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Journaliste dans une coopérative : « rassembler les compétences »

Publié le 6 juin 2016

Favoriser les collaborations, avoir la main sur les décisions, préserver le statut de journaliste, favoriser l'indépendance de la presse... Les raisons ne manquent pas pour constituer une agence de presse en coopérative!

Journalistes exploités, indépendance malmenée, gros actionnaires tout puissants… Nombreux sont les reproches faits au monde de la presse. Face à cela, plusieurs structures constituées en Scop ont décidé de jouer selon leurs propres règles… Et les résultats sont là !

Être à égalité dans la prise de décisions

C’est le cas notamment de Look at Sciences. Née en 2006, cette agence de presse spécialisée dans la photographie de presse scientifique s’est ouverte à la production de documentaires web et vidéo, ainsi que d’articles écrits. Parmi leurs clients les plus connus : Sciences et Avenir, Ça m’intéresse, Sciences et vie junior, le National Geographic, France 5… mais aussi des clients institutionnels (Institut Curie, Collège de France…)  « Notre agence, on ne l’a pas créée pour faire de l’argent. C’est une boîte à outil qui nous permet de faire ce que nous avons envie de faire. Ce que nous voulons, c’est que tout le monde soit content de bosser », explique Mathilde Renard, cofondatrice et directrice de Look at Sciences.

La structure, qui comptera trois sociétaires en juin, collabore avec une trentaine de photographes et pigistes. « Nous avons choisi le statut de Scop pour être à égalité, pour prendre les décisions à la même hauteur. Nous n’avons pas vocation à beaucoup augmenter le nombre de sociétaires car cela compliquerait les choses. Cependant, ce ne sont pas les sociétaires qui prennent les décisions seuls. Les photographes et pigistes sont très bien intégrés », ajoute Mathilde Renard.

Lutter contre la précarisation des pigistes

D’autres entreprises envisagent leur structure comme une « réponse pragmatique » à la précarisation des pigistes. C’est le cas de l’agence de presse CAPresse, créée en 2010 par huit pigistes dans le Nord-Pas-de-Calais. « Les entreprises de presse rémunèrent de plus en plus fréquemment les journalistes free-lance en factures plutôt qu’en salaire, au détriment de leur couverture sociale », explique le directeur, Morgan Railane. La solution ? Adhérer à la Scop qui reçoit les paiements et les reverse au pigiste sous forme de salaire moyennent une retenue de 10% des revenus pour le fonctionnement et les services communs. « Et nous commençons à faire une marge, que nous redistribuons à nos sociétaires et salariés sous forme de dividendes », ajoute-t-il.

cappresse

La bordelaise Elsa Dorey, 28 ans, a rejoint CAPresse en 2015 : « Si l’on refuse une pige parce qu’elle est payée en facture, on ne travaille pas. Si l’on accepte, cela peut nous coûter la carte de presse, essentielle pour avoir la confiance des rédactions. Pour moi, CAPresse est la solution qui permet de ne pas aller trop loin dans le sens de la précarisation », dit-elle. La Scop compte aujourd’hui près de 100 sociétaires dans toute la France et à l’étranger. Comme Elsa, chacun a pris au moins une part sociale d’une valeur de 16 euros.

Mettre en commun les compétences

Au-delà des aspects économiques, ces Scop rassemblent des compétences, permettent les collaborations, et donc de développer le volume de commandes. Ainsi l’un des atouts de Look at Sciences est de pouvoir proposer à la fois de la photo, de la vidéo et de l’écrit. « Nous commençons à proposer des sujets écrits dans l’optique, à terme, de fournir également les visuels », explique Mathilde Renard. Quant à CAPresse, son réseau compte aujourd’hui une maison de production, Cap-Prod, une agence de communication, Cap Com, une maison d’édition, Les lumières de Lille, et une coopérative de formation, Illya. Depuis janvier 2016, la Scop a également pris la gestion d’un magazine : L’enfant et la vie. « Nous sommes sur toute la chaîne par nécessité », affirme Morgan Railane.

Indépendance

Selon lui, une structure large permet de « préserver le niveau de revenu des pigistes ». « Il n’y a pas de rapport d’autorité entre deux entreprises. Que nous fassions une marge n’étonne pas nos commanditaires », explique Morgan Railane. « Il est arrivé que Morgan négocie des tarifs de pige pour moi. C’est vrai que quand on négocie pour soi-même on ne se valorise pas assez », souligne Elsa. CAPresse développe actuellement la partie « vente » de l’activité de pigiste : « Lorsque l’on a une idée de sujet, une personne en interne peut entrer en contact avec des rédactions. Cela peut aider certains d’entre nous qui ne sont pas à l’aise avec ça », ajoute la jeune femme.

L’agence appartenant à ses salariés et sociétaires, aucun actionnaire ne peut dicter de ligne éditoriale. D’autant que parmi la petite centaine de clients de CAPresse, aucun ne concentre plus de 10% du chiffre d’affaire. « L’indépendance est dans la nature de notre modèle », résume Morgan Railane.

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Rédigé par

Anaëlle Guisset

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