Citoyenneté

L’argent local devient monnaie courante

Publié le 10 juin 2014

Le Sol-Violette à Toulouse, l’Abeille à Villeneuve-sur-Lot, la Miel dans le Libournais ou encore l’Eusko en pays basque… Depuis quelques années émergent au niveau local des « monnaies complémentaires ». Avec une soixantaine de projets en France, actifs ou en préparation, vous aurez peut-être bientôt dans les poches autre chose que des euros.

Changer les échanges

Comme son nom l’indique, la monnaie « complémentaire » ne remplace pas l’euro : elle n’est donc pas alternative. Pour un euro échangé, on reçoit en général un billet de la même valeur dans l’unité monétaire mise en place localement. Cet argent ne peut pas être épargné, il est utilisable uniquement sur le territoire, et parfois, il peut perdre de sa valeur au fil des mois pour inciter à le faire circuler… Alors, pourquoi participer à cette forme nouvelle de consommation ? « Parce qu’on change les échanges », explique Annie Vital, partie prenante de l’association qui gère La Mesure à Romans-Bourg de Péage (60 entreprises partenaires et environ 100 particuliers utilisateurs).

Soutenir les commerces de proximité

« S’il s’agit de faire circuler des billets entre bobos déjà convaincus, ça n’a aucun intérêt ! » s’exclame-t-elle. En effet, utiliser une monnaie locale pour le simple plaisir de dépenser des sous similaires à ceux d’un célèbre jeu de société serait certes sympathique, mais n’aurait pas beaucoup de sens. « C’est un espace socio-économique pour défendre les entreprises de proximité face à la grande distribution » résume Dante Edme-Sanjurjo, co-président d’Euskal Moneta, qui a lancé l’eusko (550 entreprises partenaires, 2 700 utilisateurs particuliers fin 2013). Epicerie, boulangerie, poissonnerie, restaurants, voire même kiné ou sophrologie… La gamme des commerces qui acceptent les monnaies locales peut être large et variée.

ici-on-accepte-la-mesure« L’intérêt du local, c’est qu’on s’oppose à la globalisation », affirme Annie Vital. Les commerçants partenaires, qu’on appelle les prestataires, peuvent être sélectionnés parce qu’ils sont indépendants, relèvent de l’économie sociale et solidaire, ou proposent une offre bio. Ils s’engagent parfois à promouvoir les produits locaux ou à recourir à des fournisseurs de proximité, dans une démarche de circuit court…  Les monnaies locales ont en commun l’ambition de relocaliser la production et la consommation au niveau territorial. Selon un sondage réalisé fin 2013, 25 % des utilisateurs de l’eusko ont ainsi poussé la porte d’un nouveau commerce parce qu’il acceptait l’eusko, et 62% ont découvert deux commerces ou plus. Il s’agit donc d’un outil de dynamisation du développement économique d’un territoire.

Renforcer la culture locale et le lien social

« On souhaite aussi faire la promotion de l’usage de la langue basque, menacée de disparition » indique Dante Edme-Sanjurjo quand il revient sur la genèse du projet. Pour lui, la monnaie locale est en effet l’occasion de lancer des actions concrètes en matière de soutien à la culture locale. Les commerçants qui acceptent l’eusko pratiquent le double affichage, en français et en basque, ou ne disent pas seulement « bonjour », mais aussi « Egun on ». Certains vont même jusqu’à suivre une formation en la matière pour honorer leur engagement.

Cependant, pas question pour Dante Edme-Sanjurjo de parler d’identité locale : « l’eusko est plutôt la preuve d’un attachement au territoire » nous confie-t-il. L’objectif, « ce n’est pas de s’enfermer autour de son clocher ! » renchérit Annie Vidal. Ces projets sont aussi là pour valoriser les caractéristiques propres des lieux où elle est utilisée, comme à Montreuil, où la monnaie locale s’intitulera La Pêche, en référence aux Murs à Pêche, héritage horticole de la ville. Mais aussi pour développer de nouvelles interactions entre les habitants et leurs commerçants, puisqu’il s’agit pour Philippe Derudder, auteur d’un livre sur le sujet, de « retrouver le pouvoir d’humaniser les achats » en privilégiant des producteurs avec qui l’échange n’est plus seulement financier, mais convivial et citoyen. « Ces monnaies répondent au désir de donner une valeur aux relations sociales et de les voir fructifier autour de soi » poursuit-il.

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Se réapproprier la monnaie

Autre enjeu de ces initiatives, celui de se réapproprier la monnaie, de redéfinir les relations du consommateur face à l’argent. Aujourd’hui, 97 % des flux monétaires mondiaux sont consacrés à la spéculation. « Nous avons organisé des réunions pour expliquer pourquoi il fallait remettre l’économie à sa place », déclare Annie Vidal. « La monnaie est un outil au service des citoyens, pas une fin en soi » conclut-elle. Si l’argent n’a toujours pas d’odeur, il a le mérite d’avoir retrouvé, avec les monnaies locales, un peu de son sens.

Aller plus loin

Consultez le site dédié aux monnaies locales complémentaires
Consultez la carte des projets, actifs ou en projet
Lisez le livre de Philippe Derudder « Les monnaies complémentaires locales. Pourquoi ? Comment ? », éditions Yves Michel ou regardez son film « la monnaie, du pouvoir d’achat au pouvoir d’être ».

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Rédigé par

Sébastien Levrier

6 commentaires

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laurent

Publié le 09 juin 2016

les monnaies de billion (or ou argent) sont aussi d'excellentes monnaies locales : pourquoi donc ne sont elles pas mises en avant : elles sont déjà frappées et en vente libre mais taxées ! peut être sont elles trop stables et anarchistes ?

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Sol-Violette: la monnaie comme outil d’apprentissage | Press Book Déborah Antoinat

Publié le 22 juillet 2014

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