Tendances de l'emploi

Travailler dans le social… et tenir le choc

Publié le 12 septembre 2016

Violence, maladie, exclusion… Les professionnels du social sont confrontés quotidiennement à des histoires terribles. Comment tenir le choc face à des problématiques parfois lourdes? Quelques conseils de pros.

« Certaines ont vécu des violences inimaginables, des tortures… Au début ça me marquait beaucoup et je n’osais pas trop en parler en réunion », se souvient Sylvia. Agée de 29 ans aujourd’hui, la jeune femme est assistante sociale dans une association qui aide des femmes victimes de prostitution.

Depuis, elle a appris à se livrer lors des échanges avec ses collègues et une psychologue, chaque semaine. « Ça permet d’évacuer et de prendre du recul », assure Sylvia. Elle pense à cette dame, très isolée, qui lui envoie « beaucoup de piques ». « Parfois je suis tentée de répondre sur le même ton. Mais en parler en équipe permet de comprendre qu’il y a des traumatismes qui font qu’elle réagit comme ça », raconte-t-elle d’une voix douce.

Qu’ils travaillent avec des malades du Sida ou des personnes victimes de violences, les professionnels du social sont unanimes : pour ne pas craquer, rien ne remplace des discussions régulières avec un psychologue… et des collègues bienveillants. « Il m’arrive d’aller frapper au bureau voisin en disant : ‘Tu as 10 minutes ? Je viens d’avoir un appel très lourd’», assure Emilie Legrand, 37 ans. Elle est psychologue pour l’association Enfance et partage, qui lutte contre la maltraitance des enfants.

Laisser les problèmes au travail

« Comme on en parle en équipe, on n’a pas besoin de décompresser à la maison. C’est mieux car nous on a choisi notre métier mais pas nos proches. Ils ne sont pas forcément le ‘réceptacle’ adapté », souligne Fleur Almar, 29 ans, juriste dans l’association L’Enfant Bleu – Enfance maltraitée. En dehors du travail, elle évite de voir des films ou de lire des articles qui traitent de violences. « L’idée c’est de vraiment couper, avec le temps de transport qui agit comme un sas », insiste-t-elle.

La formule magique se résume en quatre mots : trouver la bonne distance. « Au début, on donne beaucoup, on ne se protège pas trop », reconnaît Nastasia Hollender, 27 ans. Elle milite depuis plusieurs années au mouvement du Nid, auprès des femmes en situation de prostitution.

Elle a une fois donné son numéro de portable à une fille d’à peu près son âge. « Un soir, elle m’a envoyé un message : ça ne va pas, je suis seule. Elle n’avait sans doute personne d’autre à contacter, se souvient Nastasia. Je me le suis pris en pleine face : moi quand je quitte l’association, j’ai mes amis, ma famille… Mais ces femmes, elles, restent dans les difficultés et l’isolement. » Donnerait-elle de nouveau son numéro aujourd’hui ? Peut-être, mais en étant consciente des implications.

Un pied dedans, un pied dehors

Dans ce délicat travail de « positionnement », Sylvia, par exemple, blague volontiers avec les femmes avec qui elle travaille, mais refuse de donner des détails sur sa vie privée. Elle a appris au fur et à mesure, notamment en questionnant les collègues plus âgé(e)s. « A l’école on nous parle beaucoup de politiques et d’outils, mais des relations humaines pas tant que ça », sourit-elle.

Et le tout s’affine avec l’expérience, en se connaissant mieux. « Si je repense à une situation de travail le samedi soir, alors que je suis en train de boire un verre, j’essaie de m’interroger sur pourquoi cette situation me touche, ce qu’elle fait résonner en moi », raconte Emilie Legrand.

Un salarié de Sida Info Service*, âgé de 53 ans, se souvient de la charge de stress lorsqu’il a commencé à travailler pour l’association, en 1990. « C’étaient les années noires de l’épidémie, il y avait énormément de décès », se souvient-il. Les « écoutants » de la ligne téléphonique, comme on les désigne, prenaient sur eux pour ne pas sombrer dans ces gouffres de détresse.

Aujourd’hui, les progrès des traitements rendent l’épidémie moins mortelle et, surtout, le salarié expérimenté a trouvé son équilibre. Il le résume par « un pied dedans, un pied dehors ». Un pied dehors pour être dans l’empathie et l’attention à l’autre. Et un pied dedans pour être en contact avec soi-même, avec ce qu’on ressent. Comme face à ces mères de famille qui viennent d’apprendre la séropositivité de leur enfant. Ou à cet homme qui avait contracté le VIH et contaminé sciemment deux de ses compagnes. « C’est sûr que, quand on reçoit cet appel, on s’accroche un peu à la table. On peut dire : ‘ça me touche ce que vous me dites’ ou ‘ça m’étonne’, conseille-t-il. Il ne faut pas faire semblant, sinon on tombe soit dans l’indifférence à l’autre, soit dans l’oubli de soi. » Un vrai travail d’équilibriste.

*qui souhaite rester anonyme.

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Rédigé par

Hélène Seingier

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Jack

Publié le 17 septembre 2016

Pour commencer, donner son numéro personnel à une personne accompagnée est réellement une faute déontologique, c'est vraiment la dernière des choses à faire pour se protéger.

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