Projets inspirants, créateurs inspirés

Gaïdig, une battante qui « ose remettre en question les modèles préétablis »

Publié le 22 janvier 2018

15 millions de personnes n’ont potentiellement pas accès à l’emprunt bancaire. Gaïdig Le Moing, créatrice de we moë, est l’une d’elle. En partenariat avec le monde des assurances, elle tente de trouver des solutions pour y remédier.

We moë - Gaïdig Le Moing

« Depuis toute petite, j’ai baigné dans le milieu associatif. Mes parents organisaient le téléthon à Quimperlé. Mon grand frère avait une myopathie de Duchenne. » Gaïdig Le Moing a 29 ans et porte un projet prêt à révolutionner le monde des assurances. Mais le cheminement qui l’a poussé à se lancer dans le projet we moë, ne vient pas de nulle part. Il est profondément lié à son histoire personnelle et à l’engagement qui la porte depuis son plus jeune âge.

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Que signifie we moë ?

« « Moe », c’est rêve en tahitien, j’ai ajouté les trémas pour le côté breton. Et « we » : c’est nous en anglais, mais aussi « oui » phonétiquement. »
Gaïdig Le Moing

Pendant ses études de gestion et d’économie appliquée au développement local, Gaïdig vit un épisode douloureux. A 22 ans, elle est victime d’un AVC… sans séquelles. Mais la jeune femme, battante, passe ses partiels et continue sa route. Elle fait son stage de fin d’études au sein de l’association Entreprendre au féminin, qui se transforme en CDI. Elle accompagne des femmes entrepreneures dans leur parcours jusqu’à la création d’entreprise.

We moë - Gaïdig Le Moing

Mais un jour son passé médical la rattrape. A 25 ans, avec un CDI, un salaire et un apport, elle décide d’acheter un appartement. Elle a alors tous les accords de principe pour un prêt. « Je me dis alors qu’avec mon souci de santé, je risque d’avoir une surprime sur mon contrat d’assurance. Personne ne m’alerte quand j’en parle, je suis donc très confiante. »

Mais lorsque la réponse des assurances arrive, elle tombe des nues : « L’assurance de la banque refuse de m’assurer pour mon prêt car je présente des risques de santé. » Concrètement, les assurances s’engagent pour le remboursement d’un prêt avec trois types de garanties : l’ITT (Incapacité Totale de Travail), la PTTA (Perte Totale et Irréversible d’Autonomie) et la garantie décès.  Les propositions d’assurances qu’elle reçoit excluent les 2 premières garanties.

Voyager pour mûrir son projet

Cet épisode la traumatise, elle se sent stigmatisée. Mais là encore, Gaïdig décide de poursuivre sa vie et l’enfouit au fond d’elle-même… avant de tout quitter pour partir voyager à l’autre bout du monde. « J’ai acheté un billet pour la Polynésie, j’ai quitté mon emploi et j’ai tout vendu. C’était en 2015, j’avais 27 ans. »

Gaïdig prend du recul puis revient en France, re-bosse encore un peu comme conseillère à la création d’entreprise. Et son projet, qui a eu le temps de murir au fil de ses expériences de vie, prend forme. Au printemps 2016, elle décide enfin de se lancer. « Je reprends alors en détail la convention AERAS (mise en place par l’Etat et co-signée par les représentants de la banque, des assurances et des associations de malades. Elle permet un examen particulier du dossier médical des personnes en « risque aggravé de santé » dans le but de favoriser l’accès à l’emprunt. Mais elle ne crée pas une solution adaptée qui permet réellement cet accès). Je me demande qui est concerné, quelles problématiques ont-ils, qui interagit. » Elle réalise alors que 15 millions de personnes n’ont potentiellement pas accès à l’emprunt bancaire, comme celles qui présentent des problématiques de santé.

« On peut remettre en cause les modèles préétablis, car derrière il y a des projets de vie. »

La success story commence alors. Gaïdig suit une formation « Entrepreneuriat social et femmes » à HEC et sent vraiment le potentiel de son projet. En un an, elle intègre l’incubateur Tag 29 de l’ADESS29 en pays de Morlaix, « car je sais bien à quel point il est important de se faire accompagner et challenger ». Puis elle est prise pour le programme Ticket for change 2017, qui lui permet d’avancer plus vite et de gagner en visibilité nationale. « A la suite de ça, des banques et des assurances ont pris contact avec moi. ». Elle formalise le projet : we moë se fixe comme objectif de fournir des informations désintéressées et de permettre l’accès à l’emprunt bancaire à des personnes avec des problématiques de santé.

[ Gaïdig Le Moing​ – Se réapproprier ses rêves]

[Gaïdig Le Moing // Se réapproprier ses rêves] Rêver d'acheter une maison, d'entreprendre, de faire des projets… ça demande parfois de l'argent que vous n'avez pas ! Ce rêve est d'autant plus loin quand votre banque vous refuse un emprunt parce que vous présentez… "un risque de santé" ! Gaïdig a décidé d'en finir avec cette situation en créant we moë ! Découvrez son projet et son incroyable détermination dans ce tout nouveau #humansforchange ;)Demain, à mi-parcours du #PE2017, Gaïdig et nos 57 autres entrepreneurs, débarquent à Paris pour 2 jours de séminaire 🙂 Pour patienter, retrouvez leurs projets entrepreneuriaux ici : http://www.ticketforchange.org/nos-entrepreneurs/…Pour plus d'infos sur WE MOË : > Facebook : https://www.facebook.com/wemoeFR/> Twitter : https://twitter.com/wemoeFR > Web : http://we-moe.fr/

Posted by Ticket for Change on Wednesday, October 18, 2017

 

Aujourd’hui, we moë est solidement accompagné avec un budget de 40 000 euros, une association de préfiguration pour réaliser une étude de faisabilité, un partenariat avec des actuaires pour travailler sur des contrats mutualisés (avec une personne présentant des risques de santé et d’autres qui n’en présentent pas pour équilibrer les risques), une levée de fond pour créer un fond de dotation…

Les soutiens se succèdent (Bretagne Active, l’ADESS, le Crédit mutuel Arkéa, le Département du Finistère) et we moë est lauréat de nombreux appels à projets (Ecosol du Pays de Brest, Prix régional ESS 2017 de la Cress, Prix de la Fondation Cognacq-Jay, Fondation Guyomarc’h).

Pour Gaïdig, we moë cherche des solutions concrètes pour que les personnes présentant des risques de santé ne soient plus exclues du prêt bancaire. « Mais le projet porte aussi une vision de la société : celui d’oser remettre en question ce qu’on nous dit. Il y a des vérités préétablies basées sur un modèle, mais on peut faire autrement et remettre en cause les modèles ! Car derrière, il y a des projets de vies d’hommes et de femmes. »

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Rédigé par

Emmanuelle Genoud

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Daniel

Publié le 22 janvier 2018

Super projet. Bravo. Ayant été confronté au problème du "risque de santé" (hypertension artérielle) et donc ayant subi une majoration de la prime d'assurance du prêt pour un achat d'appartement (et exclu de l'assurance en cas de problème lié à mon "risque de santé) je suis de tout cœur avec vous.

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