Agir au quotidien

Bureau lumineux à loyer modéré pour changeurs de monde

Publié le 4 septembre 2015

La foncière ETIC investit dans la rénovation de bâtiments pour y héberger ensuite, à petit prix, des ONG et des entreprises sociales. Reportage chez Mundo-M, à Montreuil, l’une de ces colocations d’engagés.

Une pièce lumineuse, quatre bureaux, des cloisons-étagères remplies de dossiers… Le local du MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente) et de Non Violence 21 est simple mais fonctionnel. Chaque poste de travail coûte 300 euros par mois et permet de profiter d’une terrasse au sommet de l’immeuble, d’un coin cuisine, de salles de réunion, sans compter les photocopieuses ou la machine à affranchir.

« Avant, pour un loyer équivalent, nous avions un tout petit local, sans espace pour déjeuner, sans salle de réunion… Ici c’est plus agréable, plus fonctionnel, et on est voisins d’autres associations avec qui nous travaillons », apprécie Sarah Gangloff, coordinatrice de Non Violence 21.

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Dans le bureau suivant, le réseau Sortir du nucléaire planche sur son agenda de communication ; dans les étages s’alignent les locaux de Inf’OGM, de Avaaz ou encore du Réseau Action Climat, tandis que le restaurant d’insertion Marmites Volantes et un espace de co-working individuel se partagent le rez-de-chaussée. Au total, une vingtaine d’ONG et entreprises sociales ont élu domicile dans cette ancienne bâtisse industrielle reconvertie en centre d’affaires.

Des bâtiments écolos et aménagés au plus simple

« Il y a un aspect pratique : des bureaux pas chers et qui évitent de se casser la tête avec le plombier ou le fournisseur d’accès à internet, expose Alexandre Guilluy, qui administre cette colocation géante pour la foncière ETIC. Et un aspect communautaire, car les résidents travaillent souvent ensemble. Au lieu de passer 2 heures chacun dans les transports pour une réunion, ils se disent : rendez-vous au quatrième ! »

Mundo-M est le dernier né des bâtiments de la foncière ETIC, après une pépinière de l’ESS à Vaulx-en-Velin, des locaux partagés à Castres et Nanterre ou encore l’espace de co-working Beeotop à Paris. A chaque fois la logique est la même : mobiliser des investisseurs engagés (ils sont une centaine aujourd’hui chez ETIC) ; acheter et rénover, de façon écologique, un bâtiment inutilisé ; puis y installer des acteurs du changement.

mundom2Mais comment leur proposer des loyers à leur portée ? « Déjà, les collectivités locales nous cèdent le bâtiment à moindre coût car elles souhaitent que nous nous installions chez elles. Ensuite, nos investisseurs acceptent une rentabilité inférieure à celle de l’immobilier classique. Enfin, nous aménageons l’intérieur au plus simple pour limiter les coûts. Nos résidents ne recherchent pas des locaux sophistiqués », poursuit Alexandre Guilluy.

Finalement, chez Mundo-M, bâtiment certifié par l’Ademe, c’est l’aspect écologique qui aura coûté le plus cher. Plutôt que de détruire et de reconstruire à neuf, l’architecte a rénové intégralement la bâtisse puis l’a couverte d’un manteau d’isolant – le matériau Métisse, en coton recyclé issu des textiles inutilisables collectés par Le Relais – afin de limiter la boulimie d’énergie. A l’intérieur, des cloisons en bois et un sol en caoutchouc ont été préférés au plâtre et au PVC, pourtant meilleur marché.

Les investisseurs de plus en plus séduits par l’idée

Le loyer modéré implique forcément des contraintes : pas de bureau individuel pour ce coordinateur qui envisage de venir s’installer avec son équipe ; et les désagréments classiques des open-spaces. « On se réfugie parfois dans la cuisine pour être au calme, reconnaît Raphaël Claustre, directeur du CLER (Réseau pour la transition énergétique), installé près du frigo avec dossiers et ordinateur. Mais on adore le fait que le bâtiment ait une bonne performance énergétique. Surtout, ces locaux montrent qu’on s’est professionnalisés. On est très fiers de faire venir notre banquier ici ! »

Au début des aventures d’ETIC, dans la foulée d’une initiative britannique, le projet n’enthousiasmait pas les foules. « Lorsque je disais aux financeurs qu’on cherchait 4 millions d’euros pour investir dans un bâtiment et y installer des associations, souvent peu solvables, autant dire qu’ils étaient circonspects », sourit Alexandre Guilluy. Aujourd’hui, le coordinateur reçoit régulièrement des appels de financeurs, séduits par ce « crowdfunding » immobilier. Saint-Denis ou Lille devraient bientôt voir surgir, à leur tour, des colocations d’acteurs engagés.

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Rédigé par

Hélène Seingier

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