Projets inspirants, créateurs inspirés

Samuel Gautier, aux côtés de ceux qui « réapprennent la liberté »

Publié le 26 juillet 2016

A 31 ans, cet ancien infirmier se lance dans l'ambitieux projet de créer une structure à la fois chantier d'insertion accueillant des personnes sous écrou en fin de peine et un centre agro-touristique expérimental. L'ouverture de cette structure dans l'Aude, prévue à l’horizon 2017, est inspirée de la ferme de Moyembrie en Picardie. Portrait d'un entrepreneur social aux convictions chevillées au corps.

Comme pour beaucoup de ses projets, les choix et décisions de Samuel Gautier sont profondément inspirés de ses rencontres mais aussi guidés par les opportunités que la vie lui a offertes. C’est au cours de ses études que le jeune homme originaire de Bretagne découvre pour la première fois l’univers carcéral, un monde qui le rattrape plusieurs fois dans son parcours. « La première fois que je mets les pieds en prison, j’ai 18 ans et un regard d’adolescent. Je découvre alors un monde, inconnu, objet de nombreux fantasmes, qui intrigue, qui effraie. Un monde des extrêmes, à la fois très violent mais aussi profondément humain, qui m’a tout de suite fasciné. »

Motivés, engagés, convaincus… cet été, Say Yess dresse le portrait de jeunes bien décidés à agir pour une société meilleure. Retrouvez le portrait de Morgann Pernot, enragée de l’injustice, qui se bat pour les mineurs étrangers isolés.

La prison va devenir le fil rouge de sa vie et de ses engagements. Alors infirmier, Samuel se plaît aussi sur les bancs de l’école. Il poursuit ses études en validant une Licence de santé publique, un DIU de santé humanitaire et un Master en relations internationales : « un parcours atypique mais cohérent pour moi, à la fois le fruit d’une réflexion personnelle mais aussi d’opportunités que j’ai su saisir ».

Deux ans de bénévolat à la ferme de Moyembrie

En 2013, dans le cadre de ses fonctions à l’Observatoire international des prisons (OIP) où il  a travaillé pendant 3 ans, Samuel découvre la ferme de Moyembrie : « un vrai coup de cœur. » « En quittant l’OIP, j’avais envie de questionner « l’après », ce qui se passe quand les gens sortent de prison. Je suis retourné à Moyembrie. Je devais y passer deux semaines, je suis resté deux ans à vivre et travailler avec les gars en tant que bénévole » raconte le jeune homme.

Vivre sur place, partager le quotidien de ces hommes qui ont connu l’incarcération et qui « réapprennent la liberté » confirme son diagnostic déjà observé sur l’impact de la prison : elle déshumanise, infantilise, détruit. Cette expérience lui permet aussi de voir la beauté de ce qui peut se vivre dans ce genre de structure. Et de réfléchir à dupliquer cette expérience.  « J’avais envie de m’impliquer ailleurs. Je suis allé voir Emmaüs avec mon projet de duplication de ce modèle, ils m’ont dit banco ! ».

Envie de vous engager auprès des détenus? De nombreuses initiatives existent.

Raphaëlle Bénabent, responsable nationale des groupes d’économie solidaire chez Emmaüs France l’accompagne depuis 18 mois dans son projet de duplication de la Ferme de Moyembrie, affiliée à Emmaüs depuis 2009 : « Samuel nous a convaincu car il connaît la question de la détention sous tous les angles et a une vraie expérience de terrain. Fort d’un militantisme très communicatif, il est autant rêveur qu’entrepreneur et peut aller très loin dans ses ambitions et ses réalisations ! Certainement aussi parce qu’il sait que son projet est mûr ! » Et pour parvenir à son objectif, Samuel bénéficie également de l’accompagnement de l’Avise, dans le cadre du programme P’ins, qui épaule les entrepreneurs dans leur stratégie de duplication.

Ouvrir en 2017 la ferme du Pech

Première difficulté à laquelle il a fallu faire face : trouver un lieu et se faire accepter localement. Emmaüs lui propose un site inoccupé depuis cinq ans dans un petit village de 126 habitants situé dans la Montagne Noire. «  On a reçu un super accueil de l’équipe municipale à Lespinassière. C’est beau de voir des gens encore capables d’oser et de s’engager », souligne le porteur de projet.

La structure, qui accueillera dix personnes en fin de peine, mettra en place des activités agricoles et touristiques, en ouvrant notamment un jardin maraîcher et une auberge paysanne.  Actuellement dans la phase de recherche de financements, Samuel a bien conscience des nombreuses étapes qui l’attendent encore, mais sans jamais douter. «  Quoi qu’il arrive, la ferme ouvrira au 1er juillet 2017 », assure t-il. « C’est un beau projet, lourd à mettre en œuvre mais c’est avant tout une forme d’engagement très concrète pour moi et qui m’apporte beaucoup. Ce que je veux, c’est faire sortir les gars de cet enfer qu’est la prison, être à leurs côtés pour qu’ils retrouvent une place dans notre société ».

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Rédigé par

Déborah Antoinat

8 commentaires

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Suire

Publié le 07 septembre 2016

Contact l'ADRESS, en Normandie et demande à me parler, Magali

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Suire

Publié le 07 septembre 2016

Thibault, si tu es archi et que tu veux travailler dans l'ESS, j'ai peut-être un projet qui peut intéresser du côté de Rouen. Tu peux me contacter à l'ADRESS.

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La redaction

Publié le 05 septembre 2016

Bonjour. Nous ne pouvons pas communiquer les coordonnées des personnes que nous avons interviewées sans leur accord. Pouvez-vous nous transmettre un message à lui faire parvenir, via notre mail : contact(@)say-yess.com, nous lui transférerons le message.

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ramos

Publié le 04 septembre 2016

pourriez vous me communiquer le mail de samuel Gautier svp? merci

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La redaction

Publié le 22 août 2016

On ignore ce niveau de détail, mais n'hésitez pas à vous rapprocher de Samuel Gautier et/ou d'Emmaus si vous voulez davantage de renseignements :)

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