Solidarités

Textile et insertion : les fringues mènent à l’emploi !

Publié le 1 décembre 2017

Pour ramener des personnes vers le marché du travail, de nombreuses associations misent sur le recyclage et le réemploi textiles. Un secteur qui offre de bonnes perspectives d’embauche, mais que le manque de financements menace.

Dans les coulisses de la Friperie solidaire d'Alforville, membre du réseau Emmaüs

Des pantalons « oversize », des petits pulls courts en laine, un manteau en peau de mouton très vintage, les modèles défilent sur le podium et le public, nombreux, applaudit et acclame les pièces fortes. Nous sommes dans une salle de la mairie du 11è arrondissement de Paris pour la sortie de la nouvelle collection de la marque « Le labo de l’Abbé », de l’association Emmaüs Friperie Solidaire. Des bottes en cuir rouge au gilet en jean sans manche, tous les vêtements et accessoires proviennent de dons. Surtout, chaque création a été imaginée et cousue ou retouchée par les salariés en insertion de l’association.

Toutes les créations de la marque « Le labo de l’Abbé » sont issues de dons et remises au goût du jour par des salariés en insertion.

Créée en 2002 et implantée dans le Val-de-Marne, cette structure membre du réseau Emmaüs s’est développée autour de la récupération, du recyclage et de la vente de vêtements et d’objets d’occasion. « Le chantier d’insertion emploie une quarantaine de salariés : manutentionnaires, trieurs, couturiers et vendeurs, explique Moussoukoura Diarra, la directrice. Ce sont des personnes très éloignées de l’emploi – des chômeurs de longue durée, des personnes en situation de handicap, des femmes isolées, des personnes avec des problématiques d’addiction ou encore des migrants. »

Retisser le lien avec le travail

Comme toutes les Structure d’Insertion par l’Activité Économique (SIAE), l’objectif de la Friperie Solidaire est de favoriser le retour à l’emploi durable. « Le chantier d’insertion est un prétexte à la remobilisation des personnes, souligne Moussoukoura Diarra. Remettre un cadre, des horaires, respecter la hiérarchie et le travail collectif, c’est aussi ça l’enjeu de l’insertion. »

Les salariés en insertion dans le secteur du recyclage textile peuvent ensuite trouver des poste dans la vente ou la retoucherie.

Peu à peu, les salariés (re)prennent des habitudes de travail. Un premier pas pour trouver un poste, ensuite, sur le marché du travail classique. Salimatou, 35 ans, est chargée d’accueil dans la structure. Arrivée il y 4 ans de la Guinée-Bissau, elle n’avait jamais travaillé en France. « J’ai commencé par le tri puis j’ai reçu deux formations, accueil au public et bureautique pour évoluer vers ce poste, raconte-t-elle. A la fin de mon contrat, j’aimerais faire une formation pour travailler dans le secteur de la petite enfance. »

Des structures d’insertion par le recyclage textile comme la Friperie, il en existe des dizaines. Elles ont mêmes leur fédération : Tissons la solidarité, qui regroupe 70 SIAE. Selon Caroline Portes, sa directrice, la mode est un très bon outil pour permettre le retour à l’emploi : « La vente est un secteur en tension du fait d’un fort turn-over, donc les salariés ont des chances de trouver un poste. Par ailleurs, on constate une forte demande de retoucheuses depuis quelques temps et enfin, il s’agit d’une démarche écologique. C’est une activité porteuse économiquement et porteuse de valeurs. »

A la clé : des emplois dans la vente ou la retouche

Pour pallier l’absence de diplômes des personnes éloignées de l’emploi, Tissons la solidarité propose des formations qualifiantes aux 1.900 salariés en insertion de son réseau. Par exemple pour devenir vendeur(se) ou retoucheur(se) dans l’économie « classique ». Et les résultats sont là : le taux de retour à l’emploi durable* passe de 25 % à 60 % après une formation qualifiante.

Un constat partagé par Edwin Feunteun, directeur du chantier d’insertion et de la ressourcerie Approche, qui emploie en moyenne 25 personnes en insertion. « L’activité économique est annexe. C’est un support à l’insertion. On travaille sur les compétences transférables et sur le ‘savoir-être’ », précise-t-il.

Déblayé par les associations, notamment d’insertion, le secteur du recyclage et réemploi textile attire maintenant des entreprises qui n’ont aucune visée sociale.

 

Quand le recyclage devient rentable, il attire les convoitises !

Souffrant de la baisse des subventions, les associations d’insertion par le recyclage ou le réemploi textile doivent aussi faire face à l’arrivée d’acteurs privés. Tout a commencé avec la création, en 2008, de l’éco-organisme Eco TLC. Il collecte les contributions des professionnels du textile – 17,2 millions d’euros en 2016 ! – et les utilise pour financer des opérateurs de tri. De purement associatif, le marché est donc devenu concurrentiel. « Ca a contribué au développement d’entreprises à but lucratif sur des secteurs initialement occupés par des associations ou des entreprises sociales telles que le Relais, s’inquiète Martin Bobel, coordinateur du REFER, le Réseau francilien du réemploiCertaines entreprises se contentent de faire un travail technique de réutilisation ! A quel moment va-t-on protéger les acteurs qui font de la réduction des déchets un levier pour les solidarités et la mobilisation citoyenne ? »

Fragilisées, les structures d’insertion par le recyclage ou le réemploi tiennent tout de même la corde. Les 18 entreprises d’insertion du réseau Le Relais, par exemple, ont collecté 79.000 tonnes de textile en 2015, dans leurs fameux containers en métal. Et les acteurs de l’ESS dans le secteur se sont regroupés en un réseau au nom évocateur : la Fibre solidaire.

*CDI ou contrat de plus de 6 mois en CDD ou intérim

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Rédigé par

Déborah Antoinat

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