Tendances de l'emploi

Salarié dans l’ESS, je décide de l’orientation de ma structure

Publié le 9 mars 2016

Imaginez-vous prendre des décisions sur la grille de rémunération, décider de la stratégie de votre entreprise ou encore travailler en binôme avec l’un de vos chefs bénévoles. Rencontre avec des salariés de l'économie sociale et solidaire qui ont voix au chapitre.

Thomas Pasquier, 26 ans, venait d’être embauché chez Enercoop lorsqu’il a participé à une réunion qui le fait encore sourire : « C’était à propos des rémunérations : chacun a eu son mot à dire sur la paie minimale à instaurer et sur l’écart maximal entre les salaires. Ca m’a fait bizarre qu’on me demande combien je voulais être payé ! » Cette coopérative d’énergies renouvelables fonctionne en partie selon les principes de l’holacratie: les décisions se prennent à la suite de tours de parole, à l’unanimité.

Sans arriver à un abandon de la hiérarchie, les salariés de l’ESS ont souvent leur mot à dire. Dans les coopératives, un « collège salarié » fait partie du conseil d’administration. Mais la palme revient aux Scop (sociétés coopératives et participatives), où les employés détiennent la majorité du capital et votent selon le principe « une personne, une voix ».

La légitimité d’être sur le terrain

Dans l’associatif, les salariés sont censés mettre en œuvre les décisions du CA, composé de bénévoles. « Mais en réalité la pertinence de leurs décisions dépend de nos suggestions et des informations que l’on fait remonter du terrain ! », rappelle Marguerite Capelle, employée de l’association d’éducation scientifique Les petits débrouillards.

La jeune femme apprécie la liberté liée à ce fonctionnement : « Quand j’ai monté le programme d’échange international, le CA a voté le budget et validé certaines orientations, par exemple le fait d’aller au Forum Social Mondial. Mais qu’on travaille avec des jeunes de Tunisie ou d’ailleurs, et sous quelle forme, ça c’est moi qui l’ai fixé. »

En 2011, la Fonda, Fabrique associative, a interrogé 2.000 associations sur leurs interrogations pour l’avenir. « La gouvernance [façon dont les décisions sont prises puis mises en œuvre au sein d’une structure, ndlr.] est arrivée au même rang que les financements, expose Charlotte Debray, déléguée générale de la structure. Historiquement, les associations n’étaient pas conçues pour avoir des employés, la loi de 1901 est muette sur le sujet. Avec la professionnalisation du secteur, on se demande : où mettre le curseur entre le mode démocratique et le mode managérial ? »

Plus impliqué = plus motivé

L’outil d’auto-diagnostic que la Fonda propose sur le sujet a été téléchargé 6.000 fois. Globalement, plus l’association est récente, plus les salariés sont impliqués. Certaines structures proposent par exemple des binômes salarié/bénévole, c’est le cas de l’association grenobloise Cap Berriat.

Cet engagement plus intense a deux effets secondaires : la motivation et la responsabilité. Chez Enercoop, les salariés du pôle Energie décident si la structure va acheter plutôt de l’énergie solaire ou éolienne, et à quel prix. « Le petit nouveau a le même poids que le directeur expérimenté, ça met un peu la pression ! », raconte Nicolas Postic, l’un des employés. Mais, après un poste chez Engie, il apprécie cette égalité de traitement : « On a beaucoup moins la sensation de séparation entre les décisionnaires et ceux qui appliquent les orientations. Mais chacun doit faire confiance au reste du groupe et agir dans l’intérêt commun, sinon une seule personne suffit à nuire à l’organisation. »

Évidemment, toutes les structures ne sont pas au même niveau, mais certains principes démocratiques sont garantis par les statuts de l’ESS. Changement de mentalité au travail, meilleure implication des salariés… Et si l’ESS montrait l’exemple aux autres employeurs ?

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Rédigé par

Hélène Seingier

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