales. Si les ambitieux rencontrent parfois des obstacles, rien de tel que les surmonter, pour mûrir l'idée ! Say Yess vous donne les clés pour garder la force avec vous.

Croire à fond en son idée

obocal2Autant vous le dire tout de suite : votre idée va être malmenée. « C‘est un combat, dans lequel on est seul au départ. Pour le mener à bien, il faut être sûr de soi, avoir les épaules fortes. Savoir ce qu’on veut et le vouloir suffisamment», conseille Elodie Quatresous, responsable de la communication au sein du MOUVES, le mouvement qui fédère les entrepreneurs sociaux. À l’image de Johanna, qui à 25 ans, monte une boutique sans emballage à Nantes après avoir refusé une offre de CDI dans le marketing. « L’envie de faire avancer les choses est plus forte ! Ça vient tellement des tripes ! »

Pour partir sur des bonnes bases, il est important d’établir ce qu’on va apporter, à qui et pourquoi. « ll faut que l’idée corresponde à un réel besoin. Notre idée, si elle est bonne est une réponse à une problématique», assure Elodie.

Johanna s’est rassurée en lançant un court questionnaire en ligne « 2.200 personnes ont répondu, c’était fou ! » Pierre-Emmanuel Grange, à la tête de l’entreprise Microdon (l’arrondi en caisse ou sur salaire au profit d’ONG), était lui-même convaincu par son projet. « J’avais découvert le concept au Mexique, j’ai proposé à des assos de se l’accaparer, mais vu la frilosité en France, j’ai décidé de m’y consacrer. »

Se consacrer entièrement à son projet

Mener un projet jusqu’au bout peut demander des sacrifices. « Certains vont se salarier rapidement, mais je dirais qu’en moyenne il faut s’attendre à ce que cela prenne un ou deux ans», estime Elodie Quatresous. « Mon conseil c’est : tester, faire un pilote, se lancer, témoigne Pierre-Emmanuel. C’est en avançant qu’on clarifie notre positionnement. »

« Il est très important de s’y consacrer à temps plein. C’est très difficile de faire autrement. Pour cela, il faut savoir sauter le pas. Lâcher son boulot… » ajoute Elodie Quatresous. Les économies personnelles, les proches, ou Pôle emploi seront alors vos meilleurs alliés.

Tout pour lancer votre projet

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Se faire entourer

« On a tout de suite senti la différence quand on s’est fait « incubés », on nous regardait autrement, ça voulait dire qu’on était viable », estime Johanna. N’hésitez pas à rejoindre les organismes autour de chez vous (chambre de commerce, incubateurs comme le Social Good Lab ou La Ruche, école, pépinière, aide aux associations, réseau de professionnels).

« Assister à des ateliers avec des personnes qui ont les même doutes, rencontrer ceux qui réussissent… Et réaliser qu’ils ont traversé les mêmes vagues que vous ! Il n’y a rien de tel, explique Elodie Quatresous. Ça donne beaucoup d’espoir. De loin, on peut avoir l’impression que tout le monde réussit et pas nous, alors que quand on s’approche, on voit la somme de problèmes rencontrés et résolus ! »

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Il est possible aussi de rejoindre des collectifs thématiques, comme Johanna et le réseau local Zéro Déchet qui regroupe 80 structures ou l’ONG Zero Waste qui a organisé une journée autour des boutiques sans emballage. « Tout en étant dans une bonne dynamique d’interconnaisance, on a pu recueillir des retours d’expérience de projet similaires. Ça rassure, c’est très riche. »

Règle primordiale donc : s’entourer. À commencer par ses proches. « On a besoin d’avoir confiance en soi, mais aussi de personnes qui nous confortent » précise Elodie.

Prouver que les Bisounours gagnent à la fin

« C’est sûr que devant les banques, il y avait aussi de quoi perdre la foi : avoir 25 ans, être une femme et se présenter avec un projet écolo ! Autant dire qu’on n’est pas pris au sérieux. Il m’a fallu revenir avec toujours plus de preuves et de chiffres! » raconte Johanna.

Même si les mentalités changent peu à peu, il est possible qu’on vous rie au nez lors des recherches de partenaires ou financeurs. «L’entrepreneuriat social peut être regardé d’un œil sceptique, on vous traitera sans doute de Bisounours. Mais si vous avez une idée qui répond effectivement à une problématique et qui a un impact vous pourrez vous montrer sûr de vous. », rassure Elodie Quatresous.

« On peut changer le monde sans changer la terre entière, le citoyen trie ses déchets, l’entrepreneur social pense l’échelle au-dessus ». Il faut rentrer dans une logique à hauteur d’homme, mesurer la problématique et les besoins dans son quartier par exemple. « On réalise que c’est possible car on cible la zone d’impact, ça aide à réussir, ensuite on peut essaimer, et élargir la zone d’impact. » Il faut choisir un champ des possibles possible !

Miser sur la complémentarité des compétences

« On a connu un ingénieur qui a inventé un super robot écolo qui désherbe à la place des produits, il avait une chouette idée, mais il ne savait pas la commercialiser… », explique Elodie. Pour pallier cela, les réseaux comme le Mouves ou autres, organisent des rencontres, durant lesquelles les entrepreneurs peuvent trouver des associés.

Des jeunes entrepreneurs sociaux lancent carrément de nouveaux outils pour parfaire ce problème d’équipiers : JollyClick Team Maker. Une bonne façon de rester chacun dans son cœur de compétences (marketing, communication, gestion…) sans jouer les homme-orchestre !

Des doutes ? Tout va bien !

« J’ai eu un moment de déroute quand il y a eu des départs dans l’équipe. Pas facile de porter le projet à bout de bras ! Alors j’ai entrepris une boutique éphémère pour entrer dans le concret et carrément la jouer crash test. C’était super pour se réconforter et tester une nouvelle équipe. C’est aussi l’engouement derrière qui m’a aidé à ne pas perdre le cap. On avait ouvert une page Facebook assez vite qui nous permettait d’être soutenus par un public bienveillant. On a vite eu 3.000 personnes alors qu’on n’avait même pas de boutique ! » relate Johanna d’Ô Bocal.

Ça arrive de se prendre une porte. Alors, soit on la force un peu, soit on en essaie une autre!

« Un entrepreneur qui ne se remet pas en question, qui ne doute pas, ça n’existe pas. Ça arrive de se prendre une porte. Alors, soit on la force un peu, soit on en essaie une autre ! » résume Elodie du Mouves.

« Pas facile d’avoir toujours la niaque et le smile ! Moi j’avais la chance d’avoir un associé dès le départ, il y en a toujours un pour relever l’autre. Et puis il y a les prix, et les médias qui font des bons retours, ça donne du courage. Comme les premiers clients, conseille Pierre-Emmanuel. Le moment-clé pour nous, ça a été la rencontre avec le directeur de Franprix, qui a cru en nous et nous a lancé sur l’arrondi en caisse. Ça a changé beaucoup de choses. »

« C’est ce qu’on entend souvent chez les porteurs de projet : ne jamais baisser les bras car c’est peut-être le lendemain que se produit le miracle ! » rappelle Elodie.

Se rappeler que parmi ceux qui ont réussi, 100% ont essayé

« Il faut persévérer. Un jour un jeune est venu me présenter son idée. Je lui ai répondu « Je n’y crois pas, mais surtout ne m’écoute pas. Prends les feedbacks de tes pairs, garde l’idée, fais-la évoluer, et puis si tu échoues, tu auras quand même appris beaucoup et tu pourras relancer une nouvelle idée » », rapporte Pierre-Emmanuel Grange. Un bel exemple à lui tout seul : Microdon accueille un troisième salarié cette année. En partant pourtant d’une idée dont personne ne voulait…

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Rédigé par

Jeanne La Prairie

3 commentaires

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Mbella

Publié le 15 janvier 2016

Merci

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La redaction

Publié le 13 janvier 2016

Bonjour Clélie, merci de votre témoignage sur votre expérience personnelle. Encore d'autres pistes à creuser pour les porteurs de projets ! On vous souhaite plein de bonnes choses pour La porte à tiroirs.

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Clélie Ropart

Publié le 12 janvier 2016

Merci pour ce super article qui retrace bien les difficultés auxquelles on doit faire face lorsque l'on monte son projet. Je dis toujours, quand on me pose des questions sur mon parcours d'entrepreneur, que même si je me plante, je ne regretterai rien, car j'ai appris énormément. Personnellement, d'être hébergée dans une pépinière m'a beaucoup aidée. Sans ça je n'y serai tout simplement pas arrivée, j'aurais baissé les bras. Le fait d'être dans la même pièce que d'autres porteurs de projet qui connaissaient ou avaient connu les mêmes galères à des stades différents, de pouvoir échanger, se filer des tuyaux, ça n'a pas de prix. J'ai aussi fait une formation à la création d'activités sur 6 mois qui m'a permis de questionner le projet en long, en large et en travers avec des professionnels. Il ne faut pas hésiter à parfois tout remettre à plat et tenter une nouvelle direction. Et surtout, surtout PARLER DE SON PROJET. Avoir peur qu'on nous vole l'idée, c'est naturel, et on l'a tous à un moment donné je crois. Mais notre idée, elle a muri dans notre tête avant de sortir, alors avant qu'on nous la pique, on aura déjà décollé. Et puis, en parler, c'est comme pour la pépinière, ça permet de questionner le projet, d'avoir des retours dessus et de pas foncer tête baissée dans un truc auquel on croit dur comme fer mais qui ne correspond pas du tout à la réalité.

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