Solidarités

Jeunes en errance: un dispositif pour favoriser le retour à l’emploi

Publié le 19 mai 2015

Offrir une solution d’urgence à des jeunes “en errance” à travers un moyen de revenu légal, c’est l’ambition du dispositif Tapaj, travail alternatif payé à la journée. Expérimenté depuis 2012 à Bordeaux, il va être déployé dans dix villes en France.

Ils ont entre 18 et 25 ans, vivent dans un squat, un camion ou dans la rue, pratiquent souvent la mendicité et ne touchent pas de minimums sociaux.  Ces jeunes dits en errance ont souvent un parcours personnel difficile et sont pour la plupart en rupture familiale et sociale», explique Jean-Hugues Morales, porteur du projet Tapaj.

« Ce dispositif souhaite répondre à une demande d’urgence en proposant quelques heures de travail rémunérées sans qualification ou expérience professionnelle particulière. De quoi gagner en une journée 40 €. » Désherbage, réaménagement d’espaces verts ou encore manutention et logistique sont les missions proposées par la mairie et les entreprises partenaires (Auchan, SNCF, ERDF, Vinci, Fondation Orange).

Souvent, la démarche est liée à un retour de l’accès aux soins et donne l’occasion de parler de sa consommation de drogues, de prendre de nouveau soin de soi. Pour l’anthropologue David Mourgues, «il s’agit de petit à petit trouver l’envie de passer à autre chose ».

Une première marche vers l’emploi

Inspiré d’un système identique au Québec, l’atout de ce dispositif tient dans le bénéfice immédiat pour les volontaires qui reçoivent à la fin de la journée un chèque qu’ils peuvent échanger en liquide dans n’importe quel bureau de poste de France.

« Pour ceux qui le souhaitent, on propose progressivement du travail sur plusieurs jours de suite et pourquoi pas dans un troisième temps, un travail sur plusieurs mois. Tapaj est un marchepied vers les systèmes classiques d’insertion par le travail », estime Jean-Hugues Morales.

Résultat : le service a réussi à convaincre 31 personnes en 2014/2015 sur une population de 150 jeunes Bordelais dans cette situation de précarité. Et près de la moitié d’entre eux ont par la suite repris une formation qualifiante ou signé un contrat à durée déterminée. « Cette expérience a été pour certains le moyen de reprendre un projet professionnel laissé à l’abandon. Quelques uns ont repris leur CAP cuisine ou petite enfance. Tapaj leur a donné l’occasion de repartir sur une dynamique de formation et de reprendre un domaine qui avait du sens pour eux », précise le porteur de projet.

Et comme le dit Olivier, un jeune Bordelais interviewé par Libération, « Outre le fait de nous remettre en route, Tapaj nous permet de nous rendre compte que l’on peut produire quelque chose de bien».

Un dispositif bientôt expérimenté dans les quartiers prioritaires

Fort de ses premiers retours, le dispositif va s’étendre à une dizaine de villes françaises parmi lesquelles Créteil, Marseille, Pau, Strasbourg ou Toulouse. Cette initiative a été retenue au niveau national par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), pour réaliser un travail d’évaluation et de soutien.

A Toulouse, une expérimentation est en cours de mise en œuvre pour proposer Tapaj aux jeunes en errance ainsi que pour les jeunes en rupture scolaire en zone de sécurité prioritaire. « Certains n’ont ni projet d’insertion, de travail ou de formation dès 16 ans. Ils sont souvent usagers et revendeurs de substances. Ce dispositif propose une alternative à l’entrée dans l’économie de la débrouille, le trafic et l’illégalité. Bosser 4 heures par jour est, il me semble, le seuil adapté et une première marche pour retrouver l’estime de soi parce que l’on se dit : je peux le faire ! », analyse David Mourgues, ajoutant « Je rencontre beaucoup de jeunes que ça intéresse déjà ». Le programme devrait être installé à Toulouse à partir de septembre 2015.

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Rédigé par

Déborah Antoinat

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