Agir au quotidien

Sous la languette de mes chaussures équitables

Publié le 7 mai 2014

Et si le commerce équitable s’appliquait aussi à ce que vous portez aux pieds ? La marque française Veja prétend vendre des tennis bénéfiques à la planète et aux hommes qui les fabriquent. Nous avons remonté la filière, aux quatre coins du Brésil.

« Vous voyez les chaussures que je porte ? Elles sont faites avec mon propre coton bio, c’est une grande fierté ! » Joao Félix, agriculteur dans le Nordeste du Brésil, se sent inclus dans une grande chaîne depuis qu’il produit pour une marque de tennis équitables. « Avant je vendais mon coton mais je n’avais aucune idée du résultat final, se souvient-il sur sa petite parcelle bordée de cajouyers et de manguiers. Maintenant dès le semis, je sais que ça va se transformer en baskets. »

S’habiller et se chausser éthique et vert, c’est possible. Nos conseils par ici.

Réduire le nombre d’intermédiaires, rapprocher les consommateurs des producteurs, c’est un des principes du commerce équitable. Comme la chaîne comporte moins de maillons, chaque acteur engrange un meilleur salaire : Joao Félix et ses collègues empochent 2,45 euro par kilo de coton bio et équitable, soit 65% de plus que le prix sur le marché conventionnel.

Attention, ils ne roulent pas sur l’or pour autant ! Dans le hameau, blotti autour d’une église blanche, le principal loisir reste le billard du minuscule bar-épicerie. « Mais je n’ai plus besoin d’aller louer mes bras chez d’autres agriculteurs, nuance Joao Félix. L’argent pour acheter les vêtements ou les médicaments, il vient de ça. » De sa binette, il montre, dans la terre sèche, les tiges rougeâtres et les feuilles arrondies d’un plant de coton.

Le caoutchouc contre la déforestation

caoutchoucA 4.500 kilomètres de là, plein ouest, dans la forêt amazonienne, Cleudo Daraujo est en train de prendre une décision importante. Assis avec des collègues sous le toit circulaire qui sert de classe aux enfants du village, il écoute Biatriz Carvalho, représentante de Veja dans la région.

« Nous savons que l’inflation fait grimper le coût de la vie au Brésil. A votre demande, nous allons augmenter le prix d’achat de votre caoutchouc de 7 réais à 8,5 réais le kilo », expose la brune énergique. Voilà un autre principe du commerce équitable : fixer un prix juste, qui s’adapte aux conditions de vie des producteurs.

Cleudo prend la parole : « Si on vend le caoutchouc à ce prix-là, tu peux être sûre que la déforestation va diminuer dans la région ! » Et il ajoute, à notre attention : « Quand le prix du caoutchouc est trop bas, je préfère déboiser quelques hectares de forêt pour faire paître du bétail. Ca rapporte plus. »

>> Le chocolat aussi peut être équitable. Découvrez notre article ici.

Le lendemain, au petit matin, Erasme Santos quitte sa maison de bois. A grands coups de couteau, il se fraie un chemin entre les lianes et les arbres centenaires de la forêt vierge. Arrivé près d’un tronc plus large que les autres, il creuse une petite rigole dans l’écorce grise. Des perles de lait se forment aussitôt. « Voilà du futur caoutchouc, souffle l’agriculteur en récupérant le liquide blanc dans une écuelle. Pourquoi est-ce que j’irais déboiser alors que cet arbre assure l’avenir de mes enfants et de mes petits-enfants ? »

Le caoutchouc lui a rapporté 700 réais l’an dernier (230 euros), une petite fortune. « Ca m’a permis d’obtenir un crédit pour ma moto. Comme ça je peux emmener les enfants à l’école ou dans le bourg voisin s’ils sont malades », dit-il.

Un coût de production 4 fois plus élevé, et pourtant…

Le souci d’équité s’applique jusqu’au choix de l’usine de fabrication, près de Porto Alegre, dans le sud du pays : les ouvriers y sont payés correctement, avec des horaires raisonnables et des droits sociaux. « A la sortie de la fabrique, la moins chère de nos tennis nous a coûté 13 euros, auxquels s’ajoutent les taxes, le transport, etc. Si on produisait au Bangladesh ou en Chine ce serait quatre fois moins », expose François-Ghislain Morillion, l’un des cofondateurs de la marque.

vejaPourtant, une fois dans les boutiques à Paris, San Francisco ou Tokyo, les baskets ne coûtent pas plus cher que leurs concurrentes de marques multinationales. « On ne dépense pas un euro dans la pub, du coup tout le monde se paie mieux sans que le produit final soit hors de prix », révèle le jeune patron.

Si, pour vous, les baskets symbolisaient une mondialisation qui marche sur la tête, vous avez sans doute trouvé chaussure à votre pied.

Pour aller plus loin

Chaque année, la Plateforme pour le Commerce Équitable organise la Quinzaine du Commerce Équitable. Retrouvez les infos par ici.

Pour en savoir plus sur le commerce équitable, le REFEDD (Réseau des étudiants français pour le développement durable) y a consacré un guide très complet. Réalisé à destination des étudiants, il est cependant une source d’informations et d’idées d’actions pour tous.

 

Photos de l’article : Veja

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Rédigé par

Hélène Seingier

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Commerce équitable: des relations au-delà du lien producteur/vendeur - Say Yess

Publié le 13 mai 2014

[…] >> Retrouver un reportage auprès de petits producteurs brésiliens par ici […]

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