Agir au quotidien

Les autres boulangeries : le nouveau goût du pain

Publié le 7 mars 2016

Que ce soit les boulangeries prônant le solidaire, le développement durable, l’autogestion, ou l’insertion par le travail, plusieurs motivés ont envie de donner une toute autre saveur à leur pain quotidien! Zoom sur "ma part du gâteau", à Nantes.

Dans la grande salle de la toute nouvelle boulangerie solidaire nantaise “Ma Part du gâteau”, Richard Ponthou s’agite auprès de clients gourmands. Le soleil de midi s’invite à leur table. Certains débarrassent sagement leurs couverts dans le coin dédié avant de saluer les employés et de repartir travailler, d’autres s’installent, autour du mobilier, récupéré intégralement en ressourcerie.

Située dans une zone d’activité à proximité du périphérique, “Ma part du Gâteau” est une boulangerie nouvelle génération, proposant autant de la petite restauration que l’indémodable baguette de pain. Mais ce n’est pas sa seule marque de fabrique. Car l’établissement est avant tout une entreprise d’insertion, et l’affiche fièrement sur son enseigne.

part-gateau

La boulangerie accueille donc des « oubliés de l’emploi » (accidents de la vie, exil politique, etc…) pour les faire monter en compétence et en réseau social, afin qu’ils retrouvent du travail derrière.

Le pain comme symbole du travail bien fait

Le gérant, Richard Ponthou, s’est inspiré du modèle parisien Farinez-vous, lancé en 2009, boulangerie artisanale et solidaire située dans le XIIème arrondissement, qui en a ouvert une seconde dans le XIIIe et prépare encore un nouveau projet d’atelier. Après deux ans de montage de projet, et de parcours du combattant, la première baguette est sortie du four en août 2015. « J’avais besoin de faire quelque chose qui ait du sens et qui soit utile », raconte l’ancien du marketing agro-alimentaire. « Je crois qu’il se passe de belles choses, et j’ai eu envie d’en être. Sans oublier que selon moi, le « sens » est aussi une tendance dans la consommation, il ne fallait pas passer à côté », assume-t-il.

boulange2Résultat : la boulangerie est un succès. « Je dois beaucoup à mon équipe : les encadrants techniques sont compétents et indispensables pour bien travailler avec les débutants en insertion. » Si les comptes de la boulangerie sont déjà au beau fixe après 6 mois d’activité, ce sera surtout le départ de ces quatre salariés vers de nouveaux contrats, ailleurs, qui marquera la véritable réussite de la boulangerie.

Car parmi les sept emplois créés, Ma Part du Gâteau en compte 4 en insertion (3 CDDI et 1 CUICIE). Or, ces contrats ne peuvent durer que deux ans maximum, pendant lesquels les salariés sont suivis par un conseiller en insertion professionnelle. « La difficulté, raconte Richard, c’est que parfois, je dois leur rappeler que l’entreprise n’est pas prévue pour les embaucher durablement après leur deux ans, mais pour accueillir de nouvelles personnes éloignées de l’emploi. » C’est une des grandes spécificités des boulangeries solidaires, comme celle de Montpellier (Drôle de pain) ou Farinez-vous : prendre confiance ensemble les mains dans la pâte, monter son projet, et voler de ses propres ailes. « Pour cela, l’idée de fabriquer et de vendre du pain pour « réinsérer », avec un retour sur soi immédiat, une implication totale, ça me plait beaucoup ! Sans compter le rapport fort à la culture française », témoigne Richard.

Des idées qui se multiplient comme des petits pains

Tout un symbole, qui semble aussi avoir conquis d’autres esprits alternatifs. A Montreuil, c’est carrément une boulangerie bio autogérée qui a ouvert ses portes en 2010. Projet audacieux qui compte aujourd’hui une dizaine de salariés en coopérative. Plus solitaire, Daniel, lui, est boulanger à Quily, dans le Morbihan. Les documentaristes de Sideways l’avaient rencontré et présenté sa façon de travailler deux jours par semaine à base d’eau de pluie et de vieux blé bio illégal, pour réserver le reste de son temps à sa vie personnelle. Sa recette : ne pas perdre du temps à vendre : en laissant cette responsabilité à sa centaine de clients qui paient directement leurs achats sans surveillance. (Voir le reportage ci-dessous)

Chacun son style et ses enjeux, pour Richard la prochaine étape est de consommer ses matières premières en circuit court. Il propose d’ores et déjà le maximum de ce qu’il peut : pas d’ajouts de conservateurs ou d’additifs, une fabrication artisanale, des produits de l’agriculture raisonnée. « Je voudrais faire plus, ça va venir, mais ce n’est pas si facile, précise Richard. Parfois il faut confronter ses convictions avec la réalité. On ne peut pas se permettre d’être fantaisiste, il faut d’abord travailler à ce que l’argent rentre pour que chacun gagne sa part du gâteau ! »

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Rédigé par

Jeanne La Prairie

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Hélène

Publié le 28 avril 2017

Et aussi le réseau Bou'Sol bien sûr !

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