Solidarités

Solidarauto 49 : la mécanique au service de l’insertion

Publié le 12 août 2013

Tout l'été, Say Yess vous fait découvrir les articles des lauréats du Prix Charles Gide. Direction le Maine-et-Loire et un garage pas comme les autres où mécanique rime avec insertion.

Chaque année, la Fondation Crédit Coopératif organise le prix Charles Gide du « meilleur reportage en économie sociale ». Les étudiants de dernière année des 13 écoles de journalisme reconnues par la profession peuvent y participer. Jeunes journalistes et économie sociale, ça ne peut qu’intéresser Say Yess ! Nous vous proposons de découvrir sur le site les articles primés.

Cette semaine, retrouvez l’article de Boris Hallier, 2ème prix Charles Gide, fraîchement diplômé de l’IPJ.

Solidarauto 49 : la mécanique au service de l’insertion

Faciliter la mobilité et aider à l’insertion sur le marché du travail. C’est le double objectif que se sont fixés les bénévoles d’un garage solidaire à Trélazé, dans le Maine-et-Loire. Depuis deux ans, des personnes en difficulté financière viennent y acheter ou réparer leur voiture à moindre coût.

L’endroit a tout d’un garage normal. Des voitures entreposées sur un grand parking. L’odeur d’essence qui embaume un hangar où s’affairent des hommes en bleu de travail, les mains noircis par le cambouis. Seule la pancarte à l’entrée indique la particularité de ce garage. Solidarauto 49 a ouvert ses portes en octobre 2010. Le président de cette association, Paul-Bernard Eimery, bénévole au Secours Catholique, est parti d’un constat : « J’ai remarqué que de nombreuses personnes en situation de précarité étaient obligées de contracter un microcrédit pour s’acheter une voiture.70% des demandes de microcrédits sont destinées à l’achat ou l’entretien d’un véhicule. Il y a un vrai besoin. »

Avec d’autres bénévoles, il lance ce garage solidaire à Trélazé, ancienne cité minière près d’Angers, qui proclame fièrement son titre de capitale de l’ardoise. Aujourd’hui, les puits qui se dressent dans les carrières ne tournent plus. Le taux de chômage atteint les 20% et le nombre de personnes touchant le Revenu de Solidarité Active est trois fois plus élevé que la moyenne départementale.

Coût d’une réparation : 29 € net de l’heure

« La voiture est indispensable pour ces travailleurs pauvres qui cumulent les contrats d’intérim », explique Paul-Bernard Eimery. C’est le cas d’Angélique, jeune maman de trente ans qui se retrouve au chômage en novembre 2012. « C’est à ce moment-là que mon ancienne voiture a décidé de me lâcher », sourit-elle. Elle rachète alors une voiture d’occasion sans imaginer l’importance des réparations à faire. « Je suis allée à Solidarauto pour effectuer un contrôle technique. Il y avait tout à réparer : les kits de freins, les pneus… J’ai déboursé 800 €. Dans un garage normal, ça aurait été le double. »

Les responsables des garages de l’agglomération angevine ont d’ailleurs vu d’un mauvais oeil la création de ce garage solidaire. Avec un coût de réparation de 29 € net de l’heure, presque deux fois moins que chez eux, ils ont vite pointé du doigt un cas de concurrence déloyale. Car l’Etat a imposé à l’association que les services de réparation soient ouverts à tous les clients, quelques soient leurs conditions de ressources.

« De toute manière, les personnes qui viennent nous voir ne seraient jamais allées dans ces garages, remarque Paul-Bernard Eimery. La plupart ont des revenus inférieurs à 1000 euros et peuvent donc bénéficier des tarifs préférentiels. Certains demandent même à payer en trois fois pour des factures inférieures à 100 euros. »

Donner une deuxième vie aux véhicules

En plus des réparations, Solidarauto 49 est spécialisé dans la vente de voitures. L’association en reçoit une douzaine par mois grâce à des dons de particuliers ou d’organismes comme le Conseil Général du Maine-et-Loire. « C’était un pari un peu fou. Nous nous demandions si les gens étaient vraiment prêts à donner leur voiture. Finalement, ça marche. Nous sommes même allés à Toulouse ou Tulle pour récupérer des voitures et leur donner une deuxième vie, raconte Jean-Marie Beaucourt, le trésorier de l’association. Toutefois, nous en refusons certaines. Il ne faut pas que la consommation de carburant soit trop importante ou les réparations trop coûteuses. »

Dans le bureau du chef d’atelier, Françoise signe les derniers documents pour valider le don de sa Citroën AX. « Elle est évaluée à 780 €. Mais cette voiture m’a tellement rendue service que je voulais rendre service à mon tour », explique la retraitée, qui, grâce à ce don, peut obtenir une déduction fiscale. Des voitures comme celle de Françoise, Solidarauto 49 en vend une centaine par an à des bénéficiaires de minima sociaux.

L’insertion par la mécanique

Mais avant la vente, il faut parfois mettre les véhicules aux normes. Dans le hangar, six mécaniciens en contrat d’insertion les inspectent et les réparent. « Ce sont des autodidactes, des personnes qui n’ont pas de diplôme et qui grâce à nous bénéficient d’une vraie formation », se réjouit Paul-Bernard Eimery.

Penché sur le moteur d’une 206 rouge, Idriss répare une pompe à eau. Arrivé en France il y a trois ans, ce trentenaire d’origine tchadienne a appris les rudiments du métier en Arabie Saoudite, dans un garage de l’entreprise General Motors. Grâce à Solidarauto 49, il valide ses compétences. « Je fais tout ici, s’amuse-t-il. Je fais les devis et je répare n’importe quel type de moteur. » En juin, Idriss aura terminé son contrat de deux ans. Il espère ensuite être embauché dans un garage de la région.

Un équilibre difficile à maintenir

« Le fait d’avoir des mécaniciens en contrat d’insertion prouve que nous ne sommes pas un garage normal, analyse Jean-Marie Beaucourt. Les contrats étant de deux ans, le turn-over est important et la productivité moindre. Nous repartons de zéro à chaque fois. » L’association a ainsi du mal à maintenir son budget à l’équilibre. Son chiffre d’affaires tourne autour de 500.000 euros. Une somme qui permet de financer 80% de l’activité. Le reste est financé par des subventions. Car il faut pouvoir verser les salaires des six mécaniciens et des cinq salariés qui assurent la partie administrative.

Les bénévoles ont donc imaginé un autre service pour diversifier l’activité : la location de voitures. « Cela permet à des saisonniers de travailler sans pour autant investir dans une voiture. » Là aussi, les prix varient en fonction des revenus : de 1 € à 18 € par jour selon la durée de location.

« C’est difficile mais nous y croyons, affirme Paul-Bernard Eimery. En plus de l’aide apportée aux personnes en situation de précarité, nous avons créé onze emplois. » Malgré les difficultés, de nombreux garages solidaires comme celui de Trélazé ont vu le jour en France. Il en existe environ 90. Le dernier à avoir ouvert ses portes se trouve à Guichen, près de Rennes. Un autre devrait être créé d’ici la fin de l’année à Quimper. De nouveaux « garages de la débrouille » pour faciliter la vie des plus démunis.

Cet été, Say Yess vous fait découvrir les articles des trois lauréats 2013 du Prix Gide.
Retrouvez le premier, « Proplast, le plastique c’est fantastique« , et le troisième, « Marseille, j’irai dormir dans les quartiers nord« .
Par ailleurs, le site Terri(s)toires propose un article d’un candidat au prix, sur Ty Losket, une ferme citoyenne en Bretagne.

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Say Yess

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Marseille : j'irai dormir dans les quartiers nord - prix Charles Gide

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[...] Solidarauto 49 : la mécanique au service de l’insertion [...]

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Prix Charles Gide : Proplast, le plastique c'est fantastique - Say Yess

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Prix Charles Gide : promouvoir l’économie sociale auprès des futurs journalistes - Say Yess

Publié le 12 novembre 2013

[...] « Proplast, le plastique c’est fantastique« , le second, « Solidarauto 49 : la mécanique au service de l’insertion« , et le troisième, « Marseille, j’irai dormir dans les quartiers [...]

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