Culture

Bellastock : de jeunes architectes au service de la ville du futur

Publié le 10 avril 2015

Ils expérimentent la ville de demain, celle qui sera durable. Leur action se déploie en deux temps : un festival de constructions et un labo de recherches dans un ancien entrepôt à transformer en éco-quartier.

L’aventure Bellastock est née d’un double constat : la frustration de trois étudiants en architecture qui voulaient travailler la matière après avoir étudié la théorie, et un manque d’argent pour lancer leur festival.

La construction d’une ville éphémère

Depuis 2006, l’association Bellastock réunit chaque année un millier d’architectes en herbe. Ils ont quatre jours pour construire une ville éphémère dans laquelle habiter. « La première année, on n’avait pas de moyens, retrace Antoine Aubinais, l’un des fondateurs. On s’est retrouvés chez le père d’un ami agriculteur où devait avoir lieu le festival. On a commencé à construire les douches avec des traverses de chemins de fer… notre réflexion sur le réemploi est partie de là. »

Les festivaliers doivent restituer les matériaux et le terrain intacts : « L’année dernière, ils avaient des tasseaux de bois pour construire une ville amphibie. Ils ne pouvaient ni les scier, ni les clouer… c’est le propre de l’upcycling! En dehors de ces règles, la seule consigne qu’on donne en démarrant le festival, c’est : ‘prends soin de toi et prends soin des autres’. »

Il n’y a pas de médailles à gagner. « On ne fait pas de classement, même si certains nous le reprochent. On compte plus sur l’émulation par la coopération que la compétition. » Des étudiants étrangers venus étudier en France ramènent le festival dans leurs valises. C’est ainsi que Bellastock a fait des petits et se déroule dans dix pays : Chine, Turquie, Danemark, Chili…

Bellastock

Une équipe de défricheurs

Aujourd’hui, l’association compte six architectes à temps plein, une personne s’occupe des partenariats et une autre de l’administration. Antoine Aubinais se demande tous les jours s’il a bien fait de poursuivre dans cette voie, qui le rémunère au Smic, plutôt que de rejoindre un cabinet d’architectes.

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« Des fois, j’en ai marre des discussions à 40 pour savoir si on peint en bleu ou en rouge. Mais nos vies sont remplies de trop de rencontres pour que je renonce. Quand je vois qu’on est plusieurs jeunes architectes à penser au réemploi, que les étudiants qui passent par Bellastock s’en serviront dans leurs pratiques, je me dis qu’on ne réalise peut-être pas de grandes constructions mais qu’on déblaie pas mal de questions. »

Un labo de recherches grandeur nature

Sur l’île Saint-Denis (93), l’ancien entrepôt des magasins Printemps est devenu leur futur labo de recherches. « C’est la première fois qu’une équipe d’architectes participe à la déconstruction d’un bâtiment pour voir comment récupérer les matériaux et les réutiliser. » Bellastock a transformé des tubes de réseaux incendies en luminaires, des poteaux de hangar en bancs, des poutres en voies romaines, une passerelle a été construite avec le métal…

Ces idées pourront être reprises par l’éco-quartier qui verra le jour en 2022. « On habite la transition en faisant vivre le chantier. Des artistes sont invités à créer des spectacles à partir du réemploi. Dans le public, il y a des politiques, des ouvriers, des enfants… c’est un lieu qui vit. »

Il faut penser le projet dans son cycle de vie.

Pour Antoine Aubinais, on ne peut plus penser la construction des bâtiments sans envisager leur déconstruction. « Il faut penser le projet dans son cycle de vie et pas seulement à la belle dalle de béton qu’on aura coulée. » Et accepter un design plus brut de notre mobilier. « Pour trouver ces objets beaux, il faut regarder d’où ils viennent, comprendre leurs transformations… ça passe par l’éducation. Pour cette raison, on va aussi dans les écoles, les collèges et les lycées, parler du réemploi. »

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Rédigé par

Apolline Guichet

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