Projets inspirants, créateurs inspirés

Main dans la main : les étudiants parents peuvent aussi réussir

Publié le 2 avril 2014

En Guadeloupe, deux mamans étudiantes veulent lancer crèche parentale et accompagnement afin de mener de front études et vie de famille.

Catherine Daniel et Aurélie Charini, 26 et 25 ans sont deux jeunes mamans étudiantes guadeloupéennes. Confrontées à la difficulté à mener, de front, leurs études et leur rôle de mamans d’Alyssa 6 ans et Naïa 4 ans, les deux amies ont décidé de lancer l’association Main dans la main. Leur objectif : offrir une crèche parentale aux étudiant(e)s dans une situation similaire, tout en leur proposant un accompagnement, social notamment. Le projet des deux jeunes femmes, lauréat du prix Jeun’ESS de la Riposte d’Animafac, devrait voir le jour à la rentrée 2015. Elles racontent.

Quelle est votre expérience de mère-étudiante ?

Catherine, 3ème année de droit : J’ai eu ma fille juste avant mes examens de première année de droit. Je n’ai jamais arrêté la fac, mais j’ai dû repêcher quelques années. Et puis ma fille est asthmatique, elle a été hospitalisée et j’ai également loupé certains examens à cette période-là. En tant que mère, j’ai été obligée de jouer sur les années. J’ai fait le choix de ne pas passer toutes les matières d’un coup, mais je n’ai jamais arrêté et j’ai toujours réussi à participer aux cours.

Aurélie : Après le bac, je suis partie en école d’arts en Martinique. Quand j’ai eu ma fille, il n’y avait pas de crèche à proximité. Sans voiture, j’ai dû arrêter ma formation, car je n’aurais pas pu assumer mon enfant et mes études. Avec des cours de 7h à 18h, c’est impossible de concilier les deux. Rentrée en Guadeloupe, je me suis lancée dans une formation à distance dans le design, tout en travaillant en emploi d’avenir dans une mairie. C’est compliqué car on est livré à soi-même.

main-ds-la-main

Quelles sont les difficultés principales rencontrées par les parents étudiants ?

On constate un taux de décrochage important chez ces étudiants. Nous avons des amies par exemple qui ont dû arrêter après le bac, car elles n’avaient pas les moyens financiers nécessaires. Nous avons eu la chance d’être aidées par nos parents, et nous avons décidé de vivre en colocation pour nous soutenir. Mais c’est difficile d’assister aux cours, notamment aux TD le soir. La crèche permettrait de faire garder les enfants, en présence de professionnels de la petite enfance, lors des cours, des TD, des examens ou des heures à la bibliothèque, par exemple.

Il y a aussi un problème de statut. Les « parents-étudiants » ne sont pas reconnus. Quand on travaille à côté, on ne peut pas bénéficier de bourse, par exemple. Ou encore, en tant qu’étudiant, on ne peut pas toucher le RSA.

Outre la crèche, que souhaitez-vous proposer ?

L’accompagnement des étudiants, que ce soit social, administratif ou sur leurs projets est important. C’est toujours plus aidant d’être plusieurs. Nous ne sommes peut-être pas très nombreux dans ce cas, mais nous rencontrons des problèmes. Il y a aujourd’hui une course aux diplômes : on ne peut pas réussir sans. Avoir une aide peut nous permettre de les obtenir et permettrait donc une meilleure réussite pour nous. Même si cela ne concerne que 2 ou 3 étudiants par an sur notre campus, c’est toujours une victoire. Et nous envisageons des dispositifs pour redistribuer du matériel aux parents, comme des boîtes à vêtements, par exemple.

Quelle est votre expérience de la vie associative ?

Notre association est créée depuis un mois. C’est la première fois qu’on se lance dans le milieu associatif, on a déposé les statuts en ligne. On pensait pouvoir ouvrir tout de suite un compte bancaire… mais non, car les statuts ne sont pas encore publiés au Journal officiel ! On apprend sur le tas, on découvre les démarches, la paperasse. Mais ça ne nous empêche pas de promouvoir notre projet en parallèle.

En tant que lauréates de la Riposte, nous sommes suivies par Animafac. Nous avons par exemple assisté à un séminaire sur le montage de dossier et la gestion du budget prévisionnel. Cela nous a permis d’améliorer notre dossier de présentation… tout en rencontrant d’autres asso étudiantes.

Malgré la grève dans les universités en Guadeloupe, les deux jeunes femmes comptent bien continuer à mobiliser autour de leur projet. D’après une étude parue en 2013, sur leur campus, 300 femmes et 95 hommes étudiants ont des enfants à charge et pourraient donc bénéficier de cet accompagnement. Une idée qui a déjà traversé les frontières : leur projet a été salué par des étudiants en Europe et au Canada, en particulier pour le volet accompagnement.

Image writer

Rédigé par

Oriane Raffin

2 commentaires

Cliquez sur le + pour voir les commentaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

image commentary

De nouvelles crèches pour faire garder son enfant - Say Yess

Publié le 25 juillet 2014

[…] >> Découvrez ici comment deux jeunes mamans étudiantes ont eu l’idée de lancer une cr… […]

image commentary

Appels à projets: conseils de pros pour réussir sa candidature - Say Yess

Publié le 05 mai 2014

[…] plu dans le sens où il répond à un besoin social fort, explique Julie Pineau. Il s’agit de mettre en place une crèche parentale sur le campus pour les étudiants parents, afin de lutter cont…. Le projet tient bien compte des spécificités locales, en Guadeloupe dans ce cas précis, avec de […]

Sur le même thème

Décryptage

  • Co-création : entreprises classiques et sociales alliées pour la bonne cause

    Lire la suite
  • Modèle économique entreprise ESS

    À quoi ressemble le modèle économique d’une entreprise de l’ESS ?

    Lire la suite
  • Recycles © Kamel Secraoui

    Quand les chambres à air deviennent ceinture et les mobiles retrouvent une jeunesse

    Lire la suite
  • L’ESS, à quoi ça sert ?

    Lire la suite

Say yess tv

  • Ensemble, ici et maintenant

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • L’affranchi jardinier

    icone-youtube-play

    Par: Step Aside Project

  • Le tourisme m’a sauvé

    Alternative Urbaine à Paris - Solidarum
    icone-youtube-play

    Par: Solidarum

Nos derniers articles

Citoyenneté

« J’ai donné un sens à mon travail grâce au Service Civique ! »

Après avoir travaillé quelques années en tant que pâtissier, Mikaël Treilhaud Daramy se lance dans un service civique, poussé par une envie de changement. Un véritable tremplin vers le secteur de l’économie sociale et solidaire pour ce jeune de 23 ans.

Rédigé par Déborah Antoinat En savoir plus

Entreprendre, mode d'emploi

Pourquoi se compliquer la vie en créant une entreprise éthique et solidaire ?

Comme si créer une entreprise ce n'était pas suffisamment compliqué, certains y ajoutent des ambitions écologiques, sociales et solidaires... Seraient-ils un peu maso?

Rédigé par Laure Jouteau En savoir plus

Tech

L’agriculture urbaine boostée par le numérique

Et si les agriculteurs, jardiniers ou botanistes locaux s'unissaient aux acteurs du web ? C'est le principe des rencontres « Hackgriculture », proposées par le collectif « Nantes ville comestible » qui vise à mêler les énergies locales pour penser la ville comestible. Avec le numérique comme engrais.

Rédigé par Jeanne La Prairie En savoir plus

Afin d'améliorer votre expérience, Say Yess utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies, pour nous aider à analyser les audiences de ce site.
En savoir plus
Votre commentaire a bien été soumis. Il est en attente de validation.