Planète

Quand les agriculteurs reprennent en main leur filière

Publié le 17 janvier 2018

Face à des problèmes comme la pénurie, la concurrence ou des tarifs tirés vers le bas, des producteurs s’organisent pour assurer leur avenir.

© Savoie lactée

© L’Atelier S. Madelon/SDB

Sur le comptoir du café, les quatre bières sont plus ou moins colorées, amères et aromatisées. Une partie de cette diversité est rendue possible par le houblon, présent en très petite quantité – moins de 2% des ingrédients -, mais indispensable à la recette de la bière.

Bières - crédit christin hume
Bières – Crédit Christin Hume

Derrière cette boisson, un secteur agricole tout entier est en mutation. « Dans de nombreuses bières locales, le houblon vient de l’étranger », explique Edouard Roussez, 25 ans, co-fondateur de l’association Houblons de France et houblonnier dans les Flandres. La production française, traditionnellement installée dans le Nord et en Alsace, ne peut pas répondre à la demande des brasseries et micro-brasseries, dont le nombre ne cesse d’augmenter. « Pour une bière artisanale, il faut jusqu’à 10 fois plus de houblon que pour une bière industrielle », précise Edouard Roussez. Or, depuis les années 1960 le nombre d’hectares de houblon cultivés en France a fortement baissé, poussant les brasseurs à s’approvisionner à l’étranger – Etats-Unis, Allemagne… Des pays où l’on trouve diverses variétés de houblons, qui permettent de multiplier les recettes.

Recréer une filière

L’association, née en 2015 de ce constat, milite pour la relocalisation et la diversification de la production. C’est dans cette aventure un peu folle que s’est lancé Matthieu Cosson, 40 ans, après 15 années passées à travailler dans l’environnement. Pour l’heure, Le champ du houblon, à Bourgneuf-en-Retz (44) représente 7 variétés de cette étrange plante grimpante qui ne fait pas partie du paysage agricole local, sur 3,5 hectares. « Que ce soit avec les partenaires comme les brasseries, les investisseurs potentiels ou les consommateurs, il y a tout à faire : il faut expliquer avant même de convaincre. »

Récolte du houlon © Brasserie la N'O
Récolte du houlon © Brasserie La N’O

Un travail que font de plus en plus de néo-houblonniers : 18 se sont installés en 2017, selon Houblons de France qui organise le deuxième Comice du houblon pour mettre les professionnels du secteur autour de la table. « L’idée c’est de motiver les brasseurs à prendre leurs responsabilités dans cette filière, car ils sont plus que de simples acheteurs », avance Edouard Roussez.  La brasserie La N’O, à La Guérinière (85) l’a bien compris : elle s’est engagée auprès de Matthieu Cosson pour créer La Cascadeuse, avec son houblon.

Jus de pomme, fromage, lait…

En France, chaque filière agricole a des enjeux propres, autour de problématiques communes : pression sur les tarifs, concurrence étrangère, gestion des coproduits (les déchets inhérents à la production d’un produit)… Pour faire face, des associations, entreprises ou coopératives se montrent innovantes. En Savoie, les sept coopératives de l’Union des Producteurs de Beaufort ont inauguré en 2015 Savoie Lactée, une unité de production parallèle à la production du fromage. Il s’agit de collecter et valoriser, par exemple sous forme de beurre, les 52 millions de litres de « petit lait » générés chaque année lors de la création du Beaufort. Objectif : lutter contre le gaspillage et assurer la pérennité et la qualité de la production locale de fromage, ainsi que la rémunération des producteurs.

Le nerf de la guerre est le même pour la très médiatique mais néanmoins efficace SCIC C’est qui le patron ? Partant du constat que les producteurs de lait ont de grandes difficultés à vivre de leur production, la marque a décidé de préserver leur marge. Une bouffée d’air pour les 51 agriculteurs regroupés en coopérative : du lait payé 39 cents le litre contre 27 permet de ne plus vendre à perte et de dégager un salaire. C’est qui le patron ? a écoulé 33 millions de litres de lait en 2017, et commercialisé une pizza, du jus et de la compote de pomme et du beurre. Le tout en impliquant les consommateurs, qui sont invités à élaborer le cahier des charges de chaque produit sur le site Internet. Des acheteurs de plus en plus sensibilisés à ces problématiques, qui se saisissent de leur rôle pour venir en aide aux agriculteurs. Même en dégustant une bière ? « Bien sûr, répond Edouard Roussez, le consommateur peut demander d’où vient le houblon ! » Une bonne résolution au moment de trinquer.

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Rédigé par

Marie Le Douaran

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GUITOU

Publié le 19 janvier 2018

Il faut que les producteurs de lait ainsi que les éleveurs prennent en main les filières donc revoient ce qui est fait afin de mieux être rémunérés. Pour ce faire il faut une filière producteurs, consommateurs et plus d'intermédiaires qui s'enrichissent. En tant que consommateur j'aime savoir à qui j'achète et ou va l'argent, ce qui n'est pas toujours le cas actuellement.

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