Entreprendre, mode d'emploi

Devenir entrepreneur social : le déclic

Publié le 4 février 2014

Ils ont moins de 30 ans, de l’énergie à revendre et un jour ils se sont lancés dans l’économie sociale. Pourquoi ont-ils franchi le pas ? Qu’est-ce qui fait vibrer ces entrepreneurs pas comme les autres ? Réponses de quatre passionnés.

« L’idée m’est tombé dessus et je n’ai plus pu reculer. » Voilà comment Alexia Tronel, 27 ans, raconte l’origine de l’Atelier Bartavelle, une marque de vestes haut de gamme confectionnées par des femmes en insertion.

A l’époque Alexia travaillait pour un think-tank sur l’aide au développement. « J’avais rencontré beaucoup de gens inspirants et j’avais très envie de devenir entrepreneuse sociale moi aussi, d’incarner mes convictions, mais sans savoir dans quel secteur. »

La « révélation » est venue au détour d’une conversation, en marge d’une conférence : « Je connaissais la créatrice de mode Caroline Perdrix, qui voulait monter sa marque. Je connaissais l’atelier Tissons la solidarité du Secours Catholique. Et là, dans cette discussion de brainstorming, ça a été le déclic. » En février 2014 la marque prend son envol : les couturières ont confectionné la première collection automne-hiver.

Aligner travail et convictions

Qu’ils agissent dans l’artisanat, les services ou le commerce, les entrepreneurs sociaux cherchent à aligner travail et convictions. Coline Laugraud, 25 ans, fraîchement sortie d’école d’économie, aurait pu signer chez GDF directement après son stage de fin d’études. « J’ai refusé parce que je cherchais du sens dans mon travail. J’ai toujours voulu lier l’économie et le bien-être de la société, travailler en accord avec mes valeurs d’altruisme et de solidarité. »

De fil en aiguille la jeune femme se retrouve chargée de projet pour monter « Tab ed Séson », un restaurant locavore à Nogent-sur-Oise. « On va embaucher 10 personnes en insertion, contribuer à préserver l’environnement et à stimuler l’économie locale en achetant des produits de Picardie. Je ne peux pas trouver plus de sens que ça dans mon travail ! », se réjouit-elle.

Une entreprise peut à la fois avoir une activité économique et porter un projet politique.

« La questions du sens est importante pour notre génération parce qu’on voit des gens salariés depuis 20 ou 30 ans se faire licencier du jour au lendemain », renchérit Nicolas Mérigot, 27 ans. Cet ancien de la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) puis de l’Unef a trouvé sa voie en créant la coopérative « Solidarité étudiante », qui regroupe deux épiceries universitaires et six cafétérias à bas prix dans plusieurs facs. Il y croit dur comme fer : « Une entreprise peut à la fois avoir une activité économique et porter un projet politique. »

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« On redonne confiance à des personnes en rupture »

Faire bouger les lignes, c’est aussi ce qui anime Christophe André, 34 ans. Il s’est révolté lorsque, au cours de ses études d’ingénieur, on lui a demandé de fabriquer un objet à durée de vie limitée. « Je me suis dit qu’il fallait se réapproprier la technique, arrêter d’être dépendant des industriels », se souvient-il.

Il largue l’ingénierie, fait un détour par l’art et finit par lancer son association de « design libre », Entropie. Elle propose à des bricoleurs du dimanche d’auto-produire leurs objets : un énorme four solaire pour des organisateurs de festivals, des ruches pour un aspirant apiculteur ou encore un petit meuble sur mesure pour une bénéficiaire de la soupe populaire de Grenoble.

« On redonne confiance à des personnes en rupture et on leur permet de repartir avec un objet à eux », expose le designer militant, qui voit le carnet de commandes se remplir. Récemment trois jeunes ingénieurs ont rejoint Entropie car rien ne leur correspondait éthiquement dans l’industrie classique. La recherche de sens fait des émules !

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Rédigé par

Hélène Seingier

3 commentaires

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