Tendances de l'emploi

Métiers de la solidarité internationale : au-delà des clichés

Publié le 6 novembre 2013

Les professionnels de l’humanitaire ou de l’aide au développement font rêver. Mais ils ne sont pas à l’abri des frustrations, voire des gros coups de blues. Petit aperçu de la réalité quotidienne.

Photo CC FranceDiplomatie sur Flick'R

Une grosse gueule de bois. C’est la sensation qu’a eue Clara Jamart, de l’ONG Oxfam France, après ses premières négociations à l’ONU. Cela faisait deux ans qu’elle menait campagne contre les agro-carburants, accusés d’augmenter les prix des denrées alimentaires. « Les chercheurs et la société civile sont d’accord mais plusieurs pays bloquent les réformes, les discussions internationales n’ont rien donné, dit-elle. On se sent totalement impuissant face aux intérêts économiques en jeu, c’est très énervant. »

Loin des clichés de « sauveurs du monde », les métiers de l’aide au développement ont leurs côtés ennuyeux, voire franchement décourageants. « C’est difficile de monter des projets quand mes interlocuteurs, par exemple au ministère de la santé du Togo, ont perdu tout espoir de changement », raconte Romain André, chef de projet Santé à l’Agence Française de Développement (AFD).

80% du temps pour de la gestion

La population a besoin d’hôpitaux mais les délais sont longs et la corruption gangrène parfois le processus. « J’ai l’impression de passer seulement 20% de mon temps sur les questions de santé publique, résume le jeune homme. Le reste je le consacre à la gestion. »

Je n’avais pas réalisé que ce serait aussi difficile.

Dans certains pays c’est la sécurité et la logistique qui posent problème. En Afghanistan les élections du printemps prochain rendent le climat très tendu. « J’ai déjà été réveillé par des explosions, des coups de feu. Je ne suis pas autorisé à me déplacer seul dans les rues. Je n’avais pas réalisé que ce serait aussi difficile », raconte Clément, coordinateur d’une petite ONG d’éducation à Kaboul (le prénom a été changé). Sans compter les coupures de courant, les ordinateurs qui plantent régulièrement, le staff qui parle un mauvais anglais… « Heureusement que les Afghans sont des gens géniaux », sourit le jeune homme.

« Il y a de quoi devenir fou »

Dans les coins les plus perdus, les conflits d’équipe peuvent vite devenir insupportables. Frédéric Murat a connu sa mission la plus difficile dans un village de brousse de République Démocratique du Congo, pour Première Urgence. «  Il y avait les moustiques, la chaleur, les soucis de santé, le manque total de loisirs, raconte-t-il. Mais le pire c’est que je me suis très mal entendu avec ma collègue alors qu’on était ensemble 24h/24. Il y a de quoi devenir fou. »

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Réalité plus dure encore sur les terrains de guerre et de catastrophes. Management parfois autoritaire, risques d’enlèvement, scènes morbides… Chez MSF France, un expatrié sur 10 revient avant la fin de sa mission. « Quand vous arrivez dans une zone touchée par le choléra il y a des cadavres partout, rappelle Nicolas Veilleux, référent « gestion du stress » pour l’ONG. Sur le coup on fait les choses sans réfléchir, parce qu’on est dans un contexte d’urgence. Mais à un moment il faut parler de ce qu’on a vécu. »

Dans son bureau à Paris, le psychologue aide les professionnels à gérer les cauchemars, l’épuisement nerveux ou tout simplement les difficultés conjugales. « Ces personnes sont hyper-stimulées sur le terrain, tout le temps sous adrénaline, donc ici elles trouvent que tout est un peu fade, explique-t-il. Je les aide à se sevrer, à prendre des pauses. »

La maladie de l’humanitaire, dit-il, c’est de banaliser l’anormal. A méditer avant de s’envoler !

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Rédigé par

Hélène Seingier

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