Citoyenneté

Barcelone: des citoyens contre les préjugés

Publié le 20 mai 2015

Tordre le cou aux rumeurs. Le défi que Dani s’est lancé il y a cinq ans n’est pas des moindres. De Barcelone à l’Europe, il développe son projet d’entreprise sociale « Antirumours global ». Il conseille les villes du monde entier en matière de politique interculturelle. Reportage.

« Les immigrés profitent de la sécurité sociale », lance une femme à Monica, 26 ans. Vraiment ? La jeune femme lui rétorque sereinement : « Ils utilisent les services de soin comme tout citoyen, voire moins que les autochtones car les étrangers qui vivent à Barcelone sont jeunes et arrivent généralement en bonne santé. Seuls 2% des étrangers résidant ici ont plus de 65 ans, âge à partir duquel le recours aux services de santé est plus important. »

Une répartie que l’étudiante a acquise au cours d’une formation anti-rumeurs. Auparavant, celle qui est par ailleurs membre de SOS Racisme, avoue qu’elle n’aurait pas réagi ainsi : « j’ai surtout appris à ne pas m’énerver ! ».

Pour Dani de Torres Barderri, à l’origine des formations, aller au-delà de la rumeur implique deux éléments : un argumentaire béton mais surtout percutant, relayé par une personne légitime.

Dénoncer sans stigmatiser

A Barcelone, l’immigration économique internationale est récente. Avec la crise économique, la ville a dû faire face à une montée des préjugés qui stigmatisent les étrangers. En 2009, lors d’un sondage, il décèle ces idées reçues « même chez les citoyens les plus progressistes », s’étonne Dani, alors employé municipal de Barcelone. Il souligne que « de nombreux discours politiques et médiatiques utilisent ces rumeurs pour capter nos émotions ».

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De ce constat, lui vient l’idée de développer un projet dénonçant ces idées reçues sans toutefois stigmatiser ceux qui les véhiculent. Première étape : il identifie ces messages, via des travailleurs sociaux, enseignants ou du personnel médical. Ensuite, avec les services de la ville, il répond aux rumeurs par des données concrètes et des arguments marquants.

Enfin, il imagine un vivier d’agents « anti-rumeurs », plus à même de dialoguer avec des publics variés que les fonctionnaires. « Nous avions besoin de monde capable de s’adapter à des contextes très différents. En formant des citoyens déjà impliqués dans le tissu social de la ville, nous avons donc essayé de toucher des personnes influentes afin qu’elles relaient notre argumentaire. » Utiliser des structures déjà existantes permet d’optimiser des initiatives locales et de proposer un modèle innovant, peu onéreux, sur du long terme.

700 membres à Barcelone

A l’issue des formations, un réseau virtuel anti-rumeurs, la « xarxa antirumors » en catalan, permet de maintenir le contact au sein de cette communauté de citoyens engagés. Cinq ans après son lancement, la plateforme barcelonaise recense environ 700 membres. Et engage le dialogue sur la discrimination en générale. Dani ne se leurre pas : « parfois, ce n’est pas suffisant : davantage qu’un plan anti-rumeurs, c’est un plan urbanistique dont auraient besoin certains quartiers. »

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Mais son projet ne s’arrête pas à sa ville. En 2011, suite aux élections municipales, Dani quitte la mairie de Barcelone. Il monte alors avec l’appui de la Fondation Acsar un projet d’essaimage de la stratégie « anti-rumeurs » au sein de quatre villes espagnoles : Fuenlabrada près de Madrid, Getxo au Pays Basque, Tenerife aux Canaries et Sabadell en Catalogne. « La mise en réseau de plusieurs villes permet l’enrichissement du projet grâce à la créativité de chacun », confie-t-il tout en insistant sur l’importance de mener des projets autonomes au sein de chaque ville. Actuellement, le Conseil de l’Europe a repris le projet à travers le programme « Communication for Integration – C4I » au sein de onze villes européennes du Portugal à la Suède en passant par la Grèce.

Mais Dani ne veut pas dépendre des financements ponctuels des institutions. Epaulé d’associés, il monte désormais sa propre société de conseil « Antirumours global » en matière de politique interculturelle. « J’ai été contacté depuis les Etats-Unis, le Mexique et Israël. » Centraliser la démarche permettra aux mairies d’avoir un point référent et d’améliorer l’évaluation du dispositif en partenariat avec des universités.

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Rédigé par

Caroline Venaille

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