Dis-moi pourquoi tu bosses

Chargé-e d’insertion: un job de caméléon

Publié le 30 octobre 2013

Inutile de demander à Mélanie Robin et à Aude Rochette, 25 ans, ce à quoi peut bien ressembler leur journée type. Elles vous diront de concert que le métier de chargé-e d’insertion sociale et professionnelle se réinvente tous les matins. Un job pas toujours facile, mais intense et passionnant. Say Yess a voulu en savoir plus.

« Cap 18 » : une  zone industrielle située tout au bout du monde (ou de la rue d’Aubervilliers, à Paris). Après de nombreuses voies et portes d’accès, on arrive enfin chez Ares Services Paris. A 8h30, tout le monde s’affaire déjà depuis un moment. Un salarié, équipé d’un transpalette, circule dans l’entrepôt pour préparer l’expédition de commandes. Un peu plus loin, d’autres emballent des produits de beauté. Au premier étage, un dernier s’occupe de la mise sous pli de documents.

Ares Services Paris offre une grande variété de prestations : conditionnement de produits, logistique, sous-traitance industrielle, nettoyage écologique de véhicules, etc. Mais la spécificité de l’entreprise réside dans ses salariés : une trentaine d’entre eux sont en insertion. Car si Ares Services cherche, certes, à développer son chiffre d’affaires et sa clientèle, elle a aussi un projet social. Son objectif est de redonner à des personnes en difficulté (chômeurs de longue durée, jeunes sans qualifications, etc.) leur place dans la société en se servant du travail comme colonne vertébrale de leur parcours.

Pour faire tourner la boîte, Mélanie et Aude, chargées d’insertion sociale et professionnelle au sein de la structure, jouent un rôle essentiel. Elles veillent en effet au quotidien à ce que les salariés en insertion gagnent en autonomie et reprennent confiance en eux.

Pas le temps de s’ennuyer

« Ce n’est jamais la même histoire, on n’a pas le temps de s’ennuyer », affirme d’entrée de jeu Mélanie. Les personnes qu’elle accompagne, depuis la signature de leur contrat jusqu’à leur sortie de l’entreprise, peuvent en effet avoir des problèmes médicaux, juridiques, d’addiction ou de logement à traiter. Une priorité avant de pouvoir se lancer concrètement dans la recherche d’un emploi plus classique, l’objectif final.

Notre objectif est de leur ouvrir le champ des possibles

Pour les aider, les deux chargées d’insertion sociale et professionnelle mobilisent une grande variété d’outils disponibles dans l’entreprise : check-up santé, régularisation des situations administratives, formation sur la gestion des budgets, etc. Une équipe emploi/ formation et un médecin bénévole agissent à leurs côtés.

Une fois ces questions réglées, elles aident également les salariés à formaliser leur projet professionnel, à rédiger leurs CV, à dénicher des entretiens et à rencontrer des professionnels. « Notre objectif est de leur ouvrir le champ des possibles » assure Mélanie.

« L’entreprise d’insertion n’est pas un cocon »

« Nous sommes des généralistes, on se réfère à des spécialistes avant de passer à l’action. » indique Aude, avant d’ajouter : « On est un peu des caméléons, on s’adapte en fonction des situations. ».

Mais si elles n’hésitent pas à passer des coups de fil à la CAF ou à la Sécu, c’est toujours en présence du salarié en insertion, car l’objectif est qu’il agisse par lui-même. « On insiste sur la notion de tremplin », argumente Mélanie, « l’entreprise d’insertion n’est pas un cocon ». Et pour cause : le parcours du salarié en insertion ne peut pas durer plus de deux ans. « L’enjeu, c’est de les faire quitter Ares » souligne-t-elle.

Ne pas fermer les yeux

Un défi qui motive les deux jeunes femmes. « Travailler dans une structure d’insertion, ça me parle » témoigne Aude, qui exerçait précédemment la fonction de chargée d’affaires dans une boîte d’intérim, « J’avais envie de ne pas fermer les yeux sur les personnes en difficulté. » Mélanie complète : « J’ai l’impression de faire avancer des gens, très concrètement, dans leur parcours de vie ».

Pour devenir chargé d’insertion sociale et professionnelle, pas de parcours prédéfini, même si elles préconisent toutes les deux la formation en alternance de  l’AFPA. « Il faut surtout savoir prendre du recul et créer un climat de confiance », souligne Aude. « Car on peut parfois gérer des cas difficiles » ajoute-t-elle. « L’essentiel, c’est quand même d’être bien dans ses baskets pour faire ce métier ! » renchérit Mélanie.

Redonner espoir

Il suffit de discuter avec l’un des salariés en insertion pour se rendre compte des raisons pour lesquelles Aude et Mélanie ont tellement la pêche. Ahmed est salarié chez Ares Services depuis un an. « Les grands patrons ont toutes leurs assistantes, nous aussi ! », plaisante-t-il avant de corriger : « Elles nous aident à régler nos problèmes, nous réconfortent parfois, nous redonnent un peu d’espoir. »

Ahmed a 60 ans et considère son âge comme un handicap pour devenir agent d’accueil. C’est pourtant ce qu’il souhaite, après avoir travaillé dans la logistique. Grâce à l’accompagnement d’Aude, il ne se sent plus « en bas de l’échelle » comme à son arrivée. Il sait à présent ce qu’il vaut et considère son parcours comme « complètement réussi ». « Leur  métier est noble, j’aurais pu le conseiller à mes enfants ! » conclut-il avec le sourire en parlant d’Aude et de Mélanie. Un signe incontestable de l’utilité de leur profession.

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Rédigé par

Sébastien Levrier

5 commentaires

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Chloé

Publié le 27 septembre 2017

Merci pour cet article très intéressant :)

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amagat

Publié le 30 mars 2017

Bonjour , je suis a la recherche d'un repreneur sur un Domaine a Toulouse . Activité : cuisinier traiteur,chambre d’hôtes et évènementiel Possibilité d'une formation de gestion et de financement ... une chance a ne pas manquer . Corine Amagat chef d'entreprise

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