Solidarités

Que change vraiment l’aide au développement ?

Publié le 21 août 2014

L’Agence Française de Développement (AFD) finance des projets dans près de 70 pays, à hauteur de 6,8 milliards d’euros. Comment les bénéficiaires sont-ils choisis ? Que changent vraiment ces programmes de développement ? Reportage dans une région reculée du Brésil.

Travaux école © E.M. Martiniano - F.-Lôbo

Une salle aux murs vert bouteille, quelques chaises et un micro pour les jours de spectacle, voilà la forme très concrète que prend l’aide au développement pour Moyses Duarte, 29 ans, et son frère Gabriel, 21 ans, profs de musique dans la bourgade brésilienne de Confins. « Les gens démunis ont peu accès à la culture, nous leur faisons découvrir des styles dont ils n’ont jamais entendu parler, comme le rock ou le jazz », expliquent les jeunes enseignants. Indirectement, leurs cours évitent aux jeunes de devenir des proies pour la petite délinquance et le narcotrafic.

La salle polyvalente, qui accueille aussi les cours de capoeira et le club du troisième âge, est sortie de terre grâce à Travessia, un programme de développement de la région du Minas Gerais. L’Agence Française de Développement (AFD) a apporté 300 millions d’euros via un prêt à taux réduit.

 

Des sanitaires à la maison pour la première fois

Bien souvent, les projets de développement sont dessinés depuis l’étranger ou les grandes villes et ne correspondent pas forcément aux besoins locaux. « Rien ne sert de suivre des idées préconçues, il faut s’adapter aux besoins du terrain », rappelle Christine Masson, attachée à la coopération de l’AFD pour la région. « Le Minas Gerais a identifié les communes où l’IDH* était le plus bas et a défini les priorités.»
Dans la commune de Capim Branco, Junia de Fatima Todde, l’assistante sociale, a procédé à un relevé des besoins maison par maison. « On a découvert que certaines familles faisaient leurs besoins dans les champs, c’était une situation intolérable ! », s’insurge la brune énergique.

On a reçu l’eau courante, grâce à une citerne de récupération de l’eau de pluie. Ça change notre quotidien.

L’un des bénéficiaires du programme Travessia est Anderson Barbosa de Carvalho : à 43 ans, ce père de six enfants dispose pour la première fois d’une mini-pièce avec douche, WC et lavabo, dans la cour en terre battue de sa maisonnette. « On a aussi reçu l’eau courante, grâce à une citerne de récupération de l’eau de pluie. Ça change notre quotidien », sourit timidement le manutentionnaire.

Une vingtaine de « blocs sanitaires » ont ainsi poussé dans l’ensemble de la commune. « On en a fini avec cette privation, désormais tous les domiciles sont équipés de sanitaires. Et des entreprises locales ont assuré les travaux, du coup ça encourage l’activité économique », poursuit Junia de Fatima Todde, toute fière d’annoncer que l’IDH de Capim Branco est passé de 0,58 à 0,69 en dix ans.

 

Un butin qui attire les convoitises

Agrandissement de l’école, incitation à l’alphabétisation… Au total la commune de 9000 habitants a reçu 200.000 euros d’aide au développement. De tels butins attirent forcément les convoitises, surtout dans un pays comme le Brésil, classé 72è sur l’index de perception de la corruption de Transparency International.

« Il faut être vigilant partout, même en France », reconnaît Christine Masson. « L’AFD travaille avec le Minas Gerais parce qu’il a démontré la transparence et la maturité de sa gestion. » La région a dû prouver sa capacité de remboursement, inventer des techniques pour mesurer l’impact du programme, et présente des comptes à ses bailleurs tous les six mois.

Paradoxalement, pour échapper à la corruption, les financeurs du développement finissent par « éviter » les zones à la gestion plus opaque. Or ce sont souvent des régions très défavorisées, où les besoins des habitants sont les plus criants.

 

Vous voulez vous former aux métiers du développement ? Tous nos conseils ici !

*IDH : L’indice de développement humain du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) est basé sur trois critères : l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation, et le niveau de vie. Il s’échelonne de 0 à 1, 1 étant l’indice de développement maximal.

 

Image writer

Rédigé par

Hélène Seingier

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Citoyenneté

« J’ai donné un sens à mon travail grâce au Service Civique ! »

Après avoir travaillé quelques années en tant que pâtissier, Mikaël Treilhaud Daramy se lance dans un service civique, poussé par une envie de changement. Un véritable tremplin vers le secteur de l’économie sociale et solidaire pour ce jeune de 23 ans.

Rédigé par Déborah Antoinat En savoir plus

Entreprendre, mode d'emploi

Pourquoi se compliquer la vie en créant une entreprise éthique et solidaire ?

Comme si créer une entreprise ce n'était pas suffisamment compliqué, certains y ajoutent des ambitions écologiques, sociales et solidaires... Seraient-ils un peu maso?

Rédigé par Laure Jouteau En savoir plus

Tech

L’agriculture urbaine boostée par le numérique

Et si les agriculteurs, jardiniers ou botanistes locaux s'unissaient aux acteurs du web ? C'est le principe des rencontres « Hackgriculture », proposées par le collectif « Nantes ville comestible » qui vise à mêler les énergies locales pour penser la ville comestible. Avec le numérique comme engrais.

Rédigé par Jeanne La Prairie En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.