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Des ordis (et des profs) pour transformer les favelas

Publié le 5 novembre 2014

Au Brésil, un réseau d’ONG utilise des cours d’informatique et de robotique pour transformer les enfants des favelas en citoyens en herbe. Rencontre avec deux jeunes profs passionnés, dans la banlieue de São Paulo.

A l’occasion du mois de l’ESS, placé sous le signe de l’international, découvrez notre série de reportages à l’étranger !

« Regarde, tonton, c’est une voiture de pompier. La plate-forme pivote, le tuyau se déplie… Et l’eau sort ici ! » Gustavo, 13 ans, tend fièrement une machine en Lego à Patrick Costa, son jeune prof de robotique. Chaque midi, après l’école, le garçon court vers les locaux colorés de l’ONG Orpas, une maison agrippée à la colline d’une favela du sud de Sao Paulo. « Je suis bien mieux ici qu’à traîner dans la rue, au milieu de toute cette violence », reprend le gamin, soudain sérieux.

Tout en distribuant pièces et conseils de construction dans cette pièce aux murs défraîchis, Patrick, 19 ans, sait bien qu’il aide ses élèves à échapper aux fléaux du quartier. « Dans la rue, ils voient des gens se droguer, voler et même mourir… Ici, en quelques mois de cours, ils changent : les nerveux deviennent moins agressifs, les timides se libèrent… », raconte le jeune homme au grand sourire et à l’impressionnante coupe afro.

Ouvrir les horizons des enfants

Libérer la créativité des enfants les aide aussi, indirectement, à réfléchir à leur avenir. « Ils sentent qu’ils sont autonomes, qu’ils ont le pouvoir de créer et donc de décider par eux-mêmes », poursuit l’enseignant.

Originaire lui-même de la favela, il offre aux petits un autre modèle que celui du trafic de drogue ou du chômage, assure Talita Barreto, la coordinatrice d’Orpas : « Certains jeunes de 12-13 ans sont guetteurs ou livreurs et déjà trop impliqués dans le trafic pour pouvoir en sortir. Ici on offre d’autres options aux enfants. » Au total, 300 habitants des alentours bénéficient de cours, gratuitement pour les petits et à prix modique pour les plus grands.

Dans la salle de cours voisine, ce sont des ordinateurs qui ouvrent les horizons des élèves. « Avec internet ils sortent de leur quartier mais aussi de leur ville, de leur pays… Ils ont accès au monde entier ! », s’enthousiasme Victor Lima, le prof d’informatique.

Ses outils pédagogiques préférés sont les sites d’information et de documentaires. « Un garçon, par exemple, était très turbulent à cause de sa situation familiale, raconte le jeune homme de 20 ans. Après un reportage sur la faim en Afrique, il a réalisé qu’il avait de la chance, malgré tout. Il est beaucoup plus serein et dit qu’il veut travailler pour les enfants africains quand il sera grand. »

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© Hélène Seingier
Créer des applis utiles à leur quartier

Ces cours d’informatique citoyens sont propulsés par l’ONG CDI (Center for Digital Inclusion), née à Rio de Janeiro. Les jeunes élèves y apprennent aussi à créer des applications utiles à la communauté, par exemple pour informer les habitants sur les services publics disponibles dans la favela ou pour dénoncer les violences policières.

« Certains apprennent simplement à faire connaître leur travail, comme ces jeunes graffeurs qui peignaient les poubelles de leur quartier pour inciter les passants à les utiliser. On leur a montré comment communiquer, ils ont diffusé leur travail via internet et ça a tellement plu à la mairie qu’ils ont été embauchés pour reproduire l’expérience dans d’autres quartiers », raconte Debora Moraes, chargée de projet au CDI.

Ailleurs, de jeunes mères au foyer se révèlent douées dans les cours de montage vidéo. Elles se mettent donc à vendre leurs services et se créent ainsi un petit revenu. « Apprivoiser la technologie n’est pas une fin en soi, c’est un moyen pour transformer leur vie », conclut Debora Moraes. Vue la créativité de ces quartiers, la fatalité n’a qu’à bien se tenir.

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Rédigé par

Hélène Seingier

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Publié le 05 novembre 2014

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