Entreprendre, mode d'emploi

Entrepreneur social cherche âme-soeur

Publié le 4 mars 2016

Pas facile de dénicher un associé pour monter son projet…

Trouver son associé, c’est un peu comme la quête du Graal. « On cherche la bonne personne, comme en amour, le prince charmant… », s’amuse Aurélia Courtot, fondatrice de Job for Change, la plateforme de l’emploi à impact positif. Comme elle, nombreux entrepreneurs sociaux envisagent, à un stade ou un autre de leur activité, de s’associer. « J’ai beaucoup travaillé seule, mais à un moment, on a besoin d’un recul, d’un autre regard pour valider ou non notre projet. On est tellement dedans qu’on ne sait plus », explique la jeune femme.

Si beaucoup d’entreprises sociales sont montées entre amis, certaines idées naissent dans la tête d’un seul entrepreneur, qui partira ensuite à la recherche d’autres personnes pour porter le projet. « C’est très compliqué d’entreprendre seul, car il faut multiplier les compétences : l’expertise sectorielle mais aussi le savoir-faire, le marketing, le business, le savoir-être, etc. Certains sont plus extravertis que d’autres, qui se focaliseront sur l’interne…, détaille Camille Auchet, directrice de l’incubateur social de l’ESSEC, Antropia. Et puis il est important de pouvoir partager son expérience. L’aventure entrepreneuriale est très difficile, même si elle est enthousiasmante. Il est important d’être deux, d’autant que l’un peut remotiver l’autre en cas de baisse de motivation ».

« Seul, on se suicide assez rapidement ! », confirme Ladislas de Toldi, co-fondateur de Leka, une entreprise sociale qui développe un robot ludique pour les enfants rencontrant des troubles du développement, comme l’autisme. « Pendant 7 mois, j’étais seul, j’ai fini en burn-out », se souvient-il. Aujourd’hui, il est associé avec Marine Couteau. Tous deux ont participé aux tout-débuts de Leka, en tant que projet scolaire, avec sept autres étudiants qui, eux, ont préféré partir sur d’autres projets.

« Difficile de trouver »

Depuis, Marine et Ladislas ont voulu agrandir l’équipe, notamment avec un profil plus « business ». « On a testé plusieurs personnes, mais il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas, que ce soit pour eux ou pour nous », explique Ladislas. Car s’associer n’est pas évident… « Il est essentiel de s’associer, mais difficile de trouver », résume Camille Auchet.

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Adrien, 25 ans, en a fait l’expérience. Depuis deux ans, le jeune homme développe son projet de création d’une plate-forme web proposant crowdfunding et e-bénévolat aux associations. Associé à deux personnes, l’un avec un profil communication, l’autre développement web, le projet a vite tourné au fiasco. « Quand on s’est approché de la sortie du projet, l’un des deux a compris qu’on pourrait gagner de l’argent. Il a voulu augmenter ses parts… et au final est parti pour créer une plate-forme identique ». Scénario similaire quelques temps après avec le second, qui voulait, lui, faire entrer ses proches au capital, afin de mettre Adrien en minorité. Résultat : ce dernier a dû partir monter seul son projet, dans une nouvelle structure.

« Avoir les mêmes valeurs »

« 60% des échecs d’entreprises viennent de la mésentente entre associés », prévient Christine Damiguet, présidente de l’association TIGcRE, qui crée des binômes intergénérationnels. « La complémentarité est évidente. Réunir des juniors et des seniors constitue une plus-value importante pour la structure », ajoute-t-elle. L’association joue donc les entremetteurs, mais pas seulement ! « Nous sommes là pour favoriser la rencontre entre des communautés peu amenées à le faire, mais ensuite, nous gérons aussi la relation. A la fois agence matrimoniale, préparation au mariage et conseiller conjugal », s’amuse Christine Damiguet.

Mais même avec un entremetteur, « il faut avoir les mêmes valeurs et des compatibilités de caractère ». Aussi, l’association propose des tests pour mieux connaître son tempérament et sa personnalité.

« Un processus long »

Et puis reste le « feeling », le ressenti du porteur de projet. Notamment sur l’intérêt du candidat pour le projet : « Il faut que la personne soit motivée, prête à s’impliquer et à renoncer, par exemple, à un salaire important », explique Ladislas. « On leur a dit rapidement : ‘le seul moyen de savoir, c’est que tu viennes bosser avec nous’. C’est un processus long, pour mettre les pieds dans le plat, bosser ensemble et surtout essayer de résoudre des problèmes ensemble. » Camille Auchet ajoute : « Une fois qu’on a trouvé une personne, il faut bien 3 à 6 mois pour que ce soit confirmé ». Souvent par une implication bénévole du potentiel futur associé. « C’est l’expérience qui fait prendre la sauce, ajoute Ladislas de Toldi. Il faut vivre beaucoup de choses rapidement avec la personne ».

« Il ne faut pas vouloir un associé à tout prix, car l’enjeu est trop grand, prévient Aurélia Courtot. C’est une relation très compliquée, il y a des questions d’ego, d’argent, de temps passé au travail et de vie sacrifiée ». Pour vérifier la compatibilité, Camille Auchet recommande de « mettre sur le papier la vision du projet pour l’un et l’autre, définir le but de transformation de la société, la mission de chacun, l’évolution de la structure à dix ans, etc. »

Et une fois le partenariat validé, ne pas rester sur un petit nuage. « Etre associés, c’est comme une relation amoureuse. Ça ne dure pas éternellement, il vaut mieux se protéger dès le départ », prévient Adrien, échaudé par sa première expérience. Le jeune homme envisage déjà un pacte d’associés s’il déniche la perle rare… Ladislas, quant à lui, conseille ensuite de « communiquer beaucoup » pour dépasser les frictions qui ne manqueront d’arriver !

Quand et où trouver l’oiseau rare ?

Pas de recette miracle, comme en amour, chacun utilise sa méthode pour séduire. Chacun choisira aussi le stade du projet. Cependant, Camille Auchet « conseille de s’associer le plus tôt possible, afin que la personne s’empare rapidement du projet. Il est plus difficile de s’associer quand les partenaires et les visions sont déjà là. »

Et pour la rencontre ? Petites annonces, bouche-à-oreille, salons et séminaires… il n’y a pas de règle ! Certains préfèreront les soirées réseautage, voire les évènements – de plus en plus nombreux – dédiés à l’association. D’autres miseront sur les salons. « Il faut essayer d’aller dans des évènements pour rencontrer des milieux et des profils professionnels différents », conseille Camille Auchet. Ou d’élargir aux amis des amis de ses amis… pour rencontrer des personnes aux profils complémentaires. En misant sur le deuxième voire le troisième cercle, on a en effet plus de chances de découvrir des compétences différentes des siennes. Enfin, des associations, comme TIGcRE, proposent la mise en relation et le suivi du partenariat.

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Rédigé par

Oriane Raffin

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Cibulsky

Publié le 27 mai 2017

C'est tellement vrai! Je suis en train de vivre exactement ce défi pour monter un café-couture avec un gros volet social! Merci pour les conseils... en avant!

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