Citoyenneté

Coexister : déconstruire les préjugés et mieux vivre ensemble

Publié le 3 juin 2016

Tour du monde interreligieux, intervention scolaire, colocation interconfessionelle ou ciné-débat, l'asso rassemble juifs, chrétiens, musulmans, des athées, agnostiques, bouddhistes... sous la même bannière.

Il y a d’abord Cassie, l’athée du groupe. 22 ans, rigolarde, talons XXL, queue de cheval blonde haut perchée. « Je ne crois pas en Dieu, Mais ça ne veut pas dire que je ne crois en rien, hein ! » A ses côtés, Modachir est de confession musulmane mais se pose des questions : « Je ne veux pas mourir avant d’avoir trouvé la religion qui me corresponde vraiment« . A 24 ans, il va à l’église tous les dimanches et parfois méditer au temple bouddhiste de sa ville, Brest. Emmanuelle, elle, est juive : « Je veux propager les valeurs de fraternité et de bienveillance« . Enfin, il y a Soazig, 20 ans : « Je suis la catho du groupe! » Bouleversée par les attentats et inquiète de l’amalgame entre terrorisme et Islam, elle a enfin « trouvé son engagement« .

Non… ces quatre jeunes, présents dans une classe de l’établissement La Croix Rouge, à Brest, ne sont pas les membres d’un nouveau boys bands religieux ni d’une équipe de missionnaires évangélisateurs… Ils sont venus parler de l’association Coexister aux élèves de cet établissement privé catholique. Isabelle Grognet, la responsable de la Pastorale, les a invité pendant 3 jours à ouvrir le débat sur les attentats de Paris avec les collégiens et les lycéens. Parler religions, toutes les religions, échanger pour mieux comprendre.

Coexister, une philosophie

Coexister est née en 2009. Cette année-là, le conflit israélo-palestinien fait rage. En France, les manifestations se durcissent et les violences entre juifs et musulmans s’exacerbent. Samuel est un jeune de 16 ans. Catholique pratiquant, il participe à un meeting pour la paix organisé par un prêtre de son quartier et propose un don du sang “interconvictionnel”. « Faisons couler le sang pour la paix et pas pour la guerre« . Avec 300 donateurs de toutes les religions, l’initiative remporte un vif succès.

coexister2

Coexister naît la même année. L’association se donne pour but d’encourager l’échange entre les croyants de différentes religions en créant un espace de dialogue et des évènements fraternels. « Le problème, c’est l’ignorance et les positions dogmatiques. On a dans cette association une volonté de comprendre et une vraie curiosité pour l’autre » rappelle Victor Grezes, étudiant de 24 ans en charge de la vie associative et auteur du livre « Je suis athée, croyez-moi ».

« Déconstruire les préjugés »

Aujourd’hui, les « Coexistants » sont au nombre de 2.000 dont 800 membres actifs et comptent 35 groupes locaux comme celui de Brest, animé par Modachir. C’est un mouvement de jeunesse fait par et pour les jeunes. Les responsables de l’association n’ont pas plus de 35 ans. L’association intervient en milieu scolaire, organise des ciné-débats, des café-rencontres thématiques « sciences et religions » ou « nourriture et croyances ». Elle a aussi mis en place un pôle solidarité avec des maraudes pour les SDF ou des opérations nettoyage de plages.

Mais l’action la plus spectaculaire de Coexister, c’est l’InterFaith Tour, un Tour du monde des lieux où les croyants de toutes les religions vivent en paix. Pendant un an, quatre « coexistants » partent à la rencontre des initiatives qui favorisent le vivre-ensemble. Coexister veut s’inspirer de ces actions et les importer en France à l’image de La longue nuit des religions de Berlin, où une fois par an, les lieux de culte restent ouverts au public. Un mix entre une nuit blanche et une journée du patrimoine au service de la paix. Cette « Nuit de la Laïcité et du Vivre ensemble », se tiendra à Bordeaux, mi-2017. Un autre projet est sur le feu, l’InterHome, une colocation entre jeunes de différentes croyances et religions pour prouver que la cohabitation est possible.

Coexister ne fait pas l’apologie des religions.« On ne fait pas de prosélytisme. On n’essaie pas de convaincre qui que ce soit, d’ailleurs, c’est interdit en France. On essaie juste de déconstruire les préjugés et de s’ouvrir aux autres » explique Emmanuelle. L’objet de l’intervention dans l’école brestoise de ce matin porte d’ailleurs sur la laïcité. Les lycéens ont le droit à un petit quizz. « La laïcité est une conviction. Vrai ou Faux ? » Hésitation parmi les lycéens. « C’est la loi sur le voile, non ? »  lance un élève. Quelques mains timides se lèvent sans grande conviction. Rappel des fondamentaux. « La réponse est non. Ce n’est ni une conviction, ni un adjectif, c’est une loi. Elle date de 1905 et a été réactualisée en 2004 avec le texte sur l’interdiction des signes ostentatoires dans les écoles. La laïcité impose des règles de discrétion dans l’espace public, de neutralité des agents de l’État en exercice. Elle oblige également l’État à protéger les croyants mais les autorise aussi à vivre et affirmer leur religion dans les limites de la liberté d’expression. La laïcité est une loi précieuse qui protège les croyants et les non-croyants ».

Beaucoup de membres de Coexister sont athées comme Cassie. »J’étais ce que certains appellent une athée-laïcarde. Pour moi, il ne fallait pas de religion, c’est tout. J’étais bourrée de préjugés. Mais ça, c’était avant ma nuit d’intégration chez une coexistante bouddhiste. En découvrant ses rituels et sa spiritualité, j’ai pris une grosse claque. J’ai appris tellement de trucs depuis que je suis dans l’asso ! Vous saviez que les juifs pouvaient boire du vin, vous? » Modachir explique de son côté la différence entre un athée et une agnostique et rappelle que « ceux qui donnent le plus et sont les plus généreux sont les athées, statistiques à l’appui ». Une athée qui défend les croyants et un musulman qui défend les athées… Ça se passe comme ça chez Coexister.

Image writer

Rédigé par

Sophie Babaz

4 commentaires

Cliquez sur le + pour voir les commentaires.

image commentary

kaeh

Publié le 07 avril 2017

PS : Je me suis mal exprimé, non pas "plus grande ouverture d'esprit" mais plutôt "de plus en plus d'ouverture d'esprit" !

image commentary

kaeh

Publié le 07 avril 2017

Dommage mais on peut aussi voir cela comme le signe d'une plus grande ouverture d'esprit de la part des "nouvelles" générations ;)

image commentary

tigha

Publié le 13 juin 2016

Très belle initiative qui je l'espère va prendre de l'ampleur, dommage qu'elle ne soit pas étendue aux plus de 35 ans. Bravo à vous.

image commentary

Roziere pascale

Publié le 12 juin 2016

Excellente initiative

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Citoyenneté

« J’ai donné un sens à mon travail grâce au Service Civique ! »

Après avoir travaillé quelques années en tant que pâtissier, Mikaël Treilhaud Daramy se lance dans un service civique, poussé par une envie de changement. Un véritable tremplin vers le secteur de l’économie sociale et solidaire pour ce jeune de 23 ans.

Rédigé par Déborah Antoinat En savoir plus

Entreprendre, mode d'emploi

Pourquoi se compliquer la vie en créant une entreprise éthique et solidaire ?

Comme si créer une entreprise ce n'était pas suffisamment compliqué, certains y ajoutent des ambitions écologiques, sociales et solidaires... Seraient-ils un peu maso?

Rédigé par Laure Jouteau En savoir plus

Tech

L’agriculture urbaine boostée par le numérique

Et si les agriculteurs, jardiniers ou botanistes locaux s'unissaient aux acteurs du web ? C'est le principe des rencontres « Hackgriculture », proposées par le collectif « Nantes ville comestible » qui vise à mêler les énergies locales pour penser la ville comestible. Avec le numérique comme engrais.

Rédigé par Jeanne La Prairie En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.