Social, solidaire, etc.

A quoi sert vraiment la RSE ?

Publié le 27 avril 2017

Quel est le point commun entre un guide sur l’autisme, une politique de lutte contre les accidents de travail et le recrutement de jeunes de banlieue ? Réponse : toutes ces démarches relèvent de la RSE – la responsabilité sociétale des entreprises -, un terme fourre-tout mais aux retombées bien concrètes.

La RSE c’est un peu comme la prose de monsieur Jourdain : (presque) toutes les grandes entreprises en font mais sans forcément le savoir. Que l’on parle de responsabilité sociale, sociétale ou socio-environnementale, l’idée est la même : valoriser le rôle citoyen de l’entreprise.

« Elle n’est pas une bulle imperméable, elle a des conséquences sur son écosystème, de ses salariés à ses clients en passant par son territoire et ses fournisseurs », expose Géraldine Guilluy, co-fondatrice du cabinet de conseil en impact social Eexiste. Pour elle, la RSE est un engagement volontaire de l’entreprise (au-delà de ses obligations légales), pour diminuer ses impacts négatifs et augmenter ses impacts positifs sur la société.

C’est ainsi que Schneider Electric, qui compte 170.000 salariés sur la planète, a réduit de 95% le nombre d’accidents du travail depuis 2002. « C’est un indicateur dont nous sommes très fiers, tout comme le fait que 75% de nos produits sont désormais éco-conçus : leur fabrication exclut certains produits polluants et exige moins de matière première qu’auparavant », s’enthousiasme Gilles Vermot Desroches, directeur développement durable du groupe.

D’autres entreprises choisissent de s’approvisionner auprès d’entreprises sociales ou équitables ou encore de s’atteler à plus d’égalité entre les hommes et les femmes.

Recruter, motiver, communiquer et s’ancrer dans son territoire

En 2013, au titre de la RSE, le réseau d’intérim Randstad a financé la conception d’un guide pour aider au recrutement des personnes autistes. « Les 5.000 exemplaires sont partis comme des petits pains, on nous en a même demandés au Québec ! », sourit Danièle Langloys, vice-présidente de Autisme France. « L’entreprise est l’un des endroits où l’on fait vivre des gens les uns avec les autres ; c’est normal qu’elle accompagne les révolutions sociétales ! », assure-t-elle.

Au-delà de leur image, les entreprises y gagnent en terme de « marque employeur ». « En Inde, où 2/3 des habitants n’ont pas l’électricité, nous avons un programme d’accès à l’énergie. C’est un argument pour attirer de jeunes diplômés chez nous », expose Gilles Vermot Desroches.

De même, lorsque la RATP recrute des chauffeurs parmi les jeunes des banlieues d’Ile-de-France, elle s’assure une meilleure acceptation dans les quartiers où ses bus circulent. Idem lorsque Carrefour lance un programme d’embauche parmi les jeunes des favelas du Brésil : en injectant de la diversité dans leurs équipes, les magasins touchent plus de clients.

La faute à la génération Y

La RSE a aussi ses vertus en interne, pour motiver les troupes, à commencer par la fameuse génération Y. « Les jeunes exigent du sens dans leur travail. Que l’entreprise crée du lien avec son territoire, agisse avec des associations, ça les motive », rappelle Géraldine Guilluy.

Pour le responsable de Schneider Electric, la pression des ONG internationales joue également un rôle : « Elles ont un regard mondial sur la responsabilité des entreprises à propos de l’environnement, de la pauvreté ou encore des droits de l’homme », dit-il. Ajoutez-y la pression des consommateurs, mieux informés, et l’engagement citoyen des grands groupes devient quasiment incontournable.

Gare au « social-washing »

Comme toute démarche avantageuse, la RSE a ses imposteurs. Une sorte de green washing appliqué au sociétal. « Le risque est de communiquer avant d’agir, ou de ne pas convaincre suffisamment les salariés en interne », avertit Géraldine Guilluy. Ainsi, L’Oréal s’était construit une belle image de recruteur amoureux de la diversité. Jusqu’au jour où il s’est su qu’un recruteur de la marque Garnier avait exigé, pour une de ses opérations, des vendeuses « BBR » (« Bleu blanc rouge »), c’est-à-dire ni noires ni arabes.

Comme dans tous les secteurs neufs, des normes se mettent en place, comme l’ISO 26000, qui certifie la responsabilité sociétale, ou le baromètre d’impact socio-économique du cabinet Utopies. Reste une limite majeure : presque tous les grands groupes ont leur responsable RSE… mais beaucoup ne disposent d’aucun budget. Affaire à suivre !

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Rédigé par

Hélène Seingier

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RIPOSTE VERTE

Publié le 06 mai 2015

"La RSE c’est un peu comme la prose de monsieur Jourdain : (presque) toutes les grandes entreprises en font mais sans forcément le savoir." Je dirais plutôt que toutes les entreprises (et plus largement, toutes les organisations) en font mais sans le savoir. Du coup, sans diagnostic complet, elles ne valorisent pas leur démarche existante et n'ont pas conscience des axes prioritaires sur lesquels agir. Cyril Association Riposte Verte

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