Solidarités

Les Youtubeurs au service des ONG

Publié le 12 janvier 2018

On les attend plus sur les anecdotes du quotidien, l’humour ou les tutos beauté, dans des vidéos suivies par des milliers de (jeunes) fans. Pourtant certains de ces influenceurs s’aventurent sur d’autres terrains et mettent leur notoriété au service de causes engagées.

451 851 euros : c’est le montant des dons récoltés par une trentaine de ​streamers du 8 au 10 septembre dernier au bénéfice de la Croix Rouge pour venir en aide aux victimes de l’ouragan Irma. À l’initiative notamment de ZeratoR (Adrien Nougaret de son vrai nom), des professionnels du jeu vidéo sur Internet se sont relayés pendant 50 heures pour enjoindre les spectateurs à faire un don. D’un genre nouveau, ces marathons caritatifs réinventent la manière de mobiliser. Et touchent de nouvelles cibles, plus jeunes, redorant au passage l’image des ​gamers, communauté très souvent décriée pour son égocentrisme.

Comme ces joueurs de jeux vidéo, de nombreux influenceurs mettent aujourd’hui leur notoriété au service de diverses associations. En novembre dernier, la Youtubeuse voyage / lifestyle Léa Camilleri passe une nuit avec les membres du Samu social de Paris lors d’une maraude pour venir en aide aux femmes sans-abri. Face caméra en quatre minutes, la jeune femme fait découvrir à sa communauté de plus de 500 000 “followers” “un monde trop peu connu” et appelle à soutenir les actions de l’association, notamment financièrement.

Toucher les plus jeunes

C’est la première collaboration de l’organisme avec un influenceur. “Il y avait quelques doutes au début, reconnait Stéphane Delaunay, directeur de la communication du Samu social de Paris. Il y avait une crainte d’être en décalage avec nos sujets qui sont durs, la nuit, la maraude et elle. Mais ce fut une belle surprise. Elle a fait un gros travail pour décrire l’état d’esprit.” S’il admet que la contribution de la vidéaste a davantage apporté de la visibilité que provoqué un vrai impact sur les dons, le responsable de la communication ne s’interdit pas de reproduire ce partenariat à l’avenir. “Nous n’avons pas comme les autres associations de fichier de donateurs réguliers. Il faut trouver d’autres leviers, y compris pour toucher des publics plus jeunes, sensibles à ces causes et engagements.” Récemment, sur le même modèle, c’est le vidéaste Guilhem qui est allé cuisiner avec des membres du Secours Populaire.

Si des youtubeurs s’engagent de manière sporadique, d’autres ont fait le choix de faire de leur engagement militant le fondement de leurs propos. Vincent Verzat est vidéaste à lyon. Sous le nom “Partager, c’est sympa”, il sensibilise sa communauté aux enjeux environnementaux avec des vidéos dans lesquelles ils n’hésitent pas à se placer aux côtés des ONG sur le terrain. “Je suis vidéaste activiste, je fais partie de l’action” se décrit-il.  “Je me mets au service d’une mobilisation plus large. Je ne pourrais pas dire aux gens de s’engager sans sortir de chez moi.”

Des collaborations fructueuses

Ce nouveau format de vidéo lui permet de collaborer avec des organismes comme Alternatiba, Les Amis de la Terre, ATD Quart Monde ou encore 350.org. Autant d’ONG qui avaient des difficultés à mobiliser en dehors des cercles de militants convaincus et de personnifier leur cause avec un visage. “Notre collaboration avec lui durant les deux semaines de négociations de la COP23 a été très positive. Les vidéos produites ont permis de rendre accessibles des sujets difficiles pour le grand public” reconnaît Simon Coquillaud, responsable communication chez Réseau Action Climat. Les collaborations fructueuses permettent aujourd’hui au jeune vidéaste de s’entourer de trois autres personnes et même d’envisager la création d’une Scop pour structure son activité.

D’autres ont en revanche fait le choix de passer outre les ONG pour recueillir des fonds. Non sans interrogations ou polémiques, les influenceurs rassemblés aux côtés de Jérôme Jarre sous la bannière “Love Army” ont fait le choix de transférer directement les fonds récoltés sur les théâtre d’opération de secours. Leur dernière mission : venir en aide aux Rohingyas, la minorité musulmane persécutée en Birmanie. Avec le concours d’Omar Sy, l’équipe a permis de récolter plus de deux millions de dollars de 57 000 donateurs différents en un mois seulement.

Avec ou sans l’intermédiaire des associations ou des ONG, les influenceurs et leurs usages rodés des réseaux sociaux obligent un secteur à repenser la manière de communiquer.

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Jérémy Pain

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