Agir au quotidien

Fricsol, le jeu qui sensibilise à l’entrepreneuriat social

Publié le 21 janvier 2015

Il se veut l’antithèse du Monopoly. Le but ? Non pas s’enrichir dans l’immobilier, mais coopérer pour développer une entreprise sociale. Démonstration avec des lycéennes.

Plateau du jeu Fricsol

La vie est un jeu, paraît-il. Pour ma part, je n’avais plus joué à un jeu de société depuis longtemps. Et à force de lire des articles sur les « serious games », il était temps de m’y mettre. Alors quand j’ai entendu parler de l’animation proposée par l’association régionale Cigales (Club d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire) Poitou-Charentes, autour de son jeu Fricsol, je me suis lancée !

Me voilà au lycée Doriole de La Rochelle. Jean-Yves Angst, président des Cigales Poitou-Charentes (et depuis peu, coprésident de la Fédération nationale des Cigales), est venu avec deux jeunes en service civique – Léa Gabillard et Tony Raux – présenter leur « anti-Monopoly », Fricsol. En face d’eux, une classe de terminale Gestion et Administration. Soit 21 jeunes filles. Après une brève introduction sur les Cigales, on passe à la pratique !

Entreprendre, c’est du boulot !

Le but du jeu est simple : développer une activité dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. Chaque joueur hérite d’un profil précis comme « Jeanne, 32 ans, mariée, 3 enfants, salariée, Bac +3 Assistante sociale » ou encore « Florian, 26 ans, célibataire, au RSA, BTS Tourisme ». La « carte de créateur » va même jusqu’à préciser les loisirs du créateur ou ses qualités et défauts : dépensier, timide, impatiente…

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On décide de jouer par binômes. Avec Chloé, nous sommes Florian, jeune homme au RSA qui veut monter une agence d’écotourisme au Togo. Les autres binômes veulent monter un bar biologique, lancer une entreprise de chauffe-eau solaire etc. Jean-Yves Angst explique : « Ces projets sont de vrais projets, qui ont été proposés aux Cigales et portés par de véritables entrepreneurs. Nous ne les avons pas inventés. »

Fan de jeux de société qui changent le monde ? Say Yess en a testé d’autres ici.

On commence à jouer. Le plateau regorge de cases « Défi ». Comme inventer un slogan, dessiner son logo et son local ou présenter son projet sans utiliser les mots-clés « projet », « entreprise », « salarié », « argent », « produit ». Oups ! Chaque binôme ou presque utilise un mot interdit… Pédagogue, Jean-Yves Angst propose d’écrire ce que l’on va dire pour mieux présenter son projet. Quant au choix du slogan, aïe, aïe, aïe ! Facile de se moquer de ceux que l’on entend à la télé mais pas si évident d’en concevoir un (en un temps record !). Avec Chloé, on opte pour « La nature au cœur » pour notre agence d’écotourisme. D’autres proposent : « Biogaz, c’est vraiment bio » ou « Avec Autopartage, on partage tout pour pas beaucoup de sous ». Sourires… Quant au dessin de notre local et notre logo, catastrophe ! Ni moi, ni mon binôme ne savons dessiner… Le Pictionnary n’a jamais été mon jeu préféré, on se moque autour de la table mais l’ambiance est bon enfant.

Se confronter aux dilemmes des entrepreneurs

Le jeu est l’occasion de se confronter aux dilemmes des entrepreneurs, comme à travers le choix de gagner 5.000 sols (NDLR : la monnaie du jeu) ou d’avancer de 4 cases. Maëva et Elodie choisissent d’avancer et tirent une carte qui leur annonce une dispute avec le père de l’une d’elles qui a investi dans leur magasin. Résultat : il se retire de l’affaire et elles perdent 20.000 sols… Toujours pédagogique, Fricsol s’inscrit dans la réalité en proposant, comme pour les projets, de vrais financeurs pour ses « cartes financeurs » : Initiative France, l’Adie, La Nef, Cigales ou France Active. Jean-Yves Angst en profite pour rappeler leur rôle et leurs différences.

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Tout au long du jeu, le joueur est confronté aux différentes démarches de l’entrepreneur : trouver un slogan, démarcher des financeurs, choisir d’investir (ou non) ou encore recevoir un fournisseur étranger. Un défi difficile : « Mais je sais pas parler anglais ! », s’exclame l’une quand l’autre précise qu’elle parle mieux portugais mais refuse de jouer le jeu. Je m’y colle mais l’exercice est périlleux. La partie est également l’occasion de faire le point sur les qualités d’un entrepreneur : « souriant », « bon communicant », « organisé », « compétent », « rigoureux ». Au final, pas de gagnante mais un moment d’échanges. Chacune a pu toucher du doigt la réalité de l’entreprenariat social mais les lycéennes ne se disent pas pour autant prêtes à monter leur propre entreprise à l’avenir.

Des jeux et des valeurs

Jean-Emmanuel Barbier prépare une thèse sur les interactions autour du jeu de plateau à l’EHESS. Selon lui, le jeu s’introduit aujourd’hui dans différentes sphères de l’activité, sous l’influence notamment de techniques managériales. « On constate un regain des jeux de plateau et le développement de jeux humoristiques (de société ou vidéos), en lien avec des valeurs humanitaires ou écologiques  ou qui prône une autre vision du management, de l’économie. C’est révélateur des questionnements, débats et tensions au sein de la société », explique le jeune homme.

S’ils prônent des valeurs et restent de bons outils pédagogiques, des jeux comme Fricsol, Pandémie ou Terrabilis ne suffisent pas pour faire changer les mentalités ou comportements. « Les gens ont l’habitude de jouer et sont donc plus critiques. Quand on joue à ce type de jeu, cela demande une forte implication dans l’activité. Ils développent la sociabilité quand le traditionnel Monopoly, par exemple, semble prôner le chacun pour soi et défendre le capitalisme. Or, à sa création, au début du XXe siècle, il s’agissait de démontrer que les positions monopolistiques ne fonctionnaient pas. Le jeu est fait pour créer des tensions, durer très longtemps… bref, pour ne pas fonctionner ! », rappelle le thésard. Au cours du jeu, « l’important est de savoir si le joueur peut s’intégrer dans le groupe et agir contre ses valeurs pour s’y maintenir ou s’il joue selon ses valeurs quitte à être exclu ». Des jeux comme Fricsol prônent la cohésion de groupe… mais chacun a sa personnalité.

Des jeux qui responsabilisent le joueur

Les Cigales ont mis au point un autre jeu : Solidarisk. S’il vise lui aussi à sensibiliser à la création d’activité et à l’ESS, il propose de le faire à travers le parcours de clubs Cigales. Au cours de la partie, chaque équipe joue le rôle d’adhérents à un club Cigales qui vont décider de soutenir ou non les projets d’entreprise qui leur sont soumis.

De son côté, Terrabilis propose de gérer le développement d’un pays avec un capital économique et énergétique et une quantité limitée de ressources sociales et environnementales. Un jeu pour sensibiliser au développement durable. Il existe désormais une application Terrabilis qui permet de jouer en local ou en mode multijoueurs.

Enfin, Dites-le en langue des signes, développé par l’association Signes de sens, est un jeu qui se propose de faire découvrir et apprendre à chacun la langue des signes. Le jeu réunit 100 cartes et une application vidéo mobile pour se familiariser avec les 50 signes de base, à travers des « défis » et des « actions ».

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Nuage de Cigales sur le Poitou-Charentes |

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