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Logisticienne dans l’humanitaire: un métier exigeant mais passionnant

Publié le 18 août 2015

Marie, 30 ans, a géré la logistique pour l’ONG Solidarités International en pleine épidémie d’Ebola en Sierra Leone ou après le tremblement de terre au Népal. Elle nous raconte son quotidien.

Au Népal, elle a acheté, entre autres, 92 tonnes de tôle ondulée pour construire des abris. En Sierra Leone, elle est partie en repérage dans le sud-ouest du pays, afin de faire un état des lieux des dispositifs d’assainissement et d’accès à l’eau des centres de santé. A 30 ans, Marie porte sur ses épaules une partie de la réussite de missions humanitaires de Solidarités International, une association humanitaire qui intervient dans l’accès à l’eau potable, l’assainissement, la sécurité alimentaire et la reconstruction. En tant que logisticienne, elle doit faciliter le travail de tous les autres intervenants.

marieDans les différents postes qu’elle a pu occuper, depuis Paris ou directement sur la zone, Marie a eu pour rôle d’organiser, de stocker, d’acheter ou encore d’acheminer les denrées et matériaux nécessaires aux missions. «  Que ce soit à Paris ou en mission, on travaille en lien avec le responsable du programme qui définit ce dont il a besoin et l’administratif, qui s’occupe de la finance et des RH. Le logisticien est un service support qui va permettre la mise en place de la mission », explique-t-elle.

Le logisticien s’assure donc que la mission tourne. « Il faut des gens qui ont de l’expérience, qui connaissent les achats et le déploiement dans des endroits où la sécurité des équipes peut-être difficile », détaille-t-elle. « Il ne faut pas que la logistique devienne une contrainte, dans des missions où il y en a déjà suffisamment d’autres ».

Rigueur, flexibilité et écoute

Marie liste trois qualités essentielles pour un bon logisticien : la rigueur, la flexibilité et l’écoute. « La rigueur, c’est quand le responsable de la mission arrive et me dit ‘il me faut 200 sacs de ciment, il y en a dans cette boutique, je les prends ?’. Je dois cadrer l’enthousiasme, comparer les prix, la qualité du ciment, etc. La flexibilité est indispensable quand il arrive et me dit ‘en fait, ce n’était pas 200 mais 250’. Il faut trouver une solution. Enfin, l’écoute est nécessaire car nous sommes là pour mettre en perspective, comprendre ce vers quoi vont nos activités. On ne fait pas de la logistique pour la logistique mais pour un projet précis ».

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En dehors de son expérience dans l’humanitaire, Marie a effectué plusieurs missions dans des entreprises privées marchandes. Ainsi, pendant trois ans, elle a travaillé pour une société qui fait du rapatriement sanitaire en Afrique de l’Ouest. Si le rôle du logisticien reste similaire, le quotidien est très différent. « Dans le privé marchand, on cherche à atteindre un résultat. L’exigence fait qu’on peut parfois engager plus d’argent pour l’atteindre. Dans l’humanitaire, c’est différent : il y a moins de marge de manœuvre, le budget reste fixe ».

« Même si on est loin, on sait pourquoi on œuvre »

Chez Solidarités International, elle décrit un métier « engagement », qu’on fait « par choix ». Pas toujours facile d’être disponible rapidement, mobilisé en quelques heures, d’accepter des sacrifices… « Dans le secteur classique, j’avais plus de recul, je coupais plus facilement le week-end », explique-t-elle ainsi.

Mais les contreparties sont là. « Ce qui est motivant, c’est que c’est un métier qui a du sens. Même si on est loin, on sait pourquoi on œuvre ». Sans oublier que l’humanitaire transforme le métier : « Solidarités international, c’est une famille. On vit ensemble sur les missions, on partage une maison. Dans mon entreprise privée marchande, j’ai dû boire un verre avec des collègues 2 ou 3 fois en 3 ans. Là, c’est au moins une fois par mois. Il y a un sentiment d’appartenance fort ».

Et pour l’avenir ? Marie oscille encore. Avec une certitude : « l’avantage de la logistique, c’est que notre métier est relativement facilement transférable dans le privé, je ne me sens pas piégée. Et quand je veux revenir, je sais que je le peux ».

Devenir logisticien dans l’humanitaire

Marie a suivi des études de droit et validé un M2 en protection des droits de l’homme puis un autre master orienté humanitaire à l’institut Bioforce. C’est au fur et à mesure de ses premières expériences qu’elle s’est initiée à la gestion des transports en Haïti ou aux achats.

logo_phosphore-etudesIl existe plusieurs cursus qui mènent au métier de logisticien : BTS, DUT ou encore Masters spécialisés. Retrouvez le détail de ces formations sur le site de notre partenaire Phosphore.

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Rédigé par

Oriane Raffin

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