Projets inspirants, créateurs inspirés

Voisin Malin, le chaînon manquant

Publié le 25 septembre 2015

Comment mieux informer les habitants des quartiers populaires sur les services publics ou privés qui leur sont destinés ? L’entreprise sociale Voisin Malin propose une solution : envoyer des habitants en porte à porte, comme autant de médiateurs urbains. Reportage.

Un coup de sonnette, un regard méfiant dans l’entrebâillement, puis la phrase-sésame : «Bonjour, je suis Nora, de Voisin Malin, je suis du quartier.» La plupart du temps, les portes s’ouvrent, les visages aussi.

Un badge «Voisin Malin» autour du cou, Nora Bouaouina est chargée d’informer les habitants de ce quartier populaire de Paris sur la Maison des Entreprises et de l’Emploi (MEE), toute proche. Le taux de chômage fait des ravages mais la structure peine à attirer pour ses sessions de recrutement.

Au 5è droite, une jeune femme en T-shirt rose tend le cou vers les fiches de poste : conseiller de vente chez Free, agent de restauration pour un futur centre commercial, candidat à une formation pour devenir assistant(e) de vie… «Des recruteurs de Gaumont vont venir aussi : ils veulent embaucher des jeunes du 19è pour le cinéma qui s’ouvre bientôt», ajoute Nora Bouaouina, debout sur le palier.

Hassanati Abderamani, au chômage depuis deux ans, n’en croit pas ses oreilles. «Je ne connaissais pas cet endroit, j’y vais dès lundi !, s’enthousiasme-t-elle. Ca me rassure et ça m’encourage que quelqu’un se soit déplacé physiquement. On se dit qu’on ne nous oublie pas.»

Une communication humaine, pas que du web ou du papier

Créée dans l’Essonne en 2011, l’entreprise Voisin Malin forme des habitants de quartiers populaires à la médiation entre leurs voisins et des prestataires publics ou privés. Comme un maillon manquant dans la chaîne de l’information.

«Les messages sur ces services n’arrivent pas toujours jusqu’aux habitants, ou pas dans le langage approprié. Cela les empêche de vivre pleinement leur vie de citoyens. Faire passer l’information par des voisins inspire confiance et rend la campagne plus efficace», assure Denis Griponne, manager de l’équipe de Voisin Malin pour Paris 19è.

C’est la mairie d’arrondissement qui a commandé ce porte-à-porte sur la MEE. Mais par le passé, Nora et ses collègues ont expliqué le fonctionnement du tri sélectif pour le compte d’une société HLM, promu le dépistage du cancer du sein à la demande de l’Agence régionale de santé ou encore donné des conseils pour économiser l’eau, sur mandat de Veolia.

Marie-Thérèse Leblanc, une jeune retraitée amie de Nora Bounaouina, promet d’envoyer un garçon de sa connaissance à la MEE. «Il faut proposer de la communication humaine, pas que du web ou du papier. Surtout dans nos quartiers, où tout le monde n’a pas accès à l’écrit», approuve-t-elle.

Faire remonter les doléances, dans un maximum de langues

Les « Voisins Malins » sont recrutés pour leur entregent et viennent de tous les milieux sociaux. «On veille également à la diversité linguistique dans les équipes, pour que l’information accède à un maximum d’habitants», précise Denis Griponne. En français, en arabe ou en wolof, les salariés font aussi remonter les doléances, sur des dégâts d’humidité dans un appartement ou les nuisances des travaux dans un immeuble.

Evidemment, l’opération séduction a ses limites. Certaines portes restent closes, d’autres se referment sèchement. «Mais les Voisins sont déterminés. On a un taux de contact de 80% !», assure Denis Griponne.

Peu à peu, le climat change dans les quartiers. A Courcouronnes, les « Voisins » s’activent depuis 4 ans pour rétablir la confiance à l’égard d’une société HLM. «Désormais, quand elles sont invitées pour un après-midi jardinage, les familles descendent massivement», poursuit le coordinateur. Locataires et bailleurs sociaux se réunissent même parfois pour des goûters. En fait, à petits pas, sur chaque paillasson, les Voisins retissent du lien social.

Une entreprise en plein essor

En 2014, les 42 salariés de « Voisin Malin » ont rencontré 4.500 personnes en porte-à-porte, dans 7 quartiers d’Ile-de-France. Et l’entreprise est en plein développement. «Nous venons de recruter un manager pour Villiers-le-Bel, avons des contacts avancés sur Marseille et prospectons du côté du Grand Lyon», se réjouit Anne Charpy, la fondatrice de l’entreprise. Dans les zones d’intervention actuelles, le taux de chômage des habitants dépasse les 20% et leur revenu médian plafonne à 11.000 euros par an.

Image writer

Rédigé par

Hélène Seingier

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Citoyenneté

« J’ai donné un sens à mon travail grâce au Service Civique ! »

Après avoir travaillé quelques années en tant que pâtissier, Mikaël Treilhaud Daramy se lance dans un service civique, poussé par une envie de changement. Un véritable tremplin vers le secteur de l’économie sociale et solidaire pour ce jeune de 23 ans.

Rédigé par Déborah Antoinat En savoir plus

Entreprendre, mode d'emploi

Pourquoi se compliquer la vie en créant une entreprise éthique et solidaire ?

Comme si créer une entreprise ce n'était pas suffisamment compliqué, certains y ajoutent des ambitions écologiques, sociales et solidaires... Seraient-ils un peu maso?

Rédigé par Laure Jouteau En savoir plus

Tech

L’agriculture urbaine boostée par le numérique

Et si les agriculteurs, jardiniers ou botanistes locaux s'unissaient aux acteurs du web ? C'est le principe des rencontres « Hackgriculture », proposées par le collectif « Nantes ville comestible » qui vise à mêler les énergies locales pour penser la ville comestible. Avec le numérique comme engrais.

Rédigé par Jeanne La Prairie En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.