Culture

Le plaisir et le partage contre la maladie

Publié le 14 septembre 2016

Face à un quotidien souvent difficile, les personnes âgées ou hospitalisées ont besoin d'évasion, de partage, de rire... Par le biais de l'art, de la culture ou du sport, des associations très engagées les accompagnent.

« On donne de la folie, de la couleur, de l’éclat. On bouscule avec adresse les codes de l’hôpital ! Notre utilité c’est de faire rire, de redonner leur place aux enfants. On ne parle jamais de ‘malades’ car on s’adresse à ce qui va bien chez eux. » Dans l’enceinte de l’hôpital, Alexandre Letondeur est plus connu sous son nom de scène : Gromel. Clown et comédien de profession, il s’engage depuis 2012 auprès de l’association Le Rire Médecin. Créée il y a 25 ans, elle organise des interventions de clowns dans 45 services pédiatriques en France.

Clown hospitalier, « ça ne s’improvise pas »

« Quand on entre dans une chambre, il y a beaucoup d’improvisation… mais ça ne s’improvise pas », précise Alexandre. Et pour cause : non seulement les 100 clowns de l’association sont des professionnels, mais ils sont régulièrement formés sur la mise en scène, les pathologies, les protocoles sanitaires… Ils sont d’ailleurs rémunérés, en grande partie grâce aux dons de particuliers.

C’est pourquoi les médecins leur font confiance. « On va nous solliciter, par exemple, pour distraire de la douleur un enfant qui doit subir une ponction lombaire », dit Alexandre. Certains clowns sont référents et restent au sein d’un même hôpital, dont ils connaissent le personnel, l’organisation, les patients… D’autres, comme Alexandre, changent régulièrement. « Nous intervenons en binôme dans une chambre. Il faut toujours que l’un des deux soit au courant de ce qui s’est passé dans le service : l’ambiance est-elle bonne ou pas ? Dans un carnet de bord sont consignées des informations importantes : quel jeu plaît à l’enfant ? Comment vont les parents ? »

« Quand un enfant va mal et qu’il nous appelle, on sait qu’on est utile. Bien sûr, il y a des moments durs… mais il y a aussi des moments où l’on rit beaucoup », dit-il.

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La Maison Rose, un cocon pour les femmes touchées par le cancer

La Maison Rose, implantée à Bordeaux depuis février 2016, s’adresse aux femmes touchées par le cancer. Fondée par Rose association (qui publie Rose magazine, journal féminin axé sur le cancer du sein), cette structure unique en Europe offre des services gratuits « Nous avons quatre pôles : un kiosque d’informations, un salon de ‘papotage’, une bibliothèque et des ateliers », explique la jeune directrice des lieux, Jenna Boitard. Beauté, bien-être, coaching « retour à l’emploi », nutrition, sport, arts créatifs… 110 ateliers par mois sont prévus, sur 25 thématiques.

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« Avant de créer la structure, nous avons demandé aux femmes de quoi elles avaient besoin, indique Jenna Boitard. Il leur fallait un lieu d’échange. Même si elles sont entourées par leurs proches, elles se sentent souvent seules dans leur parcours face à la maladie et souhaitent échanger avec d’autres qui comprennent ce qu’elles traversent. La beauté est aussi beaucoup ressortie. C’est la base de la confiance en soi ! » Perte des cheveux, des sourcils, peau qui se dessèche à cause du traitement, éventuelles mastectomies… La maladie transforme le corps des femmes touchées.

Avec 600 visites par mois, l’initiative est un succès. Rose association envisage maintenant d’ouvrir une Maison Rose à Paris en 2018. Pour le moment, le projet est de mailler les alentours de Bordeaux avec des voitures roses permettant d’offrir des services socio-esthétiques à celles qui ne peuvent pas se déplacer.

L’art pour améliorer la vie des aînés

Les faits d’armes de Culture & Hôpital sont tout aussi nombreux, mais auprès des personnes âgées, atteintes de maladies neuro-dégénératives ou dépressives. Une semaine nationale de concert dans les hôpitaux (« Chantons à tout âge »), des ateliers artistiques à domicile, à l’hôpital ou encore dans des musées ou des conservatoires… L’association, créée en 2003, a pour but d’améliorer la qualité de vie en rassemblant des acteurs de la santé, du social et de la culture. « L’idée est de ne pas subir la maladie, mais de faire avec, dans une optique de plaisir », explique la fondatrice, Dominique Spiess.

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Dans ce cadre, les artistes sont des citoyens qui « mettent leur art au service des personnes », dit-elle. Ils ont toute leur place, par exemple, dans le dispositif « Couleur du quartier » qui rassemble des personnes âgées, handicapées ou isolées d’un quartier autour d’un projet artistique. « Nous accueillons des marionnettistes, musiciens ou troupes de théâtre en résidence, leur donnons accès à des lieux de répétitions et de représentation et, en échange, ils s’impliquent. Grâce à l’art, on peut remettre les gens au même niveau et tout le monde travaille ensemble. Après un an, une fête est organisée, les œuvres sont exposées », poursuit Dominique Spiess.

Dans le cadre de « Scène solidaire », les artistes donnent des représentations en hôpital : « Beaucoup de ceux que j’ai connus il y a 15 ans sont toujours là. Peu d’artistes acceptent d’aller en gériatrie, de faire face au vieillissement… », ajoute la fondatrice. Pour elle, se confronter à ces sujets nécessite une vertu essentielle : la générosité.

 

Crédits photo : Jacques Grison /Le Rire médecin – Maison Rose – Culture et Hôpital

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Rédigé par

Anaëlle Guisset

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