Entreprendre, mode d'emploi

Les agriculteurs reprennent la main sur la machine

Publié le 16 février 2018

Renouer avec des savoirs paysans oubliés afin de retrouver une autonomie vis à vis d’un matériel agricole de plus en plus cher et sophistiqué. C’est l’objectif des formations d’auto-construction dispensées par l’Atelier paysan. Entraide et de partage d’expériences.

Paysan et ne pas savoir souder, c’est comme être cycliste et ne pas savoir changer une roue de vélo.” La formule de Baptiste retranscrit bien l’ambiance qui règne durant ces trois jours de formation auxquels il participe. Comme lui, ils sont une dizaine d’agriculteurs ou aspirants au métier à s’être installés dans un atelier du lycée agricole de la Côte-Saint-André (Isère). Ils se sont inscrits à une formation de l’Atelier paysan pour apprendre des savoirs uniques, de soudage, de découpe et de perçage des métaux dans le but de créer leur propre matériel agricole. Et pas n’importe lequel : celui-là ne se trouve pas chez les vendeurs conventionnels. “Pour améliorer les pratiques culturales, en bio et plus respectueuses de la terre, il fallait de nouveaux outils. Pour être le moins dépendant possible de machines très onéreuses” constate Baptiste qui s’installe en bio dans l’Ain.

 

 

Ici, les outils s’appellent cultibutte, rouleau Fakir ou butteuse à planche. Autant de matériaux qui sont confectionnés lors des journées de formation et reproductibles à domicile grâce à la mise à disposition librement des plans sur le site de l’Atelier paysan. “Notre idée : c’est le respect de la vie des sols. On s’éloigne des outils qui les traumatisent pour des outils plus respectueux, sans laboure” résume Grégoire Wattinne, formateur à l’autoconstruction.

Prendre confiance

 

Outre la construction d’un matériel adapté, les formations de l’Atelier permettent aux paysans de prendre confiance en eux face à des outils qui peuvent être techniques. “Si tu as fabriqué un outil de A à Z, tu n’as pas peur de mettre un coup de meuleuse dedans ou de faire un trou” renchérit le formateur.

 

 

Loïc travaille de son côté sur un outil de désherbage, qui arrache les plantules, sans détruire la culture. C’est sa deuxième participation à un atelier. Pas encore installé, il veut mettre toutes les chances de son côté pour l’avenir. “J’aspire à devenir maraîcher, je veux tout savoir sur le matériel que je vais utiliser, savoir le faire et le réparer.” Les rencontres permettent également à de nouveaux paysans de pouvoir se créer un cercle de relations, utile au lancement de leur activité.  “Passer des jours entiers avec des personnes dans le même délire que toi, c’est intense. On parle d’agronomie, de choix des espèces” poursuit Loïc.

 

Une coopérative en expansion

Organisé en coopérative, sous le statut SCIC, l’Atelier Paysan, basé en Isère, n’a cessé de grandir ces dernières années et compte aujourd’hui 11 salariés. En 2016, 70 formations ont été dispensées à travers la France. Leur succès vient en grande partie de l’intérêt que portent les néo-paysans sur une agriculture alternative mais pas seulement. “On croise des agriculteurs conventionnels qui veulent également basculer vers le bio” précise le formateur Grégoire Wattinne.

 

 

L’Atelier Paysan possède quatre camions-ateliers bardés d’outils et de postes de soudure qui sillonnent le territoire pour s’installer dans des ateliers vides où seule est disponible l’électricité. Peu à peu, la coopérative se diversifie pour aller sur d’autres secteurs comme le travail du bois et l’électronique libre. Paysans oui, mais pas déconnectés du monde actuel pour autant.

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Jérémy Pain

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