Agir au quotidien

Du malt au verre, une bière 100% solidaire

Publié le 11 mars 2015

Votre petite mousse du soir peut se déguster bio, solidaire et sociale. Alors que les micro-brasseries professionnelles et amateurs explosent, Say Yess a remonté la filière. On y rencontre à la fois des coopératives intégrant agriculteurs et brasseurs et des producteurs qui mettent l’humain avant tout !

Avant d’obtenir le liquide désaltérant, amer et pétillant au fond de votre chope, la bière nécessite beaucoup de travail, de la part des malteurs et des brasseurs. Ingrédient indispensable, le malt est obtenu par transformation de l’orge, une céréale produite dans nos champs. La bonne nouvelle, c’est que l’ensemble du processus peut être conçu de manière coopérative, durable et solidaire.

Tout commence dès la production du malt, avec de l’orge bio. Au cœur de l’Ardèche, Malteurs Echos a vu le jour en 2012. A l’origine de la malterie, trois jeunes : Marie, Baptiste et Guillaume. Originaires de familles d’agriculteurs, passés par l’éducation populaire (et notamment le MRJC, le mouvement rural de jeunesse chrétienne), ils ont monté le projet après avoir rencontré des brasseurs à la recherche de malt local et bio. « Ils nous ont fait un appel du pied : il n’y avait pas de malt produit en Rhône-Alpes, mais en tant que brasseurs, ils n’avaient pas le temps de s’en occuper, se souvient Baptiste François, un des trois fondateurs. On savait donc que le potentiel était là ».

Malt

Du malt. Photo Antonio Ponte, CC sur Flick’R.

Ne pas être de simples fournisseurs

Etude de terrain, rencontres avec les acteurs locaux, les trois fondateurs lancent alors une association. Mais pas question de devenir de simples producteurs et fournisseurs de malt. « Nous voulions aussi offrir un outil à la filière brassicole, en intégrant les acteurs, mais aussi les partenaires locaux », ajoute Baptiste. La structure s’ancre en effet dans le territoire, en rayonnant dans la région Rhône-Alpes et les régions limitrophes.

Rapidement, l’association est devenue coopérative : Malteurs Echos a désormais le statut d’une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), qui permet de réunir tous les acteurs du secteur concerné. En effet, ces derniers peuvent acheter des parts et devenir sociétaires. « Certains agriculteurs et brasseurs sont convaincus et voient l’enjeu et l’intérêt de travailler ensemble. Mais nous avons un gros travail de formation et de communication pour faire comprendre tout cela aux autres ».

L’intérêt est pourtant double : « Dans la brassiculture, il y a souvent d’un côté une exigence de qualité de la part des brasseurs, sur le malt, et de l’autre côté des agriculteurs sous pression à cause des marchés. On ne voulait pas être écartelés entre les deux, mais plutôt intégrer tout le monde, afin que chacun s’en sorte et connaisse les besoins des autres », explique Baptiste François.

Au sein de la coopérative, les acteurs sont conscients de la saisonnalité de l’agriculture : « on sait que certaines années sont difficiles. Alors tout le monde doit se serrer les coudes », poursuit le jeune homme. Dans cette optique, la coopérative change le rapport entre les acteurs du secteur : « Par exemple, le brasseur sociétaire qui trouve le prix du malt trop cher, comprend que si je baisse le prix, il y perd aussi en tant que co-propriétaire de la coopérative. C’est le principe de la double qualité des membres. ».

Tout le monde s’implique

De manière plus large, brasseurs et agriculteurs peuvent faire remonter au sein de la structure leurs questions, leurs demandes et leurs besoins. « Nous avons organisé des rencontres locales l’année dernière. A chaque fois, une vingtaine de personnes se sont déplacées, pour des moments très riches d’échanges et de co-construction », se souvient Baptiste. « Il y a énormément d’informel, tout le monde s’implique et partage », se félicite-t-il. Et surtout, tout le monde peut prendre part aux décisions, s’il le souhaite.

Les actionnaires ne passent qu’en dernier : ils ne prennent que les miettes

A l’autre bout de la France, en Bretagne, deux jeunes brasseurs ont également fait le choix de monter une coopérative. Le-Pied-de-Biche, lancé par Frédéric Perrot et Joffrey Roqueplan, commercialise ses premières bières depuis mi-janvier. « Le projet a germé il y a trois ans. Au début, on pensait monter une SARL classique, on n’avait jamais entendu parler d’autres systèmes », explique Joffrey. « Mais ça nous embêtait de monter une entreprise, ce n’est pas du tout dans mes idéaux politiques ! »¸ poursuit-t-il.

« On met avant la valeur travail »

Au cours de recherches, les deux hommes découvrent alors les SCOP. « Le premier avantage, c’est qu’on met en avant la valeur travail, avant le capital », se félicite Joffrey. « Et les bénéfices sont répartis en trois : une partie pour renforcer l’entreprise, une partie pour les gens qui travaillent et la dernière, pour les associés. Les actionnaires ne passent qu’en dernier : ils ne prennent que les miettes ».

Autre argument de poids pour les jeunes hommes : « on crée une structure qui ne peut pas être vendue. Nous ne voulons pas construire une entreprise en se disant qu’on va faire de la plus-value. On veut la faire vivre ad vitam aeternam », prévient Joffrey. Dans les statuts, ils ont décidé que chaque salarié qui reste plus d’un an est obligé de devenir associé. « On ne veut pas d’ouvrier, c’est un rapport au travail totalement différent ».

Chez Malteurs Echos, le travail aussi est mis en avant. Les trois fondateurs ont choisi d’intégrer une dimension insertion professionnelle à leur projet : plusieurs jeunes jusqu’alors en difficulté travaillent dans la structure. Ils sont formés et accompagnés pour développer un projet personnel. « Le malt demande à être présent 7 jours sur 7. Et on voulait faire quelque chose de vivable pour nous. On avait deux solutions : soit investir en capital et tout automatiser, mais nous n’avions de toutes façons pas les fonds nécessaires, soit avoir plus de main d’œuvre. », explique Baptiste François.

Une entreprise la plus humaine et la plus écologique possible

C’est cette seconde option qui a été retenue : « autant avoir des gens qui ont besoin de travailler, qui n’ont pas eu la chance que nous avons eue. Ils restent 6 mois à un an, c’est un tremplin pour la suite », explique le co-fondateur. Les jeunes en insertion sont formés au maltage, mais pas seulement ! Ce n’est pas là qu’ils pourront trouver des débouchés. Malteurs échos leur apprend donc également les métiers annexes comme la logistique, le suivi qualité ou encore la préparation de commandes. Parmi les trois jeunes déjà sortis, deux ont repris une formation : l’un pour les espaces verts de la SNCF, l’autre pour devenir cordonnier.

Grâce au choix de leur statut légal, ces deux coopératives arrivent donc à allier activité économique et valeurs des fondateurs. Le-Pied-de-Biche veut poursuivre ensuite son développement en ciblant aussi le local : « notre but est de travailler sur un territoire », explique Jeoffrey, qui veut valoriser le circuit-court et espère rapidement se fournir en malt en Bretagne. « Nous sommes sur une démarche d’entreprise humaine et la plus écologique possible »¸ poursuit-il. D’où le choix de chauffer la bière au feu de bois, « pas de nucléaire ou de pétrochimie ». A moyen terme, la SCOP a même une piste pour acheminer une partie de sa production vers les clients via le fret à voile !

Et pour être en cohérence avec ses idées jusque dans ses produits, Le-Pied-de-Biche compte parmi ses cinq bières une « pression sociale ». Tout un programme !

A vous de jouer !

Se lancer dans la micro-brasserie : vous pouvez notamment trouver des infos sur le forum Brassage Amateur.

Créer sa coopérative : des infos ici, et pour les SCOP, par ici.

Découvrir d’autres coopératives brassicoles :
Les bières du temps
La brasserie Montflours
Tri Martolod
La brasserie des garrigues
– La brasserie de Nettancourt

*Evidemment, la bière contenant de l’alcool, elle doit être consommée avec modération !

Image writer

Rédigé par

Oriane Raffin

2 commentaires

Cliquez sur le + pour voir les commentaires. Et remplissez le formulaire ci-dessous pour commenter un article.
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

image commentary

La redaction

Publié le 12 mars 2015

Merci ! Il y a beaucoup de coopératives parmi les brasseries, on ne les a pas toutes ! On ajoute celle-ci à notre liste.

image commentary

Isabelle J.

Publié le 12 mars 2015

Et pour compléter le tableau, une autre brasserie en SCIC à Nettancourt, dans la Meuse : http://brasseriedenettancourt.fr !

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Conseils (de) pro

Job d’été : « au lieu de chercher l’offre, identifiez la structure qui vous intéresse »

Envie d’une expérience professionnelle et de renflouer votre compte en banque ? L’économie sociale et solidaire offre de nombreuses opportunités d’emploi saisonnier. Julie Ressot, conseillère au CIDJ, à Paris, nous livre ses recommandations pour dénicher un poste.

Rédigé par Oriane Raffin En savoir plus

Social, solidaire, etc.

Où et comment s’informer sur l’économie sociale et solidaire ?

Il n’y a pas que Say Yess dans la vie !

Rédigé par Say Yess En savoir plus

Culture

Des librairies de ville en ville, pour recréer du lien

A vélo ou en camion, ils ont décidé de se lancer sur les routes de leur territoire pour apporter la culture au plus près des habitants. Embarquement dans la tournée des libraires itinérants.

Rédigé par Jérémy Pain En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.